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Annulation du défilé de Fierté Montréal : les dirigeants mis devant le fait accompli

Des gens marchent en tenant chacun un bout du drapeau arc-en-ciel.

Des participants au défilé de Fierté Montréal en 2019 portaient le drapeau de la communauté LGBTQ.

Photo : Radio-Canada / Yessica Chavez

Radio-Canada

L'annulation du défilé de Fierté Montréal, le 7 août dernier, s'explique par un quiproquo, par des problèmes de communication et par des décisions prises dans l'urgence, selon le rapport rendu public mercredi par Philippe Schnobb, mandaté pour analyser la situation.

Après coup, il est facile de dire que les choses auraient dû être faites autrement, écrit d'entrée de jeu Philippe Schnobb dans ce rapport de 25 pages qui contient treize recommandations à l'endroit du conseil d'administration de Fierté Montréal.

En tête de ces recommandations, M. Schnobb préconise de consolider les assises de Fierté Montréal et d'en professionnaliser le conseil d'administration, et ce, afin que Fierté Montréal rassure ses partenaires financiers en ce qui a trait à sa capacité à organiser un festival et un défilé annuels dont le budget s'élève à six millions de dollars.

Afin de comprendre pourquoi ce défilé, auquel 12 000 personnes devaient participer, a été annulé le matin même du jour où il devait avoir lieu, Philippe Schnobb, ex-président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal (STM), a mené une soixantaine de rencontres.

« À mon avis, le défilé n'a pas été annulé volontairement ni malicieusement. »

— Une citation de  Philippe Schnobb, mandaté pour analyser les circonstances entourant l'annulation du défilé de Fierté Montréal

M. Schnobb affirme que son analyse ne lui permet pas de pointer du doigt une seule personne responsable. Je conclus que le défilé a été annulé à cause d'un quiproquo dans un contexte d'échanges chaotiques, de problèmes de communication et de décisions prises en situation de crise.

Des échanges clés, menés par téléphone, ont précipité la décision d'annuler le défilé. Or, il aurait été plus sage de constituer une cellule de crise pour prendre une décision éclairée, constate M. Schnobb.

Mis devant le fait accompli

Les choses ont déboulé tellement vite que le directeur général de Fierté Montréal et son équipe ont eux-mêmes été mis devant le fait accompli : Le défilé a été annulé sans qu'ils en donnent l'autorisation.

J'ai tenté de comprendre comment on avait pu "oublier" d'embaucher 96 personnes, écrit Philippe Schnobb. En effet, à l'origine de cette annulation précipitée, il y a la constatation, faite quelques heures avant le défilé, qu'il manquait 96 personnes pour assurer la sécurité du déroulement de cette activité collective.

Il s'agit d'un événement public d'importance : KPMG a évalué qu'en 2017, Fierté Montréal avait généré des retombées économiques d’un peu plus de 10 M$ pour la métropole.

Toutefois, peu avant le coup d'envoi du défilé 2022, on a constaté qu'il manquait 96 agents d'accueil. Une telle bévue s'explique par le fait qu'un organisme n'a pu mettre que 48 bénévoles à la disposition de Fierté Montréal plutôt que la centaine prévue.

Elle s'explique aussi par des problèmes structurels : aucun poste budgétaire n'avait été prévu pour l'embauche de ces 96 agents d'accueil.

De plus, une personne devant coordonner le défilé avait été congédiée, fin juin, tandis qu'une autre, responsable du recrutement des bénévoles, était partie en congé de maladie sans jamais revenir à son poste, si bien que personne ne s'était rendu compte de l'oubli avant le jour J.

Des centaines de personnes sont rassemblées au milieu de la rue Sainte-Catherine à Montréal.

En août 2022, plusieurs centaines de personnes s'étaient rassemblées au centre-ville de Montréal afin de marcher pour la Fierté malgré l'annulation du défilé officiel.

Photo : Radio-Canada / Jean Philippe Hughes

Tout s'est déroulé en 17 minutes

À 7 h 46 le 7 août, les responsables sur place, au Sheraton, prennent conscience que les 96 agents d'accueil attendus n'ont pas été recrutés.

À 8 h 03, une conversation entre deux personnes mène à un quiproquo qui pousse l'une d'elles à annoncer l'annulation du défilé à l'externe.

À 8 h 04, le directeur général, informé de la situation, ordonne de rester en « standby ». Toutefois, quelques minutes plus tard, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) reçoit de l'information qui le pousse à démobiliser les effectifs prévus pour le défilé.

À 8 h 41, l'annonce à la radio de l'annulation du défilé intensifie la crise.

À 8 h 53, le directeur général confirme l'annulation du défilé.

Renforcer la gouvernance

Dans ses recommandations, Philippe Schnobb propose d'améliorer la structure interne de Fierté Montréal et de renforcer sa gouvernance, notamment son conseil d'administration.

Sans présumer de la compétence des membres actuels, il me semble essentiel de prévoir des profils de compétences pertinents et des profils sociodémographiques pour que le CA puisse accompagner la direction générale dans le suivi du plan stratégique.

« La diversité est un objectif noble et doit faire partie des critères pour professionnaliser le conseil d’administration, sans être le critère absolu. »

— Une citation de  Philippe Schnobb, mandaté pour analyser les circonstances entourant l'annulation du défilé de Fierté Montréal

M. Schnobb rappelle à Fierté Montréal que la transparence est une valeur essentielle en bonne gouvernance, encore plus lorsqu’il faut regagner la confiance des partenaires.

Fierté Montréal, note-t-il, n’est pas assujettie à la Loi sur l’accès à l’information. Mais sur une base historique, 85 % de ses revenus proviennent de sources gouvernementales, paragouvernementales ou privées, ce qui impose une reddition de comptes publique et transparente.

Le rôle primordial de Fierté Montréal

L'analyse indépendante de M. Schnobb a été menée à la demande de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, pour rétablir la confiance des communautés, des partenaires de l'événement et de la population en général envers l'organisme Fierté Montréal.

Dans une déclaration écrite, la mairesse Plante a salué la rigueur et la sensibilité de l'analyse qui a été faite. Elle rappelle le rôle primordial de Fierté Montréal et de son défilé pour la communauté 2SLGBTQIA+, un rendez-vous phare.

Fierté Montréal, dit encore Valérie Plante, est déjà accompagnée pour donner suite aux recommandations du rapport.

Moe Hamandi, qui préside le conseil d'administration de Fierté Montréal, accueille le rapport avec ouverture et humilité. Simon Gamache, qui en est le directeur général, affirme quant à lui poursuivre le travail de consolidation pour assurer le développement et le bon déroulement de l'ensemble des activités du Festival Fierté Montréal.

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