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Controverse autour du doctorat d’un politicien américain décerné au Nouveau-Brunswick

Doug Mastriano, tenant un micro, souriant.

Doug Mastriano veut devenir gouverneur de la Pennsylvanie.

Photo : Associated Press / Carolyn Kaster

Radio-Canada

Des étudiants et un professeur agrégé de l’Université du Nouveau-Brunswick demandent des comptes à leur établissement, qui a décerné en 2013 un doctorat à un politicien américain controversé.

Doug Mastriano veut devenir gouverneur de la Pennsylvanie lors des élections de mi-mandat aux États-Unis. Il a nié le résultat des dernières élections présidentielles. Il était également au Capitole le 6 janvier 2021 lorsque les émeutes ont éclaté et il a notamment transporté des manifestants à Washington.

Même s’il traîne de l’arrière dans les sondages, certains estiment que sa possible élection pourrait donner du poids au mouvement négationniste.

Thèse douteuse

Selon le professeur agrégé Jeffrey Brown, la thèse déposée par Doug Mastriano comporte de nombreux problèmes.

M. Brown, un spécialiste de l’histoire américaine et citoyen canadien et américain, y est nommé comme membre du jury pour cette thèse, même s’il avait demandé à ce qu’on retire son nom de la liste des examinateurs.

Cette thèse me dérange depuis neuf ans, a confié le professeur à CBC.

« [Doug Mastriano] a reçu un doctorat sur des bases douteuses. »

— Une citation de  Jeffrey Brown, professeur agrégé d’histoire américaine à l'Université du Nouveau-Brunswick

Les inquiétudes en lien avec la thèse de Doug Mastriano remontent à plusieurs années, mais refont surface ces jours-ci alors que le politicien défend ses propositions sur la place publique.

Des membres de sa campagne ont utilisé sa thèse et son statut d’historien pour le défendre lorsqu’une controverse a émergé en lien avec une photo dans laquelle Doug Mastriano est vêtu de l'uniforme confédéré.

Doug Mastriano porte l'uniforme confédéré.

En août, l'agence Reuters a dévoilé cette photo du politicien sur laquelle il revêt l'uniforme confédéré.

Photo : Army War College/Reuters

Jeffrey Brown maintient ses réserves par rapport à la thèse. Il qualifie le travail de Doug Mastriano de bâclé, de malhonnête, de teinté de fanatisme religieux et d'indifférent aux faits qui contredisent ses propos. Il observe que ce fanatisme et cette indifférence aux faits se révèlent dans la vie publique du politicien.

M. Brown affirme avoir communiqué ses doutes à l’Université lorsque le doctorat a été décerné et a montré à CBC des échanges de courriels à ce sujet.

La perspective que Doug Mastriano ait le moindre pouvoir, où que ce soit, est horrifiante, indique Jeffrey Brown.

L’apologie d’un soldat chrétien

La thèse de Doug Mastriano portait sur un soldat américain de la Première Guerre mondiale. Alvin York était un sergent et fervent religieux qui affirmait avoir été touché par Dieu avant une bataille durant laquelle il a tué 25 Allemands.

Une statue du soldat de la Première Guerre mondiale Alvin York devant le Capitole de l'État du Tennessee, à Nashville.

Une statue du soldat de la Première Guerre mondiale Alvin York devant le Capitole de l'État du Tennessee, à Nashville.

Photo : (Mark Humphrey/Associated Press)

Sa vie a inspiré un film de Gary Cooper. Doug Mastriano s'est donné comme mission de transmettre son histoire aux plus jeunes générations, à travers notamment un site web, une thèse de doctorat et un livre.

Rapidement, ses recherches ont été sous les projecteurs. Avant même d’arriver au Nouveau-Brunswick, Doug Mastriano, qui était alors un officier de renseignements de l’Armée américaine, affirmait avoir retrouvé le site sur lequel Alvin York avait mené sa bataille en France.

D'autres chercheurs et un bureaucrate français l'ont accusé de méthodes de recherche bâclées, d'avoir mal identifié le lieu de la bataille, d'avoir ignoré des détails contradictoires, d'avoir creusé sans permis et d'avoir détruit un site archéologique.

Mastriano a traité ses détracteurs de jaloux et a maintenu sa certitude d'avoir trouvé le véritable site de la bataille.

Jeffrey Brown a exposé la controverse archéologique à ses collègues de l'Université du Nouveau-Brunswick. Il a souligné que les personnes chargées de réviser son travail n’avaient pas d’expertise dans le domaine archéologique et a demandé comment on prévoyait vérifier ces allégations.

La liste de problèmes liés à la thèse de Doug Mastriano ne s’est qu’allongée à partir de là.

Jeffrey Brown y a noté plusieurs erreurs dans les noms de personnes citées et de nombreuses erreurs de grammaire, de syntaxe et de ponctuation.

Mais ses plus grandes inquiétudes émanaient du fait que Doug Mastriano y étalait des opinions sans les soutenir par des faits ou des sources.

Ce que Dieu voulait

Par exemple, à la page 260 de sa thèse, M. Mastriano écrit : L’idée que York a survécu au carnage en raison d’une intervention divine est aussi la preuve d'un miracle.

Selon Jeffrey Brown, cette approche n’est pas universitaire du tout.

Ce n’était pas tant : "Le sergent York a rapporté ceci" ou "York croyait cela", mais "Dieu a parlé à York". C’est là que Mastriano voulait aller, que cet homme a littéralement parlé à Dieu avant de se battre. Que c’était vertueux. Que c’était ce que Dieu voulait.

Doug Mastriano a déjà expliqué par le passé comment l’histoire d’Alvin York avait influencé sa foi.

Doug Mastriano fait partie des candidats adoubés par Donald Trump

Doug Mastriano fait partie des candidats adoubés par Donald Trump.

Photo : Getty Images / AFP/ED JONES

Dans un discours, en 2019, il a soutenu qu'Alvin York était un exemple de solution de rechange au christianisme pacifique, indiquant que les croyants peuvent aussi être des guerriers.

Des critiques multiples

Un professeur et chercheur de l’Oklahoma a écrit l’année dernière à l’Université du Nouveau-Brunswick pour les prévenir que le travail de Doug Mastriano était entaché de fraudes universitaires.

James Gregory a observé plus de 150 problèmes dans la thèse.

Il affirme qu’elle est remplie de fausses notes de bas de page. Selon M. Gregory, certains faits allégués dans la thèse sont soutenus par des notes de bas de page, mais lorsqu’il les vérifiait, il lui est arrivé de constater que la source mentionnait quelque chose de complètement différent.

Sa thèse est remplie de problèmes, dit-il.

M. Gregory dit n’avoir aucune doléance envers le politicien. Ses critiques ne concernent que le travail universitaire de Doug Mastriano.

James Gregory a déjà écrit des articles sur Alvin York et avait alors cité Doug Mastriano. Mais il se sent trahi.

Il avait tort. Et donc mon article contient des erreurs. Et à l'avenir, quiconque va le citer va entacher son travail. Ce n’est pas seulement qu’il change l’histoire en mentant, mais il invente des choses. Il ruine le travail de tous ceux qui lui font confiance, souligne James Gregory.

Il n’est pas le seul à être préoccupé.

Au Canada, des étudiants de l’Université du Nouveau-Brunswick se disent inquiets pour la réputation de l’établissement depuis que l’Associated Press a dévoilé pour la première fois cette histoire.

Un édifice portant le nom de « Student Union Building ».

Des étudiants de l'Université du Nouveau-Brunswick (UNB), sont inquiets des répercussions de la controverse sur la réputation de l'établissement (archives).

Photo : CBC / Daniel McHardie

Dans le journal étudiant, un article demande si des employeurs pourraient trouver moins de valeur à un doctorat de l'Université du Nouveau-Brunswick à la lumière de la controverse.

Plusieurs d’entre nous avons partagé nos frustrations à propos de la situation. C’est le reflet de notre formation universitaire, affirme Richard Yeomans, un candidat au doctorat au Département d’histoire.

Le directeur de thèse de Doug Mastriano, Marc Milner, un professeur d’histoire et colonel honoraire de l’Aviation royale du Canada, n’a pas répondu aux courriels de CBC. Personne de l’Université du Nouveau-Brunswick n’a répondu aux nombreuses demandes de commentaires.

Du côté de Doug Mastriano, personne de son entourage ni lui-même n’a répondu aux demandes d’entrevues ou de commentaires de CBC, malgré plusieurs messages téléphoniques et par courriel.

D'après un reportage d'Alexander Panetta, de CBC

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