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Envoyée spéciale

En Floride, les insulaires de Pine Island sont toujours coupés du monde

Un véhicule endommagé parmi des ruines à Pine Island.

Pine Island a été lourdement touchée par Ian, l'ouragan de catégorie 4 qui a frappé la Floride mercredi dernier.

Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

Une semaine après le passage de l’ouragan Ian, l’accès à l'île de Pine Island, près de Fort Myers, est toujours impossible par la route.

Le pont qui reliait Pine Island à la terre ferme a été détruit. C’était le seul lien terrestre entre l’île de quelque 9000 habitants et le reste de la Floride. Depuis, les insulaires sont largement laissés à eux-mêmes. Pas d’électricité, de réseau cellulaire ou d’eau potable. Et un sentiment d’insécurité grandissant.

La dévastation est visible partout sur l’île. Les rues sont jonchées de débris, les maisons ont été détruites ou inondées et les petits restaurants de bord de la plage ont disparu.

Ce paysage post-apocalyptique est semblable à celui d’autres villes floridiennes lourdement touchées par Ian, par exemple Fort Myers ou Port Charlotte. Mais l’atmosphère est différente à Pine Island. Les rues sont presque vides, le silence est lourd. Sur une voiture abandonnée, un message clair : Looters killed (les pillards seront tués).

Une maison dévastée par Ian.

Les avertissements aux pillards se multiplient sur l'île, où les premiers répondants ne peuvent se rendre que par hélicoptère ou par bateau.

Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

Jamie Surgent n’a jamais porté son arme à sa ceinture. D’habitude, cette Floridienne le garde chez elle ou le trimballe dans son sac à main. Je veux être sûre de pouvoir rentrer chez moi auprès de ma famille et de mes enfants, explique Jamie, qui habite la communauté de St James City, au sud de l’île.

« Il y a des gens qui cherchent à profiter de toute cette dévastation. »

— Une citation de  Jamie Surgent, résidente de Pine Island

Depuis une semaine, son mari et elle font les aller-retour entre l’île et la terre ferme. Les Surgent ont une barge, qu’ils offrent aux insulaires : ceux qui ont fait leurs valises et qui veulent évacuer les lieux et ceux qui ont choisi de rester mais qui ont besoin de ravitaillement.

Jamie Surgent réside à Pine Island.

Jamie Surgent est née et a grandi dans le comté de Lee. La mère de deux enfants s'assure d'être armée lorsqu'elle se promène sur Pine Island.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Il faut se garder occupé, il faut aider les autres. C’est tout ce qu’on peut faire, explique Ahren Surgent. Ce pompier est visiblement ému. Il compare son île à une zone de guerre, mais sans artillerie.

Les Surgent ont eu de la chance : leur maison n’a pas été trop endommagée. Leurs deux enfants sont chez leurs grands-parents, mais eux restent sur l’île. Quelqu’un est venu rôder près de notre propriété il y a deux jours, on a dû le chasser, relate Ahren.

La loi et l’ordre n’ont pas complètement disparu de Pine Island. On voit quelques policiers patrouiller l’île avec des renforts de la Garde nationale. Les insulaires croient toutefois que leur nombre est insuffisant étant donné la superficie de Pine Island : 27 km de long, 3 km de large.

Il y a quelques minutes, on a entendu des coups de feu, raconte Jeremy Locke, un ancien militaire venu prêter main-forte aux sinistrés. Il y a un sentiment d’insécurité.

« Les gens qui ont choisi de rester veulent absolument défendre leurs biens parce que tout manque en ce moment. »

— Une citation de  Jeremy Locke, cofondateur d’Aerial Recovery

Beaucoup d’insulaires se rappellent aussi des récentes déclarations du gouverneur républicain de leur État. Ron DeSantis a en effet lancé cet avertissement aux pillards :Je ne prendrais pas ce risque à votre place : nous sommes dans un État qui applique le deuxième amendement.

Pine Island a été dévastée par le passage de Ian.

Une maison de Flamingo Bay, un quartier paisible de Pine Island

Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

C’est encore le paradis

Il est environ 17 h quand les Surgent s’apprêtent à lever l’ancre avec quelques sinistrés sur leur barge, dont Jennifer Finsen. Cette Sud-Africaine a déménagé en Floride il y a quelques années et avait une maison à Flamingo Bay, un quartier paisible de Pine Island où vivent surtout des personnes âgées.

Ma résidence est complètement détruite, raconte-t-elle. La cour avant et le solarium ne sont plus là et la structure s’est repliée sur elle-même. On dirait une zone de guerre : il y a des débris partout.

Pine Island après le passage de Ian en Floride.

Des arbres arrachés jonchent encore les rues de Pine Island, où les résidents sont toujours privés de courant.

Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

Assise à bord de l’embarcation, cheveux au vent, grand sourire aux lèvres, Jennifer – qui n’était pas assurée et qui vit pour l’instant dans un Airbnb – semble s’être remise du choc. Elle parle avec enthousiasme de la reconstruction et des fenêtres anti-ouragan qu’elle installera.

« C’est encore le paradis, ici. Même si c’est détruit, ça ne veut pas dire que c’est fini. »

— Une citation de  Jennifer Finsen, résidente de Pine Island

La résidente n’est pas la seule à parler de reconstruction avec optimisme.

Je ne quitterai jamais cette communauté, promet Jamie Surgent. Les gens ici sont des battants, ils ont vu d’autres ouragans. Celui-ci était le pire, mais on va rester et reconstruire.

La barge des Surgent est très utilisée à Pine Island.

Depuis mercredi, la barge des Surgent a permis d'évacuer des personnes âgées et des familles en plus d'approvisionner l'île en denrées essentielles et en matériaux de construction.

Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

Sur le chemin du retour, les passagers de la barge poussent des cris de joie lorsqu’ils voient des camions de construction s’affairer près de la route principale. Ils vont y arriver, chuchote Jennifer en parlant de la promesse des autorités de rouvrir le pont dès samedi.

Cependant, même lorsque Pine Island ne sera plus coupée du monde, la reconstruction prendra des mois et les traces de l’ouragan resteront.

C’est comme un soldat qui part à la guerre et qui revient avec une blessure, raconte Ahren Surgent. Il ne sera plus jamais le même, et ce sera pareil avec cette communauté.

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