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La situation se dégrade dans les urgences de l’Outaouais

L'entrée d'un service d'urgence.

L'urgence de l'Hôpital de Gatineau (archives)

Photo : Radio-Canada / Eloic Hamel

Depuis 2016, le temps d’attente passé sur une civière à l’urgence n'a jamais été aussi long en Outaouais. Les lieux sont engorgés, au point où il est régulièrement impossible d’y admettre des patients.

Au 31 mars 2022, un patient du Centre intégré de santé et services sociaux (CISSS) de l’Outaouais, qui se trouvait sur une civière à l’urgence, y demeurait en moyenne 21 heures, le pire bilan en sept ans. C'est ce que montrent des chiffres fournis à Radio-Canada par le CISSS de l'Outaouais, et qui doivent être publiés dans le prochain rapport annuel de l'organisation.

Le séjour sur civière à l'urgence est calculé à partir du moment de l’inscription du patient à l’urgence jusqu’à ce qu'il obtienne un lit.

C'est le pire bilan depuis 2016. Il faut remonter à la première année de création du CISSS de l'Outaouais pour trouver un séjour sur civière plus long à l'urgence. Au 31 mars 2015, le délai s'établissait en effet à 21,47 heures.

Pourtant, le gouvernement du Québec estime que la présence d’un patient sur une civière à l’urgence ne devrait pas excéder 14 heures. Or, dans la région, cette cible est pulvérisée. Interpellé à ce sujet, le ministère de la Santé et des Services sociaux écrit, dans un courriel, que cet objectif est jugé atteignable et réaliste dans la période couverte par la planification stratégique.

Ce qu’on constate sur le terrain, c’est horrible

Le docteur Peter Bonneville travaille dans les urgences de l’Outaouais depuis plus de 30 ans. Cet urgentologue est plongé au quotidien dans un milieu en pleine crise. Oui, ce qu’on constate sur le terrain, c'est horrible. On a des civières qui sont constamment pleines, relate-t-il.

L’un des problèmes majeurs, selon le médecin, est l’importante pénurie de personnel qui touche tous les hôpitaux de l’Outaouais. Ce sont des vases communicants, explique le docteur.

Quand les unités d’hospitalisation sont embourbées sur les étages, les patients s'accumulent à l’urgence. On se retrouve alors dans des situations où on a des patients à l’urgence qui auraient besoin de s’étendre sur des civières, mais on n’a même pas de place pour les coucher sur les civières, faute de personnel sur les étages, résume le Dr Bonneville.

Des patients sur des civières d'ambulance.

Des patients attendent à l'urgence de l'Hôpital de Hull (archives).

Photo : Courtoisie

Ce manque de personnel et de lits aux étages des hôpitaux crée un engorgement quasi permanent dans les urgences.

Par manque de place, des patients sur civière sont fréquemment installés dans les cubicules d’examen à l’urgence. La situation est à ce point pénible qu'il est régulièrement impossible pour un urgentologue d’examiner un patient de plus, et ce, même si la salle d’attente déborde. Une véritable aberration, selon Peter Bonneville.

Je peux passer une à deux heures par quart de travail à regarder mes courriels parce que, littéralement, il n’y a pas un endroit où je peux mettre un patient. Et j'ai 30 personnes dans la salle d’attente. Et je ne peux même pas en voir une, même pour un problème mineur, parce qu’il n’y a même pas un cubicule où je peux m'installer, insiste ce dernier.

« C’est impensable qu’en 2022, on en soit rendu là. »

— Une citation de  Dr Peter Bonneville

Appel à l'aide

Ça arrive de plus en plus souvent que l’urgence soit paralysée, confirme la Dre Marie-Hélène Folot, cheffe du service des urgences du CISSS de l’Outaouais. La capacité des urgences est régulièrement dépassée. On manque de lits d'hospitalisation pour le volume de patients qu'on a actuellement, dit-elle.

Portrait de la docteure.

La Dre Marie-Hélène Folot est cheffe du service des urgences du CISSS de l'Outaouais (archives).

Photo : Radio-Canada / Audrey Roy

La médecin explique qu’au moins la moitié des lits des principales salles d’urgence de l’Outaouais n'est pas utilisée par l’urgence. Ils sont plutôt accaparés par des patients qui attendent une place à l’étage.

« On fait notre part, mais ce n’est pas suffisant [...] Le CISSS de l’Outaouais a besoin d’aide. »

— Une citation de  Dre Marie-Hélène Folot, cheffe du service des urgences du CISSS de l’Outaouais

La pénurie de personnel heurte aussi de plein fouet les services d’urgence des hôpitaux de l’Outaouais. Le docteur Bonneville fait état de soins à l’urgence de Gatineau qui sont offerts avec seulement le tiers du personnel infirmier requis.

Si vous aviez une école avec seulement un tiers de professeurs, il faudrait la fermer. Mais nous, on fonctionne avec un tiers des infirmières à l’urgence, et au bloc opératoire de Gatineau aussi, déplore-t-il. Ce n’est pas vivable. Quand une infirmière est malade un ou deux jours, on est sur le bord de s’écrouler.

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (SPSO), Karine D’Auteuil, rappelle que l’urgence, c’est bien souvent la porte d’entrée pour ceux qui cherchent à obtenir des soins de santé. Quand les patients restent longtemps à l’urgence, il y a une surcharge de travail qui s’accumule pour les professionnels en soins, et la même chose sur les étages, dit-elle.

Le personnel doit accélérer les congés et admettre les nouveaux patients sans avoir le temps de souffler.

« C’est une roue infernale, ça épuise le personnel, les travailleurs tombent au combat, quittent le réseau. Ils ne sont plus capables. »

— Une citation de  Karine D’Auteuil, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais
Karine D’Auteuil pose pour une photo à l'extérieur.

Karine D’Auteuil, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (archives)

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

Il faut cesser de faire l’autruche et améliorer les conditions de travail, déclare la syndicaliste. Il faut avoir une loi sur les ratios professionnels en soins/patients, pour diminuer la surcharge de travail, et surtout pour assurer des soins sécuritaires et de qualité.

Sous-financement du CISSS dénoncé

Le Dr Bonneville est catégorique : le temps d’attente sur les civières est un reflet du fonctionnement du réseau de la santé. Ça ne reflète absolument pas la qualité des soins qui sont donnés à l’urgence ni la compétence du personnel, souligne-t-il.

« Nous avons une population qui augmente et le financement ne suit pas. On perd des unités de soins, du personnel. C’est vraiment difficile. »

— Une citation de  Peter Bonneville, urgentologue au CISSS de l'Outaouais

C’est le financement insuffisant de services de santé qui est à l’origine de ce bourbier, d'après le médecin qui dénonce une iniquité historique dans le financement des soins de santé en Outaouais.

La direction du CISSS de l’Outaouais a fait ses devoirs, les besoins sont bien établis, estime le médecin.

Des infirmières marchent de dos dans le corridor d'un hôpital.

L'engorgement des civières à l'urgence serait un effet collatéral de la pénurie de personnel dans les hôpitaux (archives).

Photo : Getty Images

Selon la Dre Marie-Hélène Folot, d'autres problèmes nuisent à la performance des urgences de l'Outaouais. En plus du sous-financement chronique et de la pénurie de personnel, le retard technologique et les listes d’attente qui s’étirent en chirurgie entraînent selon elle une aggravation des problèmes de santé. On est effectivement un peu découragés [...], on est dans un état pire qu'avant la pandémie, admet-elle.

Ce n'est pas encore parfait

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, n'était pas disponible pour une entrevue ni le ministre responsable de l'Outaouais, Mathieu Lacombe, en raison de la transition en cours au sein du gouvernement.

Cependant, le bureau de Mathieu Lacombe nous renvoie, par courriel, aux déclarations du ministre Dubé lors de son dernier passage en Outaouais, la semaine dernière, alors qu'il avait abordé les enjeux d'engorgement des urgences et de pénurie de main-d'oeuvre.

Le ministre Dubé est debout devant un lutrin. Le ministre Lacombe se trouve tout près.

Le ministre de la Santé du Québec Christian Dubé et son homologue Mathieu Lacombe (archives)

Photo : Radio-Canada / Laurie Trudel

Dans le courriel, on rappelle que le ministre de la Santé a assuré que les primes offertes depuis un an fonctionnent, avec l'embauche de 300 professionnels équivalents à temps complet.

Le bureau du ministre ajoute que ce n’est pas encore parfait, et c’est justement pour cette raison que Christian Dubé s'est engagé la semaine dernière à travailler sur un ajustement salarial différencié pour l’Outaouais. Et il n’y a pas que les salaires, on va miser sur une gestion locale des horaires, en plus du décloisonnement des professions.

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