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Saint-Ubalde souligne son record du monde quarante ans plus tard

Le texte « Texte-Terre-Tisse » dessiné dans un champ avec une machine à labourer.

Le village de Saint-Ubalde présente une performance «agro-artistique» intitulée «Texte-Terre-Tisse».

Photo : Gracieuseté : Jean-Yves Fréchette

L’artiste conceptuel et performeur Jean-Yves Fréchette s'emballe lorsqu’il se remémore le 10 octobre 1982. Ce jour-là, une quinzaine de cultivateurs de Saint-Ubalde et leurs assistants sont parvenus à écrire un texte long de 1,6 km en labourant le foin avec leurs tracteurs.

La municipalité commémore cet événement lundi prochain. Des maîtres laboureurs seront sur place, dans le rang Saint-Paul, pour discuter avec les plus jeunes de leur exploit passé.

Un projet d’ampleur

Pourquoi écrire un aussi long texte? C’est une idée folle née dans la tête de M. Fréchette : Il y avait un champ derrière chez nous, et je trouvais que c’était une surface d'inscription intéressante… Je me disais : "Comment est-ce qu’on pourrait écrire quelque chose dans ce champ-là?".

À force de discuter avec ses voisins et avec les agriculteurs du village, le projet prend de l'ampleur. Il décide finalement que chaque lettre fera 91 m de haut par 76 m de large. L’ensemble s’étalera sur un mile, soit 1,6 km.

Image tirée d'un reportage de 1982 d'un homme parle au micro de Radio-Canada dans un champ.

Un agriculteur écrit un texte sur une étendue de terre à l'aide d'une machine à labourer.

Photo : Radio-Canada

En octobre 1982, une quinzaine de laboureurs et leurs assistants se mobilisent sur le terrain. Des médias nationaux se déplacent même pour l'occasion.

En entrevue avec Winston McQuade, de l’émission TELEX ART, Jean-Yves Fréchette déclare qu’il ne suffisait plus d’écrire sur une feuille huit et demi par onze, il s’agissait peut-être d’avoir une feuille qui faisait un mille de long et deux arpents de large.

Image tirée d'un reportage de 1982 d'un homme qui parle au micro de Radio-Canada dans un champ.

Jean-Yves Fréchette explique comment il a réussi à écrire un texte sur une étendue de terre à l'aide d'une machine à labourer.

Photo : Radio-Canada

Un défi technique

Jean-Yves Fréchette raconte que pour chaque tracteur, il fallait compter un conducteur et un assistant qui s’assurait que la machine ne dépasse pas les piquets servant à délimiter les lettres.

« Je voulais quelque chose de prestigieux et effectivement le résultat relève de maîtres du labour. Le résultat leur rend justice. »

— Une citation de  Jean-Yves Fréchette, artiste conceptuel

M. Fréchette se rappelle aussi que le champion canadien du labour de l’époque s’était déplacé à Saint-Ubalde pour ajuster la machinerie, comme un artiste aiguise ses crayons.

Selon le journal Le Soleil du 12 octobre 1982, des centaines de personnes se sont déplacées pour assister au travail des laboureurs encerclés par les caméras de télévision, les vidéos, les avions [et] un hélicoptère.

Le plus long texte labouré du monde

La longueur de cet agrotexte impressionne. Déjà dans les reportages de l’époque, on estime qu’il s'agit du plus long au monde.

« Moi je disais [aux laboureurs] que c’était fantastique. Ils m’ont mis au défi et mon dit : "si c’est fantastique, prouve-nous-le et vérifie si on pourrait être inscrit dans le livre des records". »

— Une citation de  Jean-Yves Fréchette, artiste conceptuel

Cet honneur est arrivé deux ans plus tard, sous la forme d’un certificat officiel. Un petit bout de papier qui attestait finalement le caractère unique de leurs efforts d’octobre 1982.

Une superposition de l'affiche du projet avec les photos des agriculteurs et le diplôme du livre Guinness des records.

Une quinzaine d'agriculteurs ont participé au projet qui a remporté un diplôme du livre Guinness des records.

Photo : Gracieuseté : Jean-Yves Fréchette

Texte Terre Tisse

La phrase que le groupe avait choisi d’inscrire sur la terre peut sembler énigmatique. Il s’agit en fait d’un poème minimaliste.

D’abord la terre, référence directe au mode de vie des cultivateurs. Puis le texte, pour rappeler la nature littéraire du geste. Et finalement le tissage, afin de souligner l’apport important du travail des femmes aux sociétés agricoles.

C’est une double reconnaissance des hommes dans le champ et des femmes sur les métiers à tisser, comme l’explique M. Fréchette

Faire revivre le projet 40 ans plus tard

Afin de souligner l’anniversaire de ce record, Jean-Yves Fréchette a décidé de le reproduire, mais à la marche.

Sa montre GPS en main, il a arpenté son champ à plusieurs reprises, pour tracer des phrases et des mots visibles via une application mobile.

Une image satellite GPS montrant la phrase « Je dors les pieds debout ».

Montre GPS en main, Jean-Yves Fréchette a arpenté son champ à plusieurs reprises, pour tracer des phrases et des mots visibles via une application mobile.

Photo : Gracieuseté : Jean-Yves Fréchette

Mardi, des enfants de l'École primaire de la Morelle se sont promenés avec lui. Ils en ont profité pour tracer à la marche deux mots appris lors d’un cours sur les homophones : Voie et Voix.

Parmi eux, plusieurs ont un grand-père qui faisait partie de l’aventure en 1982. C’est une façon d’établir un dialogue intergénérationnel, explique M. Fréchette.

Des jeunes marchent dans un champ.

Des enfants de l'École primaire de la Morelle se sont promenés avec Jean-Yves Fréchette dans son champ.

Photo : Radio-Canada

Le 10 octobre prochain, 40 ans jour pour jour après après leur performance, le public pourra venir à la rencontre des laboureurs de 1982.

Une petite cérémonie est prévue, ainsi qu’une promenade dans le champ où la poésie s’est écrite.

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