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Du bleu foncé au bleu pâle en Gaspésie

En 2018, Bonaventure, Gaspé, Matane-Matapédia et les Îles-de-la-Madeleine avaient envoyé des députés péquistes à l’Assemblée nationale. À l’époque, cela représentait 40 % de la députation péquiste. Cette fois-ci, seulement deux députés du PQ ont échappé à la vague caquiste dans la région, même si, au bout du compte, ils représenteront 66,6 % de la députation de cette formation à Québec.

La carte électorale des circonscriptions de l'Est-du-Québec le soir des élections du 3 octobre 2022.

Seules les circonscriptions de Matane-Matapédia et des Îles-de-la-Madeleine ont gardé la couleur du Parti québécois le soir des élections du 3 octobre 2022.

Photo : Radio-Canada

Au regard du résultat du vote, les Îles-de-la-Madeleine et Matane–Matapédia font figures de bastions gaulois. La défaite de deux candidats du Parti québécois (PQ) dans Bonaventure et dans Gaspé n'est pourtant pas synonyme d'une tendance à la baisse très marquée de la popularité de ce parti dans les circonscriptions concernées.

Dans Gaspé, la députée péquiste sortante, Méganne Perry-Mélançon, élue de justesse en 2018, ne sera pas de retour sur les banquettes de l’Assemblée nationale.

Dans la circonscription voisine de Bonaventure, la vedette montante du Parti québécois, Alexis Deschênes, a perdu son pari. La caquiste Catherine Blouin l’a emporté par 3211 voix.

L’analyste et journaliste Gilles Gagné explique ces changements de la garde principalement par un transfert des votes libéraux des élections précédentes vers la Coalition avenir Québec.

Évolution du vote pour le PLQ et pour le PQ du scrutin de 2018 au scrutin de 2022

PLQ 2018

PLQ 2022

PQ 2018

PQ 2022

Gaspé

33,18 %

8,89 %

33,41%

37,50 %

Bonaventure

25,54 %

8,56 %

38,46 %

30,06 %

Îles-de-la-Madeleine

38,46 %

7,25 %

38,65 %

46,35 %

Matane–Matapédia

11,27 %

2,11 %

69,46 %

67,43 %

Le vote pour le Parti québécois s’est donc maintenu dans l’ensemble.

Dans Matane–Matapédia, le vote pour Pascal Bérubé a légèrement diminué, mais ce député est l’élu qui a reçu le plus haut pourcentage de voix au scrutin de 2022.

Le vote pour le PQ a même augmenté aux Îles-de-la-Madeleine, où le péquiste Joël Arseneau a conservé son siège.

Dans Gaspé, la députée sortante du PQ, Méganne Perry-Melançon, a perdu son siège tout en améliorant son score par rapport à celui de 2018. C’est la politique. Ça fait partie de toute la joute, il faut prendre acte des résultats, a commenté Mme Perry-Melançon sur les ondes de Radio-Canada.

Sacrée étoile montante de la politique à l’Assemblée nationale en décembre dernier pour son travail de députée, la jeune femme admet tout de même le désappointement. On se serait attendus, dit-elle, à un autre résultat avec la campagne qu’on a menée sur le terrain. On sentait que l’énergie était là, que les gens étaient favorables, mais c’est difficile d’avoir des regrets quand tout s’est bien déroulé comme ça.

Une pancarte de Méganne Perry-Melançon.

Méganne Perry-Melançon a perdu son siège même si elle a obtenu plus de voix qu'en 2018 (archives).

Photo : Radio-Canada / Guillaume Whalen

Malgré sa défaite, elle se dit heureuse de voir le chef du parti entrer à l’Assemblée nationale. Je suis certaine que le Parti québécois va rebondir. Ce n’est pas un pas de recul pour le Parti québécois. Il s’est passé de belles choses et on en est très fiers , commente la députée sortante, qui entend demeurer militante au sein de la formation politique indépendantiste.

Comme beaucoup, elle souhaite un changement du mode de scrutin : On a un sérieux travail à faire pour une meilleure représentativité du vote.

Elle voit un frein à la participation des citoyens au processus électoral dans le mode de scrutin actuel.

Seulement 60,96 % des électeurs ont voté dans la circonscription de Gaspé.

Dans la région, seuls les électeurs de la circonscription des Îles-de-la-Madeleine, la plus petite circonscription du Québec, ont été plus nombreux qu’ailleurs à se rendre aux bureaux de vote.

Taux de participation

  • Gaspé : 60,96 %
  • Îles-de-la-Madeleine : 75,74 %
  • Bonaventure : 62,76 %
  • Matane-Matapédia : 64,95 %

Dans l’ensemble du Québec : 66,06 %

Bonaventure

Le candidat défait du Parti québécois dans Bonaventure, Alexis Deschênes, observe lui aussi les effets de l’effondrement du vote libéral et de son transfert vers la CAQ. Mais il y a des dynamiques différentes selon les circonscriptions, nuance-t-il.

Le candidat péquiste de Bonaventure, Alexis Deschênes, lors d'un point de presse sur le quai de Carleton-sur-Mer.

Le candidat péquiste dans la circonscription de Bonaventure, Alexis Deschênes, a tenu à féliciter les autres candidats pour le ton et la civilité de la campagne dans cette circonscription (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Lors de son passage à l’émission Bon pied, bonne heure, Gilles Gagné a aussi fait état du fait que les électeurs de la région, notamment ceux de Bonaventure, ont aussi senti le besoin de faire partie de la bonne équipe.

En entrevue, Alexis Deschênes a dit partager en partie cette analyse. De façon générale, il y a eu un désir de récompenser M. Legault pour sa gestion de la pandémie, a-t-il dit.

En dépit des résultats, il se dit toutefois fier du déroulement de la campagne dans Bonaventure et des échanges entre les candidats : Collectivement, on peut être fiers de la façon dont cet exercice démocratique a été conduit ici.

Dans l'archipel

Élu pour un deuxième mandat, le député des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, parle de son côté d’une campagne de terrain. On a voulu faire une campagne d’idées, proche des gens. On a fait des assemblées de cuisine.

Son adversaire Jonathan Lapierre ayant annoncé qu’il ne retournerait pas à la mairie, Joël Arseneau estime que cela laissera place à un nouveau cycle politique.

Il refuse de commenter le départ de M. Lapierre autrement qu’en lui souhaitant la meilleure des chances. J’ai toujours évité de personnaliser une lutte comme celle-là. J’avais quatre bons candidats, dont trois qui avaient une bonne notoriété.

La place du Parti québécois

M. Arseneau assure que le mouvement indépendantiste reste fort malgré tout. On bâtit un mouvement avec des jeunes qui poussent derrière. On est au troisième rang du vote populaire.

Frédéric Bérard, docteur en droit de l’Université de Montréal, est en partie de cet avis.

Il rappelle qu’il y a cinq semaines, ce parti était presque rayé de la carte et que seule l’élection du député Pascal Bérubé semblait possible. Compte tenu des prédictions, dit-il, on peut considérer ça comme une victoire morale. Il y a eu une remontée qui a été effectuée, la campagne a fait mouche, le projet d’indépendance a été porté par le PQ et il a obtenu 15 % des suffrages.

Joël Arseneau, député des Îles-de-la-Madeleine, en conférence de presse à l’Assemblée nationale.

Joël Arseneau, député des Îles-de-la-Madeleine, en conférence de presse à l’Assemblée nationale (photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Il souligne que la performance du chef et les répercussions de celle-ci sur l’opinion seront à surveiller à l’Assemblée nationale. C’est peut-être le début de quelque chose de nouveau.

Le problème sera de partager le travail. Avec trois députés pour toutes les commissions, il va falloir faire des choix : c’est un caucus minimaliste, commente Frédéric Bérard, de l’Université de Montréal.

Même s’ils ne seront que trois à l’Assemblée nationale, Joël Arseneau croit malgré tout que le PQ pourra faire sa marque et sera une opposition de propositions.

Jean-François Fortin, maire de Sainte-Flavie, enseignant en sciences politiques au Cégep de Rimouski et ancien député à la Chambre des communes, estime que les deux députés du PQ de l’Est-du-Québec devront faire preuve d’intelligence politique et d’audace pour se tailler une place.

« Il leur faudra établir des contacts au-delà de la joute partisane. »

— Une citation de  Jean-François Fortin, enseignant en sciences politiques

Ils devront trouver des chemins dans l’appareil politique pour régler leurs problèmes. Ça se fait. On a vu des députés de l’opposition régler des problèmes plus rapidement que des députés au pouvoir, fait valoir M. Fortin.

La tâche ne sera pas moins lourde pour les nouveaux élus de la CAQ. Ils auront pour principaux défis de faire entendre la voix de la région dans un caucus de 90 membres et d’avoir leurs entrées auprès de la garde rapprochée du premier ministre, croit Gilles Gagné.

Frédéric Bérard est du même avis : Ça fait beaucoup de gens à qui on doit faire plaisir et les budgets sont limités.

Pour M. Fortin, une des premières batailles des trois députés du PQ sera sans doute d’obtenir une certaine reconnaissance de la part du gouvernement et de l’opposition officielle.

Le PQ, tout comme QS, n’a pas obtenu 20 % du vote populaire ni réussi à faire élire 12 députés. Jean-François Fortin explique par contre que des ententes peuvent être conclues avec le gouvernement et avec l’opposition officielle pour un partage plus équilibré des temps et des droits de parole entre les formations politiques.

Pascal Bérubé, qui n’a pas voulu commenter les résultats des circonscriptions voisines, ajoute que sa formation politique restera aussi ouverte à la collaboration avec le gouvernement le sera : Quand ce sera bon, on le dira; quand ce ne sera pas bon, on le dira aussi.

Bannière promotionnelle de notre dossier sur les élections provinciales au Québec.

Avec la collaboration de Jean-François Deschênes

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