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Analyse

Nette victoire de la CAQ grâce à la division du vote

Les autres partis sauvent la mise, mais ils auront tous de sérieuses questions à se poser.

François Legault prononce un discours.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, prononce un discours à la suite de la victoire de sa formation politique.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La victoire de la CAQ n’est une surprise pour personne. Du début à la fin de son mandat, et du début à la fin de la campagne électorale, le parti de François Legault aura été en première place dans les sondages.

La CAQ obtient un mandat fort, plus fort même que le premier, avec plus de sièges, plus de voix et un plus grand pourcentage d’appui. On est loin par contre des coups de sonde qui lui donnaient jusqu’à 50 % des intentions de vote au cœur de la pandémie.

Le parti fait des gains aux dépens du Parti libéral à Laval, de Québec solidaire en Abitibi-Témiscamingue et du Parti québécois dans l’Est-du-Québec; il est en revanche incapable d’augmenter sa députation sur l’île de Montréal – ce qui ne laisse présager rien de bon pour la métropole. Dire que le premier ministre ne s’est pas aidé avec ses commentaires sur l’immigration serait un euphémisme.

On ne peut certes tenir François Legault responsable de l’incapacité des autres partis à s’illustrer davantage, mais le chef caquiste doit secrètement se réjouir de ne pas avoir réformé le mode de scrutin.

C’est que la CAQ a surtout su tirer parti de la fragmentation de l'électorat. Ses quatre adversaires ont obtenu entre 13 % et 15 % d’appui chacun, une division presque parfaite du vote d'opposition. Avec 41 % des suffrages exprimés, sa victoire se compare toutefois à celles obtenues par le PLQ en 2014 et en 2008.

Les électeurs n’ont visiblement pas tenu rigueur à François Legault de ses nombreux faux pas; en fait, c’est comme si la campagne n’avait jamais eu lieu – la CAQ récoltant aujourd’hui précisément le même niveau d’appui qu’à la fin août.

Fort de sa majorité, François Legault aura les coudées franches pour mener à bien son second mandat, mais la pression sera forte. Si la pandémie a pu justifier le retard pris à certains égards, la CAQ devra maintenant honorer ses engagements. Les citoyens risquent d’être particulièrement exigeants quant à l’accès aux services publics, comme les soins de santé et les services de garde.

Dominique Anglade prononce un discours.

La cheffe libérale, Dominique Anglade, a été réélue dans Saint-Henri–Sainte-Anne et sera la cheffe de l'opposition officielle.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

La CAQ n’est pas la seule à tirer parti du mode de scrutin. Le Parti libéral a obtenu moins de votes que Québec solidaire et que le Parti québécois pris individuellement, ce qui ne l’empêche pas de faire élire près d'une dizaine de députés de plus que les deux formations politiques réunies.

Grâce à la concentration de son vote, le PLQ sauve les meubles et préserve son statut d’opposition officielle, mais la formation politique n’a pas de quoi pavoiser. En 2018, les libéraux avaient obtenu le pire score de leur histoire avec 25 % d’appui; ils en sont maintenant réduits à moins de 15 % des suffrages.

Les promesses de Dominique Anglade n’ont visiblement pas inspiré beaucoup de Québécois. Le vote libéral est plus que jamais concentré dans l’île de Montréal, ce qui n’aidera en rien le parti à renouer avec la majorité francophone – un prélude pourtant incontournable à tout retour au pouvoir.

Gabriel Nadeau-Dubois prononce un discours.

Gabriel Nadeau-Dubois s'est adressé aux militants de Québec solidaire en fin de soirée, lundi.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

En montée depuis sa fondation, Québec solidaire semble maintenant plafonner, malgré la solide campagne menée par son co-porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois. Le parti a fait des gains à Montréal, mais il a essuyé une perte dans Rouyn-Noranda–Témiscamingue. Son vote populaire est aussi en baisse.

Même si le parti a su conserver la circonscription de Sherbrooke, son incapacité à croître en région est douloureuse. QS souhaitait notamment percer dans Saint-François, Rimouski et Ungava – sauf que la course n’a même pas été serrée. Le simple fait que le terme taxes orange soit passé dans l’usage courant en l'espace de quelques semaines en dit long sur les difficultés du parti.

Paul St-Pierre Plamondon s'adresse aux partisans rassemblés dans une salle.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a remporté la victoire dans la circonscription montréalaise de Camille-Laurin.

Photo : La Presse canadienne / Evan Buhler

Paul St-Pierre Plamondon a remporté son pari en se faisant élire dans Camille-Laurin à Montréal, ce qui lui permettra de faire son entrée à l’Assemblée nationale. Obtenir 15 % d’appui est certes préférable à en obtenir 9 % – comme le laissaient présager les sondages en début de campagne – mais il ne faut pas perdre de vue que le PQ a moins bien fait que lors du dernier scrutin. À chaque défaite, le PQ parle de reconstruction, or la situation ne fait que se dégrader d’une élection à l’autre.

Le chef péquiste a fait une bonne campagne; il doit cependant une fière chandelle à la candidate de Québec solidaire dans Camille-Laurin, forcée de se retirer après un vol de dépliant. C'est qu'une moins grande fragmentation du vote semble l'avoir aidé. Siéger au Salon bleu permettra à Paul St-Pierre Plamondon d’augmenter sa visibilité et celle de son parti; ils en auront bien besoin, car s’occuper de tout avec trois députés ne sera pas une sinécure.

Éric Duhaime prononce un discours.

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, s'est adressé à ses militants lundi soir.

Photo : La Presse canadienne / Bernard Brault

La situation est particulièrement frustrante pour le Parti conservateur. Les troupes d’Éric Duhaime ont recueilli plus d’un demi-million de votes mais ne sont pas parvenues à faire élire un seul député, ce qui ne peut qu’attiser leurs doutes sur la légitimité de nos institutions démocratiques.

Le chef conservateur promet d’être sur les rangs lors des prochaines élections; traverser les quatre prochaines années sans aucune représentation à l’Assemblée nationale pourrait toutefois être très difficile. C’est sans compter que la pandémie et les mesures sanitaires – source de mobilisation au sein du parti – risquent de paraître bien lointaines en 2026.

À 66,05 %, le taux de participation est parmi les plus bas qu’on ait enregistré. Alors que l’offre politique n’a jamais été aussi grande, il est étonnant et inquiétant de voir autant de citoyens bouder les urnes.

Les partis d’opposition se serviront sans doute de ce taux anémique pour amoindrir l’ampleur de la victoire caquiste, mais ils ne devront pas oublier que si la participation a été si faible, c’est aussi parce qu’eux-mêmes n’ont pas su inspirer les électeurs.

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