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Iran : les « émeutes » sont fomentées par les États-Unis et Israël, accuse Khamenei

L'ayatollah Ali Khamenei.

L'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême iranien

Photo : Reuters / Morteza Nikoubazl

Agence France-Presse

Le guide suprême de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, a accusé lundi les États-Unis, Israël et leurs « agents » d'avoir fomenté le mouvement de contestation antigouvernemental déclenché par la mort, le 16 septembre, de Mahsa Amini à Téhéran.

Je dis clairement que ces émeutes et l'insécurité sont l'œuvre de l'Amérique, du régime sioniste [Israël, NDLR] usurpateur et leurs agents salariés, avec l'aide de certains Iraniens traîtres à l'étranger, a-t-il dit dans sa première réaction à la mort de la jeune femme, arrêtée le 13 septembre par la police des mœurs.

La mort de la jeune fille nous a brisé le cœur, mais ce qui n'est pas normal, c'est que certaines personnes, sans preuve ni enquête, rendent les rues dangereuses, brûlent le Coran, retirent le hijab des femmes voilées, mettent le feu aux mosquées et aux voitures, a-t-il dit.

Prenant la parole à l'occasion d'une cérémonie de remise de diplômes à des officiers issus de l'académie militaire à Téhéran, il a affirmé : La police est obligée de tenir tête aux criminels et d'assurer la sécurité de la société.

Une personne tient un portrait de Mahsa Amini

L'Iran est secoué par de violentes manifestations depuis la mort la semaine de Mahsa Amini.

Photo : Getty Images / AFP / KENZO TRIBOUILLARD

Donc affaiblir la police signifie renforcer les criminels, et celui qui attaque la police laisse le peuple sans défense contre les criminels, les voyous, les voleurs, a-t-il dit.

Il a appelé les autorités judiciaires à juger les émeutiers proportionnellement au niveau de leur participation aux destructions et aux atteintes à la sécurité.

Un acte criminel

Concernant la prise de position de certaines personnalités sportives et artistiques en faveur des manifestants, il a estimé que c'est à la justice de se prononcer s'il s'agit d'un acte criminel, mais à ses yeux, leurs déclarations n'ont aucune importance.

De nombreux sportifs iraniens ainsi que des acteurs et cinéastes ont apporté leur soutien au mouvement de contestation, demandant aux autorités d'écouter les revendications du peuple.

Le réalisateur Asghar Farhadi, deux fois oscarisé, a ainsi exhorté les gens du monde entier à être solidaires avec les manifestants.

Lors d'un match amical de soccer contre le Sénégal à Vienne, toute l'équipe iranienne est restée vêtue de noir pendant les hymnes plutôt que d'exposer le maillot national.

Une poupée factice et des pancartes.

Un manifestant tient une poupée factice du guide Ali Khamenei et un autre brandit une affiche de Mahsa Amini lors d'une manifestation.

Photo : Getty Images / AFP / APU GOMES

L'ayatollah Khamenei s'en est d'autre part pris vivement à la presse dans le monde.

Il y a beaucoup d'émeutes dans le monde et en Europe, surtout en France, à Paris. Mais les médias de masse affiliés au capitalisme américain et à leurs mercenaires, comme certains gouvernements de la région, notamment les Saoudiens, ont-ils soutenu les émeutiers dans ces pays? s'est-il demandé.

Le guide a qualifié de mensonge l'expression de regret des Américains pour la mort d'une fille, car, contrairement aux apparences, ils sont heureux de trouver cette excuse pour provoquer des incidents.

Répression d'une manifestation dans une université

De violents affrontements ont éclaté entre étudiants et forces de sécurité dans une grande université de Téhéran, plus de deux semaines après le début des manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini, ont indiqué lundi des médias d'État et des ONG.

Le décès de cette Kurde iranienne de 22 ans le 16 septembre, trois jours après son arrestation pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique qui oblige notamment les femmes à porter le voile, a donné lieu aussi à des rassemblements de solidarité avec les femmes iraniennes dans de nombreuses villes du monde, notamment à Paris encore dimanche.

Le mouvement de contestation en Iran, le plus important depuis celui de 2019 provoqué par la hausse des prix de l'essence, est entré dans sa troisième semaine et la répression s'est accrue.

De violents incidents se sont produits dans la nuit de dimanche à lundi dans l'Université de technologie Sharif à Téhéran, la plus prestigieuse d'Iran, où la police antiémeute a tiré des billes d'acier et des gaz lacrymogènes contre des étudiants qui protestaient, selon l'agence de presse iranienne Mehr.

Des gens qui lèvent leurs mains.

Les manifestations en Iran contre la mort de Mahsa Amini détenue par la police des mœurs ont fait au moins 92 morts, selon une organisation non gouvernementale.

Photo : Getty Images

Femme, vie, liberté, les étudiants préfèrent la mort à l'humiliation, ont-ils scandé, selon Mehr, ajoutant que le ministre iranien des Sciences était ensuite venu à l'université parler aux étudiants en vue de calmer la situation. Des incidents sont également survenus à l'université d'Ispahan (centre).

Le ministère iranien du Renseignement avait indiqué vendredi que neuf ressortissants étrangers – notamment de France, d'Allemagne, d'Italie, des Pays-Bas et de Pologne – avaient été arrêtés en lien avec les manifestations.

Une globe-trotteuse italienne de 30 ans, Alessi Piperno, a affirmé être détenue en Iran et a appelé à l'aide, selon les déclarations de ses parents publiées lundi dans la presse italienne.

Indignation internationale

Pour la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, il est difficile de supporter ce qui se passe à l'Université Sharif en Iran, a-t-elle tweeté : Le courage des Iraniens est incroyable. Et la force brutale du régime est l'expression de la peur pure et simple du pouvoir de l'Éducation et de la liberté.

De son côté, l'ONG Iran Human Rights, basée à Oslo, a publié deux vidéos, l'une montrant apparemment des policiers iraniens à moto poursuivant des étudiants qui courent dans un stationnement souterrain, et l'autre, des policiers à moto emmenant des personnes dont la tête est recouverte de sacs en tissu noir.

Sur d'autres images mises en ligne, que l'AFP n'a pu vérifier de manière indépendante, on peut entendre des tirs et des cris alors qu'un grand nombre de personnes courent dans une rue la nuit.

Dans une vidéo tournée selon l'IHR dans une station de métro de Téhéran, une foule scande : N'ayez pas peur! N'ayez pas peur! Nous sommes tous ensemble!

Le Centre pour les droits de la personne en Iran (CHRI), basé à New York, s'est dit extrêmement préoccupé par les vidéos provenant de l'Université Sharif et de Téhéran aujourd'hui, montrant une répression violente des manifestations.

Selon l'ayatollah Khamenei, ces manifestations ne sont pas dirigées contre le port obligatoire du voile, mais contre l'indépendance de l'Iran.

Beaucoup de femmes en Iran ne portent pas parfaitement le voile et sont de ferventes partisanes de la République islamique, a-t-il écrit sur Twitter. Les États-Unis ne peuvent pas tolérer un Iran fort et indépendant.

Nous sommes alarmés et révoltés par les informations sur la manière dont les forces de l'ordre répondent par la violence et avec des arrestations massives à des manifestations pacifiques d'étudiants, a dit lundi la porte-parole de la Maison-Blanche, Karine Jean-Pierre, aux journalistes voyageant avec le président Joe Biden vers Porto Rico.

Une foule de manifestants, avec de nombreux drapeaux iraniens.

Des milliers de manifestants se sont réunis au centre-ville de Vancouver samedi pour dénoncer la répression du régime iranien.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lepoutre

Au moins 92 personnes ont été tuées en Iran par la répression depuis le début des manifestations, selon cette agence qui s'efforce d'évaluer le nombre de morts malgré les coupures d'Internet et les blocages d'applications comme WhatsApp ou Instagram et d'autres services en ligne en Iran.

Les autorités iraniennes affirment quant à elles qu'environ 60 personnes parmi lesquelles 12 membres des forces de sécurité ont été tuées depuis le 16 septembre.

Par ailleurs, 41 autres personnes ont péri lors d'affrontements vendredi dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est), selon l'IHR citant des sources locales, sans être en mesure de préciser si ces violences sont liées à la mort de Mahsa Amini.

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