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Le Nobel de médecine au Suédois Svante Pääbo, fondateur de la paléogénomique

Le lauréat du Prix Nobel de Médecine pose avec la réplique d'un squelette de l'homme de Néandertal.

Le chercheur suédois Svante Pääbo, fondateur de la paléogénomique, a réalisé le séquençage complet du génome de l'homme de Néandertal.

Photo : AP / Hendrik Schmidt

Agence France-Presse

Le prix Nobel de Médecine a couronné lundi le pionnier de la paléogénomique, le Suédois Svante Pääbo, pour le séquençage complet du génome de l'homme de Néandertal et la fondation de cette discipline qui remonte à l'ADN du fond des âges pour éclairer nos gènes d'aujourd'hui.

En révélant les différences génétiques qui distinguent tous les humains vivants des homininés disparus, ses découvertes ont donné la base à l'exploration de ce qui fait de nous, humains, des êtres aussi uniques, a salué le jury Nobel.

Le lauréat a comparé ses recherches à des fouilles archéologiques dans le génome humain pour mieux comprendre la physiologie de l'homme actuel, lors d'une conférence de presse.

Grâce au séquençage d'un os retrouvé en Sibérie en 2008, il a également permis de révéler l'existence d'un autre homininé distinct et inconnu jusqu'alors, l'homme de Denisova, qui vivait dans l'actuelle Russie et en Asie.

Directeur depuis plusieurs années de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutive à Leipzig, en Allemagne, M. Pääbo a dit n'avoir pas encore tout à fait digéré son prix, ayant d'abord cru à une farce de ses collègues.

Apport à la médecine

Âgé de 67 ans et installé en Allemagne depuis des décennies, Svante Pääbo a découvert en 2009 qu'un transfert de gènes de l'ordre de 2 % avait eu lieu entre ces homininés disparus, comme Néandertal, et Homo sapiens.

Ce flux ancien de gènes vers l'homme actuel a une pertinence physiologique aujourd'hui, par exemple en affectant la façon dont notre système immunitaire réagit aux infections.

Ses travaux avaient ainsi récemment montré que les malades de la COVID-19 portant un segment d'ADN de Néandertal – notamment en Europe, et plus notablement en Asie du Sud – hérité d'un croisement avec le génome humain il y a quelque 60 000 ans, sont plus à risques de complications sévères de la maladie.

Les différences génétiques entre Homo sapiens et nos plus proches parents aujourd'hui éteints étaient inconnues jusqu'à ce qu'elles soient identifiées grâce aux travaux de Pääbo, a salué le comité Nobel dans sa décision.

Svante Pääbo tient un crâne humain dans sa main.

Svante Pääbo, âgé de 67 ans, a découvert en 2009 qu'un transfert de gènes de l'ordre de 2 % avait eu lieu entre ces homininés disparus, comme Néandertal, et l'Homo sapiens.

Photo : AP / Frank Vinken for Max-Planck-Gese

Le chercheur suédois a su surmonter les difficultés posées par la dégradation de l'ADN dans le temps : après des milliers d'années, seules des traces demeurent, de surcroît largement contaminées par des bactéries ou des traces humaines modernes.

L'homme de Néandertal a cohabité un temps avec l'homme moderne en Europe avant de disparaître totalement il y a environ 30 000 ans, supplanté par Sapiens, aux racines africaines.

Pääbo, natif de Stockholm, avait été considéré comme nobélisable depuis longtemps. Mais il avait disparu de la liste des favoris ces dernières années.

Il habite Leipzig, donc c'était facile de le joindre, il ne dormait pas, a raconté Thomas Perlmann, le secrétaire du comité Nobel chargé de décerner le prix.

Il était sans voix, très heureux, il m'a demandé s'il pouvait le dire à sa femme, j'ai dit : "d'accord". Il était incroyablement content.

La paléogénomique, une discipline désormais reconnue

Ses recherches en paléogénomique commencées il y a trente étaient initialement une passion, une sorte de hobby et la discipline a été considérée pendant assez longtemps comme une sorte de curiosité, a confié M. Pääbo.

C'est maintenant reconnu comme une direction de recherche sérieuse, a ajouté le lauréat.

Reconstituer le patrimoine génétique d'humains éteints voici des milliers, voire des dizaines de milliers d'années peut aider à comprendre la biologie de l'homme moderne.

Nous avons maintenant une certaine capacité à remonter dans le temps et à suivre réellement l'histoire génétique et les changements génétiques, estime le chercheur.

Ce qui m'intéresse particulièrement en ce moment, ce sont les changements génétiques qui sont apparus dans la lignée humaine depuis que nous nous sommes séparés de l'homme de Néandertal, a déclaré M. Pääbo.

Et parmi ces changements, certains sont peut-être importants pour répondre à la plus grande question de l'histoire de l'humanité : Pourquoi l'homme est devenu l'homme moderne – et non pas un autre type d'homme – générant des millions et des milliards d'individus et de grandes sociétés?

Son père nobélisé en 1982

Son prix ouvre une dynastie : son père, Sune Bergström (1916-2004), avait également reçu le Nobel de médecine en 1982 pour des recherches liées aux hormones.

Celui-ci est le père naturel de Svante, qui avait expliqué publiquement en 2014 être le fruit d'une aventure extraconjugale, d'où leurs noms différents.

La récompense est dotée de 10 millions de couronnes (1,2 million $ CA). Remporter seul un Nobel scientifique fait figure d'exploit de plus en plus rare – la dernière fois pour la médecine remonte à 2016.

Le millésime Nobel se poursuit à Stockholm mardi avec la physique et mercredi avec la chimie, avant les très attendus prix de littérature jeudi et de la paix vendredi, seule récompense décernée à Oslo. Le plus récent prix d'économie clôt le millésime lundi prochain.

Les hommes largement représentés

Avec ce 113e Nobel de médecine ou de physiologie, ils sont désormais 226 à s'être vu décerner le prix depuis sa création, dont 12 femmes.

Aucune organisation n'a jamais été récompensée, ce qu'interdisent les règles de l'Institut Karolinska qui décerne le prix.

L'an dernier, le prix était allé à deux Américains, David Julius et Ardem Patapoutian, pour leurs découvertes sur le fonctionnement du toucher.

Des chercheurs américains ou basés aux États-Unis, de sexe masculin, dominent encore largement les Nobel scientifiques ces dernières décennies, malgré les efforts des jurys pour sacrer davantage de femmes.

La saison 2021 des Nobel n'avait pas dérogé à la règle, avec 12 lauréats et une seule lauréate. Tous les prix scientifiques étaient allés à des hommes.

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