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La trêve a pris fin dimanche au Yémen, un pays ravagé par la guerre depuis huit ans

Des combattants yéménites font un salut depuis la plage arrière d'un véhicule.

Le 26 septembre dernier, des combattants des forces gouvernementales soutenues par l'Arabie saoudite ont participé à une parade destinée à souligner l'anniversaire de la révolution de 1962, qui a mené à la création de la République du Yémen.

Photo : Getty Images / AFP / STR

Radio-Canada

La trêve négociée par l’ONU et entrée en vigueur le 2 avril dernier au Yémen a officiellement pris fin dimanche sans qu’aucun accord sur sa prorogation soit annoncé. Les cessez-le-feu qui avaient permis une accalmie dans ce pays en guerre avaient pourtant été reconduits à deux reprises.

L’envoyé spécial de l’ONU regrette qu’un accord n’ait pas été conclu aujourd’hui alors qu’une prolongation et une extension de la trêve auraient apporté davantage de bienfaits significatifs à la population, s’est désolé l’émissaire de l’ONU, Hans Grundberg, dans un communiqué.

Le conflit qui ravage le Yémen depuis huit ans va pouvoir reprendre, menaçant ainsi les rares progrès qui ont été réalisés durant la trêve et mettant en danger la vie de millions de personnes. Celles-ci sont aux prises avec une grave tragédie humanitaire depuis qu’un conflit a éclaté entre le gouvernement yéménite et les rebelles houthis, en 2014.

Lors des dernières négociations mises en marche pour prolonger la trêve, M. Grundberg avait appelé toutes les parties au calme et à éviter toute provocation ou action pouvant mener à une escalade de la violence.

En plus d’un cessez-le-feu, la trêve conclue en avril dernier prévoyait une série de mesures humanitaires, mais certaines d'entre elles n’ont pas été mises en œuvre, car les forces gouvernementales et les rebelles houthis se sont mutuellement accusés de ne pas respecter leurs engagements.

L’accord de trêve avait néanmoins permis la réouverture partielle de l’aéroport de Sanaa, la capitale du Yémen, contrôlée par les rebelles houthis, ce qui a facilité l’acheminement de marchandises, de carburant ainsi que de l’aide humanitaire essentielle à la population yéménite, dont près des deux tiers dépendent.

L’émissaire de l’ONU s’était rendu ces derniers jours à Sanaa puis à Oman, qui joue le rôle de modérateur dans la région, où il espérait pouvoir négocier une prorogation de la trêve.

Il a aussi rencontré dimanche à Riyad le président du Conseil yéménite Rashad al-Alimi. Celui-ci a accusé les rebelles houthis de miner les efforts visant à alléger les souffrances du peuple yéménite.

Le chef rebelle Mehdi Machat a quant à lui rejeté la proposition de trêve de l’ONU parce qu’elle ne répond pas aux aspirations du peuple yéménite.

Samedi, les rebelles houthis avaient déclaré que les négociations en vue de prolonger la trêve étaient dans une impasse.

Des accrochages en l’absence d'un cessez-le-feu

Des accrochages sporadiques ont eu lieu dimanche dans le sud-ouest du Yémen, ont indiqué des sources militaires gouvernementales. Les rebelles houthis ont pour leur part renforcé leur présence militaire dans la région stratégique de Marib, ont ajouté ces sources.

Nous nous attendons à une attaque si les Houthis n'approuvent pas la prorogation de la trêve, a affirmé une source militaire.

Nos forces armées ne resteront pas les bras croisés si l'agression et le blocus se poursuivent, a plutôt mis en garde le Conseil politique suprême des rebelles dans un communiqué. Le Conseil menace de s’en prendre aux aéroports, aux ports et aux compagnies pétrolières des pays ennemis.

Par le passé, les rebelles houthis ont mené plusieurs attaques de missiles et de drones en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.

La dernière attaque de ce type a eu lieu au mois de mars dernier et avait touché des installations du géant pétrolier Aramco, en Arabie saoudite, ce qui avait provoqué un gigantesque incendie.

Tout est possible, a lancé sur Twitter le porte-parole des rebelles, Yehya Sari.

Un conflit oublié

Des gens avec des boîtes et des sac de provisions.

Des Yéménites reçoivent de l'aide humanitaire dans un camp du district de Khokha, dans la province de Hodeida.

Photo : AFP / KHALED ZIAD

La guerre au Yémen oppose depuis 2014 les forces gouvernementales, soutenues par une coalition menée par l’Arabie saoudite, et les Houthis du nord-ouest du pays, qui sont appuyés par l’Iran. Les Houthis sont toutefois en conflit avec le gouvernement central du Yémen depuis 2004.

Ce pays situé aux confins de la mer Rouge et du golfe d'Aden dénombre plus de 377 000 morts à cause du conflit armé entre son gouvernement et les rebelles. Près de 20 millions de personnes dépendent désormais de l’assistance humanitaire pour leur survie.

Plus de 70 % du peuple yéménite – qui compte 30 millions d’habitants – sont en difficulté et le tiers de la population souffre de malnutrition aiguë, estimait déjà en 2021 le porte-parole de la Croix-Rouge Basheer Omar.

« Quelque 12 millions de personnes ont un besoin urgent d’aide humanitaire au Yémen. Plus de quatre millions de femmes et d’enfants souffrent de malnutrition aiguë. »

— Une citation de  Basheer Omar, porte-parole de la Croix-Rouge, en 2021

L’absence de trêve et de cessez-le-feu entre les belligérants va aggraver la crise humanitaire qui sévit au Yémen et entraîner la mort de milliers de personnes supplémentaires, notamment des femmes et des enfants.

Le Yémen est un pays très divisé. Les élites tribales, politiques et religieuses s'opposent les unes aux autres pour obtenir la plus grosse part possible du pouvoir.

À l'origine, les Houthis protestaient contre leur exclusion, contre la pauvreté abjecte dans le nord-ouest du pays et contre la négligence dont le gouvernement central faisait preuve envers leur région. Ils exigeaient une plus grande autonomie, du développement économique et une reconnaissance de leurs droits, y compris leurs droits religieux.

Au fil des ans, les Houthis ont gagné en puissance, mais le gouvernement central a toujours refusé de leur reconnaître un rôle dans la gouverne du pays. Après le renversement du président Ali Abdallah Saleh en 2012, il y a eu une redistribution du pouvoir au Yémen, mais sans les Houthis.

L'Arabie saoudite s'est toujours opposée aux Houthis pour toutes sortes de raisons, notamment parce qu'ils appartiennent à une minorité du chiisme.

L'Arabie saoudite est profondément engagée au Yémen depuis des décennies. Elle a souvent considéré le Yémen comme une région fragile et instable collée à sa frontière. Cette instabilité a toujours provoqué des craintes en Arabie saoudite.

Avec les informations de Agence France-Presse

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