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Comment le Canada protège les diplomates étrangers et leurs familles

Un drapeau russe flotte devant l'ambassade de Russie au Canada, à Ottawa.

L'ambassade de Russie à Ottawa s'est plainte que la police canadienne n'ait pas pris au sérieux certains incidents, notamment lorsque des manifestants auraient lancé un cocktail Molotov sur le terrain de cette mission diplomatique (archives).

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

La Presse canadienne

La protection des ambassades et des diplomates étrangers en poste au Canada représente un grand défi pour le gouvernement fédéral, selon des experts.

Pour Roy Norton, qui a été chef du protocole du Canada de 2016 à 2019, il s'agit d'une responsabilité qui incombe au gouvernement canadien.

« Nous prenons cela au sérieux. Nous respectons cet engagement et nous nous attendons à ce que les autres pays le respectent eux aussi. »

— Une citation de  Roy Norton, ex-chef du protocole du Canada

La Russie a déposé une plainte le mois dernier en affirmant que la police d'Ottawa et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ne prennent pas assez au sérieux les questions de sécurité après que des manifestants eurent lancé ce qui semblait être un cocktail Molotov contre l'ambassade russe.

Pour sa part, la GRC a déjà indiqué qu'elle menait une enquête sur cet incident.

Les autorités russes ont aussi indiqué que des manifestants auraient bloqué l'accès aux services consulaires. La police d'Ottawa enquête aussi sur cettte affaire.

Aucun corps policier n'a voulu répondre à des demandes d'entrevue.

Requête de la Russie

L'ambassade russe a demandé à être protégée jour et nuit, ce qui constitue une requête habituelle, selon M. Norton.

« Je ne dirais pas que les gens des ambassades exagèrent leurs craintes, mais ils préfèrent choisir la voie de la prudence. »

— Une citation de  Roy Norton, ex-chef du protocole du Canada

La Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, qui a été ratifiée en 1961, oblige les pays hôtes à protéger les ambassades et le personnel diplomatique en poste à l’étranger.

Selon cette convention, un agent diplomatique doit être traité avec le respect qui lui est dû et le pays hôte doit prendre toutes les mesures appropriées pour empêcher toute atteinte à sa personne, à sa liberté et à sa dignité. Le pays hôte doit aussi empêcher que les locaux des missions diplomatiques soient envahis ou endommagés [et que] la paix de la mission ne soit troublée.

Toutefois, M. Norton signale que ces clauses sont sujettes à interprétation.

Ainsi, lors de manifestations, les policiers canadiens n'interviennent que s'il y a un véritable risque de violence. Par exemple, l'ambassade de Chine au Canada perçoit souvent comme étant hostiles les manifestants qui dénoncent les violations des droits de la personne en Chine. L'ambassade chinoise n'a pas souhaité commenter.

De plus, l'ambassade d’Israël s'adresse régulièrement aux autorités canadiennes lorsque son personnel fait l'objet de menaces accrues pendant que certains événements se déroulent au Moyen-Orient.

Sécurité des diplomates canadiens en poste à l’étranger

À l'inverse, les diplomates canadiens qui sont en poste à l'étranger demandent eux aussi aux autorités locales une protection accrue lorsque cela s’avère nécessaire.

Robert Colette, qui a été ambassadeur du Canada aux Philippines, souligne qu'il était en contact avec les autorités locales pour des questions de sécurité. En 2002 ou en 2003, des responsables philippins l’avaient d’ailleurs prévenu que plusieurs missions diplomatiques aux Philippines, dont celle du Canada, faisaient l'objet de menaces d'attentat. L'ambassade canadienne avait alors fermé ses portes durant un mois et les diplomates avaient travaillé à leur domicile.

Le premier ministre Justin Trudeau sur la terrasse de l'ambassade du Canada à Kiev.

En vertu de la Convention de Vienne, les pays hôtes doivent protéger les ambassades étrangères et les diplomates qui se trouvent sur leur territoire, par exemple lorsque le premier ministre Justin Trudeau a inauguré l'ambassade du Canada à Kiev.

Photo : Radio-Canada

À Ottawa, Affaires mondiales Canada déploie des équipes de liaison avec les missions diplomatiques éparpillées à Ottawa et à Gatineau, explique M. Norton. Ces équipes doivent vérifier si la protection de ces ambassades est adéquate ou si une présence policière est nécessaire.

Pour M. Norton, c'est à la GRC, conjointement avec le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), de déterminer si une protection supplémentaire des ambassades est requise. Ainsi, un agent de la GRC pourrait escorter un ambassadeur pendant une période donnée. Une voiture de patrouille pourrait aussi être dépêchée près de l'ambassade pendant quelques jours.

« C'est une dépense considérable, car il y a trois quarts de travail par jour. Il y a un grand nombre d'interventions policières à Ottawa. Donc, il faut gérer le risque. »

— Une citation de  Roy Norton, ex-chef du protocole du Canada

Cependant, les représentants étrangers sont heureux d'être en poste au Canada, affirme Colin Robertson, un ancien diplomate canadien.

Les ambassadeurs et leurs familles aiment venir ici parce qu'ils n'ont pas à vivre derrière des grilles ni à engager des employés d'un service de sécurité privé, ajoute-t-il. De plus, les agressions commises contre des diplomates sont rares au Canada.

En 1982, un groupe d'activistes arméniens avait assassiné l'attaché militaire de la Turquie au Canada dans un stationnement situé à l'ouest du parlement.

Douze ans plus tôt, le Front de libération du Québec (FLQ) avait enlevé l'attaché commercial britannique James Cross, déclenchant ainsi la crise d'Octobre au Québec. M. Cross avait été libéré deux mois plus tard.

Les experts s'entendent pour dire que les États hôtes veulent protéger à tout prix les diplomates étrangers en mission sur leur sol, même si les deux pays concernés sont en conflit.

La GRC et le SCRS en sont très conscients et cherchent à fournir la meilleure protection possible dans n'importe quelle circonstance, affirme M. Collette. C'est même le cas à l’ambassade de Russie à Ottawa, alors que le Canada et la Russie sont en froid depuis l'invasion de l'Ukraine.

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