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Une île floridienne coupée du monde après Ian

Un homme marche près de débris éparpillés sur Pine Island Road après le passage de l'ouragan Ian à Matlacha, en Floride, le 1er octobre 2022.

L'ouragan Ian a dévasté le village historique de Matlacha.

Photo : Getty Images / AFP / Ricardo Arduengo

Radio-Canada

Karen Pagliaro parcourt la rue principale de Matlacha en se faufilant, un peu perdue, entre les arbres abattus, les débris et les véhicules abandonnés. Cette île de 800 habitants, d'habitude un petit coin de paradis, a été coupée du monde après le passage de l'ouragan Ian, qui a endommagé les deux ponts la reliant au reste de la Floride.

Nous nous sentons un peu oubliés, dit regretter cette enseignante de 50 ans qui a perdu sa maison dans la tempête. Nous pensions que [les autorités] allaient envoyer de l'aide, de l'eau, des fournitures et d'autres choses, mais elles ont refusé et nous ont dit que nous devions partir, ajoute-t-elle.

Jusqu'à mercredi, Matlacha était un petit joyau du sud-ouest de la Floride, un village de pêcheurs aux maisons de bois colorées construites autour d'une rue spacieuse, où on profite de l'eau, du ciel bleu, des restaurants de fruits de mer et de petites galeries d'art.

L'ouragan, qui selon un dernier bilan officiel a fait 58 morts confirmés en Floride (contre 44 décès annoncés auparavant), a tout changé.

Trois jours après le passage de l'ouragan, les gardes-côtes, les pompiers et les habitants des villes voisines s'y rendent en bateau pour secourir les derniers résidents restés coincés après avoir refusé d'évacuer avant la tempête.

Les gardes-côtes américains procèdent à l'évacuation de résidents à Matlacha, dans le sud-ouest de la Floride.

Les gardes-côtes américains procèdent à l'évacuation de résidents à Matlacha, dans le sud-ouest de la Floride.

Photo : Getty Images / AFP / Ricardo Arduengo

D'autres habitants qui avaient quitté l'île refont le voyage en sens inverse pour constater les dégâts.

Christian Lopez, 25 ans, observe la jetée où les services d'urgence évacuent des victimes.

Lui n'a pas l'intention de partir. Je préfère rester ici plutôt que d'aller ailleurs et d'être à la rue. Ici, au moins, nous avons un petit toit. Nous allons essayer de réparer la caravane où nous vivons, explique le jeune homme.

Nulle part où aller

À l'autre bout de Matlacha, la rue principale est coupée par une énorme fissure que les habitants traversent sur un pont de fortune fait d'une plaque de métal.

Ici et là, des dizaines de personnes marchent d'un pas las, le regard ailleurs. La plupart partagent la même incertitude : ils ne savent pas où aller.

Je n'ai pas de plan, dit John Lynch, résigné. La maison de cet homme de 59 ans s'enfonce dans la mer et il se prépare à quitter les lieux.

Nous sommes ici depuis 25 ans [...] C'est crève-cœur parce que c'est ici que nous avions prévu de vivre le reste de notre vie, soupire-t-il.

Un hélicoptère de l'armée américaine survole la route principale de Matlacha après le passage de l'ouragan Ian.

Un hélicoptère de l'armée américaine survole la route principale de Matlacha après le passage de l'ouragan Ian.

Photo : Getty Images / AFP / Ricardo Arduengo

Karen Pagliaro ne sait pas non plus ce qu'elle va faire à partir de maintenant. Elle n'a nulle part où aller et l'école où elle travaille a dû fermer temporairement à cause des dégâts causés par l'ouragan. Ce qui est clair pour elle, c'est qu'elle veut vivre à Matlacha.

C'est notre ville, nous la chérissons et nous aimons être ici, dit-elle.

Près de la jetée, Jim Bedra est sur le point de partir avec sa femme, Kathy, et leur chien, Luna, sur un bateau des gardes-côtes. La semaine dernière, ce septuagénaire voulait évacuer l'île avec Kathy et leur fils de 31 ans, mais ceux-ci l'ont convaincu de rester là où ils vivaient depuis 2013. Désormais, il n'a plus de maison et sa voix se brise à l'évocation de cette situation.

Nous allons rester dans un abri, j'imagine. Ce n'est pas la retraite que nous recherchions, explique-t-il, ajoutant qu'il veut retourner dans son État d'origine, l'Ohio, dans le nord des États-Unis.

Je ne veux jamais revenir ici, laisse-t-il tomber avant d'embarquer à bord du bateau qui doit le conduire sur le continent.

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