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Coup d’État au Burkina Faso : le lieutenant-colonel Damiba démissionne

Le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.

Le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui avait pris le pouvoir lors d'un putsch en janvier, a démissionné.

Photo : Getty Images / AFP / OLYMPIA DE MAISMONT

Agence France-Presse

Le chef de la junte au pouvoir au Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui refusait sa destitution annoncée par un jeune capitaine, a finalement accepté de démissionner dimanche après deux jours de tensions marqués par des manifestations antifrançaises.

Son départ était réclamé à Ouagadougou par des centaines de manifestants favorables au capitaine Ibrahim Traoré, 34 ans, qui avait annoncé la destitution de M. Damiba vendredi soir.

À la suite d'une médiation menée entre les deux rivaux par des chefs religieux et communautaires, le président Paul-Henri Sandaogo Damiba a proposé lui-même sa démission afin d'éviter des affrontements aux conséquences humaines et matérielles graves, indique un communiqué de ces chefs très influents au Burkina Faso.

M. Damiba, qui se trouvait dimanche à Lomé, au Togo, selon des sources diplomatiques régionales, a posé comme condition à sa démission sa sécurité et celle de ses soutiens ainsi que le respect des engagements à l'égard de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) pour un retour du pouvoir aux civils d'ici deux ans.

Depuis l'annonce, faite vendredi soir par des militaires emmenés par le capitaine Traoré, de la destitution de M. Damiba (lui-même arrivé au pouvoir par un coup d'État en janvier), la tension a été vive au Burkina.

Le putschiste déchu avait clairement fait savoir qu'il n'entendait pas abdiquer en dépit des manifestations qui lui étaient hostiles. Il avait appelé samedi les nouveaux putschistes à revenir à la raison pour éviter une guerre fratricide dont le Burkina Faso n'a pas besoin dans [le] contexte des violences djihadistes qui minent le pays depuis 2015.

Des hommes cagoulés entourent le capitaine Ibrahim Traoré, qui défile dans un véhicule.

Le nouveau chef autoproclamé de la junte militaire au pouvoir au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré (au centre), alors qu'il défilait dans les rues de Ouagadougou.

Photo : Getty Images / AFP / IDRISSA OUEDRAOGO

Un communiqué séparé publié dimanche par les militaires pro-Traoré indique que le capitaine est chargé de l'expédition des affaires courantes jusqu'à la prestation de serment du président du Faso désigné par les forces vives de la nation, et ce, à une date non précisée.

Dans un discours prononcé devant une trentaine de secrétaires généraux de ministères, le capitaine Traoré s'est excusé pour les militaires qui ont troublé Ouagadougou au cours des dernières heures.

Cela est arrivé parce que certaines choses ne fonctionnent pas bien, a-t-il dit, et il faut aller vite pour changer cela, car tout le pays est en situation d'urgence.

Une personne tient une pancarte.

Depuis samedi, des manifestations sont organisées en signe de soutien au nouvel homme fort du pays, Ibrahim Traoré.

Photo : Getty Images / AFP

Dans un communiqué lu par un de ses proches à la télévision nationale, le capitaine Traoré a appelé les manifestants à se départir de tout acte de violence et de vandalisme [...], notamment ceux qui pourraient être perpétrés contre l'ambassade de la France ou la base militaire française à Ouagadougou. Il a appelé au calme et à la retenue.

Attaques contre des représentations diplomatiques françaises

Quelques dizaines de manifestants soutenant Ibrahim Traoré s'étaient rassemblés dimanche devant l'ambassade de France à Ouagadougou, mettant le feu à des barrières de protection et jetant des pierres à l'intérieur du bâtiment sur le toit duquel étaient positionnés des soldats français, d'autres arrachant des barbelés pour tenter d'escalader l'enceinte du bâtiment diplomatique, a constaté un journaliste de l'AFP.

Des gaz lacrymogènes ont été tirés depuis l'intérieur de l'ambassade pour disperser les manifestants, a-t-il également constaté.

Samedi en fin d'après-midi, deux institutions françaises avaient déjà été prises pour cibles par des manifestants : un incendie s'était déclaré devant l'ambassade de la France et devant l'Institut français à Ouagadougou, un autre devant l'Institut français à Bobo-Dioulasso.

Des personnes sont rassemblées autour d'un feu.

Des manifestants ont allumé un feu devant l'ambassade de la France à Ouagadougou.

Photo : Getty Images / AFP

Des affirmations sur les réseaux sociaux faisant état d'une protection accordée par la France au lieutenant-colonel Damiba ont contribué à exciter la colère des partisans pro-Traoré.

Elles ont été formellement démenties, tant par Paris que par M. Damiba lui-même.

Quelques heures avant l'annonce de sa destitution, vendredi soir, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté à Ouagadougou pour réclamer non seulement son départ mais aussi la fin de la présence militaire française au Sahel ainsi qu'une coopération militaire avec la Russie.

Soutien à la nouvelle junte

L'influence de Moscou n'a pas cessé de croître dans plusieurs pays d'Afrique francophone ces dernières années, particulièrement au Mali et en Centrafrique.

Des personnes sont debout sur un véhicule militaire.

Le drapeau russe a été brandi durant une manifestation en signe de soutien à la nouvelle junte au pouvoir.

Photo : Getty Images / AFP

Plusieurs centaines de manifestants qui réclamaient la reddition définitive de M. Damiba en scandant des slogans antifrançais et en brandissant des drapeaux russes ont accompagné le cortège du capitaine Traoré à la télévision, où il se rendait pour l'enregistrement de son communiqué.

Nous avons décidé de prendre notre destin en main et d'accompagner le capitaine Traoré, qui nous donne espoir, a affirmé l'un d'eux, Yaya Traoré, mais si ça ne va pas, nous allons sortir pour encore lui dire de partir. Donc c'est à lui de bien faire.

Des personnes lèvent les bras.

Des manifestants ont porté un drapeau du Burkina Faso alors que des soldats se tenaient au sommet d'un véhicule militaire lors d'une manifestation à Ouagadougou.

Photo : Getty Images / AFP

Attaques djihadistes

En dépit des tensions, les putschistes ont indiqué que le couvre-feu instauré vendredi à compter de 21 h, heure locale, avait été levé et que les frontières terrestres allaient être rouvertes à compter d'aujourd'hui même, dimanche.

Le lieutenant-colonel Damiba était arrivé au pouvoir en janvier par un coup d'État qui avait renversé le président Roch Marc Christian Kaboré, accusé d'inefficacité dans la lutte contre les violences djihadistes.

Toutefois, ces derniers mois, des attaques contre des dizaines de civils et de soldats se sont multipliées dans le nord et dans l'est du Burkina Faso, où des villes sont désormais soumises à un blocage des djihadistes.

Depuis 2015, les attaques régulières de mouvements armés affiliés à Al-Qaïda et au groupe armé État islamique ont fait des milliers de morts et provoqué le déplacement de quelque deux millions de personnes.

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