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Lanceurs d’alerte : les fonctionnaires fédéraux craignent les représailles

Un clavier d'ordinateur comporte une touche sur laquelle figure la symbolique balance de la justice.

Les employés fédéraux doutent de l'efficacité du système de dénonciation.

Photo : getty images/istockphoto / alexsl

La Presse canadienne

Selon un récent sondage, les travailleurs fédéraux sont de plus en plus désillusionnés, sceptiques et désabusés à l'idée de signaler des actes répréhensibles commis dans la fonction publique.

Ce pessimisme est maintenant plus « palpable et plus répandu » qu'il ne l'était avant la pandémie. Quant aux fonctionnaires, ils sont devenus plus susceptibles de craindre des représailles en cas de dénonciation.

En mars dernier, la firme de recherche canadienne Phoenix Strategic Perspectives a remis un rapport au Commissariat à l'intégrité du secteur public, qui enquête sur les abus graves commis au sein du gouvernement fédéral.

Le commissaire Joe Friday affirme qu'il existe un labyrinthe de mécanismes de surveillance à la disposition des fonctionnaires et qu'il peut être décourageant ou épuisant de savoir où déposer une plainte.

Un homme passe en entrevue près d'une bibliothèque.

Le commissaire à l’intégrité du secteur public, Joe Friday

Photo : Radio-Canada

M. Friday pense que les fonctionnaires se sentent plus isolés et plus déconnectés depuis la pandémie, ce qui rend plus difficile le fait de se sentir en confiance pour se manifester, sans parler de la possibilité de rassembler le type de documentation dont les dénonciateurs ont besoin.

Le président de l'Alliance de la fonction publique du Canada, Chris Aylward, affirme que les protections en place pour les dénonciateurs sont inadéquates et que le régime doit être renforcé.

« C'est décourageant de voir que les travailleurs fédéraux sont devenus plus désabusés en ce qui a trait à la dénonciation et au signalement d'actes répréhensibles dans la fonction publique, mais ce n'est pas surprenant. »

— Une citation de  Chris Aylward, président de l'Alliance de la fonction publique du Canada

Il peut être intimidant de se présenter comme dénonciateur. Nos membres ont raison de craindre des représailles, a-t-il ajouté. Des mesures strictes sont nécessaires pour protéger les travailleurs qui s'expriment. Au lieu de cela, les dénonciateurs sont soumis à trop de conditions qui restreignent inutilement la divulgation.

Chris Aylward dans son bureau.

Président de l'Alliance de la fonction publique du Canada, Chris Aylward estime qu'il faut adopter des mesures pour protéger les fonctionnaires qui deviennent des lanceurs d'alerte.

Photo : (Robyn Miller/CBC )

Craintes quant à la confidentialité

Rédigé à la suite de neuf séances de groupes de discussion tenues en mars, le rapport a révélé que les travailleurs craignaient une grande variété de répercussions hypothétiques, dont beaucoup sont fondées sur la crainte voulant que la confidentialité puisse être compromise.

Parmi ces craintes, il y a l'impact négatif potentiel sur le bien-être physique ou psychologique du dénonciateur, le manque de soutien, la crainte d'avoir une réputation de fauteur de troubles, la diminution de la confiance entre collègues, la création de divisions dans les équipes de travail et « une atteinte à l'image ou à la réputation de la fonction publique ».

Certains ont dit qu'ils craignaient que leur carrière déraille, c'est-à-dire qu'ils reçoivent de mauvaises évaluations, qu'ils soient retirés de certains projets, qu'ils se fassent confier des tâches moins stimulantes ou que leur charge de travail augmente.

Comparativement à un rapport similaire réalisé en 2015, les fonctionnaires étaient plus susceptibles de dire que leur attitude à l'égard de la dénonciation avait changé au fil du temps. Cette fois-ci, ils se sont décrits comme étant devenus « moins naïfs, plus pessimistes, plus désillusionnés, plus blasés, moins enthousiastes et plus désabusés ».

Les travailleurs ont tendance à considérer la dénonciation comme une bonne chose et décrivent les lanceurs d'alerte comme des personnes courageuses qui doivent être encouragées et soutenues. Mais ils ont souligné que les dénonciateurs potentiels « doivent comprendre à quoi ils sont appelés à faire face » : c'est un processus « long, ardu, stressant et incertain quant au résultat ».

Mieux informés, mais...

Les participants ont indiqué avoir reçu une meilleure sensibilisation et une meilleure éducation sur le processus de signalement des actes répréhensibles, mais ils ne lui font pas confiance.

« Beaucoup étaient d'avis que de tels changements équivalaient à une "vertu ostentatoire" ou à une "façade", par opposition à un véritable changement culturel. »

— Une citation de  Extrait du rapport

Un peu plus de la moitié des participants aux groupes de discussion ignoraient l'existence du bureau qui avait initialement commandé cette recherche.

Ce n'est pas nécessairement une si mauvaise chose, estime le commissaire Friday.

Je pense que si chaque fonctionnaire se réveillait chaque matin et que la première chose qui lui venait à l'esprit était de se demander : "Comment puis-je mettre en lumière les actes répréhensibles", cela pourrait suggérer qu'il y a plus d'actes répréhensibles qu'on le pense, dit-il.

Pourtant, il est évident que beaucoup ne savent pas comment fonctionne le processus de dénonciation ou ne lui font pas confiance s'ils le savent. « De toute évidence, il faut en faire davantage », souligne M. Friday.

Il peut être frustrant de faire pression pour susciter un changement de culture en marge d'une organisation de 300 000 personnes, dit-il, et sans aucune influence ni la moindre autorité sur les procédures internes spécifiques au service qui régissent en grande partie le système de dénonciation.

Pourtant, son bureau de 35 personnes a atteint des milliers de fonctionnaires avec des activités et des présentations au cours de la pandémie dans une tentative de démystifier ce processus.

Au cours des sept années où il a été commissaire – et pendant son mandat de sous-commissaire et de conseiller juridique avant cela –, M. Friday affirme qu'il n'a jamais fait de présentation qui n'a pas abouti à un suivi avec quelqu'un dans l'auditoire qui envisageait de signaler des actes répréhensibles.

« Nous parlons de quelque chose de très personnel, très souvent de quelque chose dont quelqu'un n'a encore parlé à personne. »

— Une citation de  Joe Friday, du Commissariat à l'intégrité du secteur public

M. Friday a dit déplorer que la pandémie ait réduit la possibilité d'avoir des conversations en personne.

Il dit faire de son mieux pour poursuivre ses efforts de sensibilisation.

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