•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

Une campagne électorale sans éclat

Les cinq chefs sur le plateau de Radio-Canada.

Les chefs des cinq principaux partis politiques photographiés avant le deuxième débat de la campagne: François Legault, Dominique Anglade, Paul St-Pierre Plamondon, Gabriel Nadeau-Dubois et Éric Duhaime.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Il y avait un véritable suspense en 2018. Après un mandat marqué par la rigueur budgétaire et quinze années de gouverne libérale quasi ininterrompue, la soif de changement était palpable. La question était de savoir si un parti réussirait à incarner ce changement jusque dans l’urne. Les sondages laissaient présager une course serrée.

Rien de tel cette année. Même en multipliant les faux pas, la Coalition avenir Québec (CAQ) aura été en tête des intentions de vote du début à la fin de la campagne électorale. Les partis d’opposition ont fait du surplace, exception faite de la modeste remontée du Parti québécois (PQ).

Au-delà des sondages et de la course à la première place, on ne peut pas dire que les engagements des divers partis aient soulevé les passions.

On a bien sûr discuté pendant quelques jours de la promesse de la CAQ de construire de nouveaux barrages hydroélectriques, mais bien des électeurs doivent encore se demander en quoi consiste exactement le projet ÉCO du Parti libéral du Québec (PLQ).

Dès le début de la campagne, la multiplication des promesses fiscales, toutes plus semblables les unes que les autres, a donné le ton. Se distinguer allait être dur pour l'ensemble des partis, engagés pour la première fois de l’histoire dans une vraie course à cinq.

Des sujets plus visibles que d’autres

Après avoir monopolisé l’actualité pendant plus de deux ans, on peut s’étonner que le thème de la santé ait occupé si peu de place. L’état lamentable du réseau est certes cause de lassitude, mais cela n’explique pas pourquoi la promesse de la CAQ d’autoriser la construction de mini-hôpitaux privés n’ait presque pas causé de remous. Il y a quelques années, les esprits se seraient échauffés pour bien moins.

Les férus du débat sur le troisième lien ont en revanche été bien servis, chaque jour amenant son lot de nouvelles controverses. François Legault ne s’est sans doute pas aidé avec ses réponses ambiguës, mais on peut se demander si les électeurs s’intéressent autant à cette question que certains semblent le croire, comme l’a récemment constaté une collègue sur le terrain.

Outre ce sujet, il a été abondamment question d’immigration. Si les partis ont des visions bien différentes de cette question, ce sont surtout les gaffes de la CAQ sur ce thème qui ont retenu l’attention.

François Legault s'adresse aux journalistes.

Le premier ministre sortant, François Legault

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

François Legault lui-même s’est mis les pieds dans les plats en associant violence et immigration, puis il s’est retrouvé sur la défensive en raison des propos de son ministre Jean Boulet, selon qui 80 % des immigrants ne travaillent pas et ne parlent pas français. Le premier ministre sortant a beau avoir annoncé qu’il remplacerait son imprudent ministre lors d'un éventuel deuxième mandat, l’image de la CAQ en sort ternie.

Après avoir été lancé dans la stratosphère de la popularité politique par la pandémie, François Legault a dû trouver ardu le retour sur le plancher des vaches. L’absence momentanée de débats à l’Assemblée nationale a pu lui offrir un peu de répit au cours de son mandat, mais elle semble aussi avoir nui à sa capacité de défendre ses idées.

Bannière promotionnelle de notre dossier sur les élections provinciales au Québec.

Dans un contexte d’incertitude exacerbée, le chef de la CAQ a voulu faire de la compétence à gérer l’économie le thème clé de la campagne électorale, à l’instar de Jean Charest en 2008. Sur la défensive et peu enthousiaste, François Legault a toutefois eu du mal à expliquer concrètement ce qu’il ferait d’un deuxième mandat.

Le fait qu’aucun des partis d’opposition n’ait vraiment su tirer profit de cette situation en dit tout aussi long sur eux que les erreurs du premier ministre en disent sur lui.

Pas facile de s’illustrer

De fait, d’autres partis risquent eux aussi de sortir amochés de l’exercice électoral. Même si elle a retenu l’attention des électeurs le temps d’une danse sur TikTok, Dominique Anglade a connu une campagne des plus difficiles.

Dominique Anglade fronce les sourcils.

La cheffe libérale Dominique Anglade

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

La cheffe libérale a assurément fait preuve d’une résilience à toute épreuve, mais elle a trop souvent semblé seule, l’organisation libérale – jadis respectée et redoutée – ayant donné l’impression de l’avoir laissée tomber. On n’a qu’à penser aux nombreux problèmes de recrutement du parti ou au trou de 16,3 milliards de dollars relevé dans son cadre financier.

À l’opposé, le Parti québécois – qu’on disait mort – aura réussi à causer une certaine surprise. En recentrant son message sur les raisons d’être de sa formation politique, Paul St-Pierre Plamondon a ramené à lui une partie des électeurs souverainistes qui étaient allés voir ailleurs.

Paul St-Pierre Plamondon.

Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Alors que bien peu de personnes le connaissaient, le chef péquiste a su se démarquer grâce à de solides performances aux deux débats des chefs. Sa courtoisie et son affabilité ont visiblement fait recette, mais on ignore encore s'il obtiendra davantage qu’un succès d’estime.

Québec solidaire a aussi connu une bonne campagne, notamment grâce à la performance sans faille de son co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois, toujours solide devant les médias. Il est cependant loin d’être acquis que QS pourra en tirer quelque dividende électoral que ce soit.

Gabriel Nadeau-Dubois parle en point de presse devant le fleuve Saint-Laurent.

Le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois

Photo : Radio-Canada / Dany Pilote

En effet, la formation politique ne semble pas avoir vu venir le tollé que susciterait sa proposition de taxer les successions et les actifs nets de plus d’un million de dollars ainsi que certains types de véhicules. Si l’expression taxes orange – concotée par François Legault – a fait tache d’huile, c’est qu’elle a précisément mis le doigt là où ça fait mal.

Éric Duhaime en a fait énormément pour le Parti conservateur du Québec au cours des derniers mois en lui permettant de se tailler une vraie place sur l'échiquier politique, comme en témoigne sa présence aux deux débats des chefs organisés durant la campagne. Ici s’arrêtent toutefois les miracles.

Même s’il a réussi à mobiliser ses militants comme aucun autre parti n’en a été capable dans cette course, le PCQ paraît plafonner. Habile communicateur, Éric Duhaime a été décontenancé par la saga des comptes de taxes impayés. Les intentions de vote en sa faveur semblent se tasser, mais le moindre gain sera toutefois, pour lui, une grande victoire lundi soir.

Éric Duhaime en point de presse.

Le chef conservateur Éric Duhaime

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Des prédictions avérées

Parmi les prévisions entendues au début de la campagne, au moins deux se sont avérées justes : François Legault est souvent son pire ennemi et la course se joue pour la deuxième place.

Le chef de la CAQ a perdu des plumes ces dernières semaines, mais aucun de ses quatre adversaires n’a réussi à se démarquer au point de fédérer le vote des électeurs insatisfaits.

Le simple fait qu’il soit toujours aussi difficile, après 36 jours, de savoir avec certitude qui formera l’opposition officielle en dit long sur le manque d’éclat de cette campagne.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !