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Du porte-à-porte dans Camille-Laurin : « Paul aussi, il joue au hockey »

Après avoir accompagné momentanément les quatre autres caravanes, notre analyste Hugo Lavallée a fait une brève incursion dans la campagne du chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.

Paul St-Pierre Plamondon, souriant, les bras ouverts.

Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a profité de la campagne électorale pour mieux se faire connaître. Il espère maintenant ravir la circonscription de Camille-Laurin.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Je me joins à la campagne du Parti québécois (PQ) quelques heures à peine après le retrait de la candidate de Québec solidaire dans Camille-Laurin, circonscription située dans l'est de Montréal, où le chef souverainiste se présente. Marie-Eve Rancourt a été prise en flagrant délit de vol de dépliant et a été forcée de se retirer.

Comme le hasard fait parfois bien les choses, des organismes communautaires organisent ce soir-là un débat entre les candidats de la circonscription.

À quelques minutes de l’affrontement, Paul St-Pierre Plamondon s’amuse avec ses deux enfants dans un coin du local de l’organisme.

Son épouse, que j’ai déjà rencontrée par le passé, m’aborde et me parle de la course dans la circonscription. Pendant que son mari fait campagne aux quatre coins du Québec, Alexandra Tremblay sillonne les rues de Camille-Laurin pour permettre au chef péquiste de faire son entrée à l’Assemblée nationale.

« C’est moi qui m’occupe de la mobilisation, donc je suis au local électoral tous les jours. Pour nous, c’est une affaire de famille. »

— Une citation de  Alexandra Tremblay, épouse de Paul St-Pierre Plamondon

Au centre communautaire où se déroule le débat, les citoyens sont toujours sous le choc des événements des dernières heures. Je suis stupéfaite, confie une dame dans la quarantaine. Je suis allée voter par anticipation et là ben… mon vote est à l’eau.

Lulie, un militant de Québec solidaire, ne cache pas sa déception : Ça montait, ça montait... Je faisais du porte-à-porte, de l’accroche-porte, et là… tout ce que j’ai fait, ça a servi à rien. Lui aussi avait voté par anticipation.

Avec cinq partis dans la course, la trop grande offre politique a complexifié le choix de nombreux électeurs.

J’étais hésitante entre le PQ et QS, me dit Julie. Depuis quelques semaines, je me laissais charmer par les propos de Paul St-Pierre Plamondon, je voulais clarifier mes opinions, mais là, c’est réglé.

Si le désistement de son adversaire de Québec solidaire pourrait profiter au chef péquiste, force est d’admettre que sa campagne se portait déjà mieux depuis plusieurs jours.

Ce qu’il a dit dans les débats, sa façon d’approcher la situation, sa connaissance de l’histoire du Québec, énumère Julie, comme autant de raisons de voter pour le Parti québécois.

Une plus grande visibilité

Si Paul St-Pierre Plamondon souffrait d’un déficit de notoriété, la campagne électorale – et plus particulièrement sa participation aux deux débats des chefs – lui a permis de se faire remarquer.

Ses messages clairs et son ton posé, loin de l’acrimonie ambiante, lui ont valu de bons mots de nombreux commentateurs.

Paul St-Pierre Plamondon parle pendant le débat.

Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois, a attaqué le leader caquiste, François Legault, sur la question de la protection du français lors du débat des chefs.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Pour la première fois depuis des années, les analystes ne parlent plus de la mort du PQ, mais plutôt de sa (modeste) remontée dans les sondages. Ce n’est pas un détail.

On a changé le narratif, on s’est donné une chance d’être dans la game, affirme un stratège péquiste, satisfait de sa campagne.

Moins sous le feu des projecteurs, le chef péquiste n’a pas eu à répondre aux incessantes questions sur la tenue d’un référendum, et il a pu mettre l’accent sur les lacunes du fédéralisme canadien et les bénéfices associés à la souveraineté du Québec.

Quelques jours après le débat local, je retourne dans Camille-Laurin. L’épouse de Paul St-Pierre Plamondon a accepté que je l’accompagne pendant qu’elle fait du porte-à-porte dans la circonscription.

Et la souveraineté?

Le chauffeur de taxi qui me conduit au local électoral, et qui habite dans le coin, soupire lorsque je lui dis qui je vais rencontrer. Le PQ, ça va pas monter. Cette histoire d’indépendance, ça met le Québec en retard. Les immigrants qui ont de l’argent, ils ne veulent pas venir s’installer ici, déplore l’homme d’origine haïtienne. Il n’a pas l’intention d’aller voter.

Une fois sur place, je demande à Alexandra Tremblay de quoi les gens lui parlent le plus lorsqu’ils la rencontrent. Elle mentionne le REM de l’Est, la protection du français… et la souveraineté. Vraiment? Le fait que Paul s'assume, on a bien des questions. Et quand on remet un passeport québécois aux gens, ils sont bien excités! dit-elle, le regard pétillant.

Quatre personnes debout en rangée.

L’épouse de Paul St-Pierre Plamondon, Alexandra Tremblay (deuxième à gauche), sillonne les rues de la circonscription de Camille-Laurin en compagnie de bénévoles pour promouvoir la candidature du chef péquiste.

Photo : Radio-Canada

Sur le boulevard Lapointe, à proximité de l’avenue Souligny, un petit groupe de bénévoles se partagent des listes d’électeurs. Il est 17 h 30 et beaucoup de citoyens ne sont toujours pas rentrés à la maison. Après bon nombre de portes closes, une ouverture se présente.

Un homme, poche de hockey sur le dos, sort de son garage. Paul aussi, il joue au hockey. Il est gardien de but, s’empresse de souligner Alexandra Tremblay. Le charme opère. Il votera pour le PQ, confirme-t-il.

Paul aussi, il joue au hockey; l'image me fait réfléchir. En donnant du temps de jeu au chef péquiste, la campagne électorale a permis aux citoyens de voir ce dont ce dernier est capable. Mais qu’arrivera-t-il ensuite? Le seul fait d’être sur la glace, à l’Assemblée nationale, plutôt que dans les estrades, permettrait-il à Paul St-Pierre Plamondon de relancer le PQ?

M. Lussier, lui, le croit. De retour du travail, il est en train de se reposer sur le pas de sa porte lorsqu’on l’aborde. Moi, mon vote, c’est réglé. Je suis souverainiste à la vie à la mort, claironne fièrement l’homme.

Il a toujours voté pour le PQ et a été déçu de voir la CAQ remporter la circonscription en 2018. Cette fois, on a des chances, ça se peut pas sinon, dit-il.

En l’espace d’une heure, les bénévoles rencontrent des souverainistes de longue date, heureux de voir le parti effectuer une remontée, mais aussi des indécis.

Je suis indécis. J’y allais peut-être pour Québec solidaire au début. Je vais regarder ça attentivement, hésite Pascal, un électeur de la circonscription.

Paul, c’est le chef, il va être une voix forte pour l’est de Montréal et il va pouvoir s’adresser au premier ministre, tente la conjointe du principal intéressé. Dans l’embrasure de la porte, l’homme sourit, sans s’engager.

Bannière promotionnelle de notre dossier sur les élections provinciales au Québec.

Au-delà de Camille-Laurin

Difficile de savoir si la bonne impression qu’a su créer Paul St-Pierre Plamondon au cours des dernières semaines se traduira réellement en votes le jour du scrutin.

Si certains croient toujours au projet souverainiste, d’autres ont tourné la page.

Je quitte Alexandra Tremblay et le groupe de bénévoles qui l’accompagnent pour rentrer au bureau. Sur le chemin du retour, je croise Mustapha.

Cette année, je n’écoute pas. Les partis ne cherchent pas vraiment des solutions à nos problèmes, déplore-t-il.

Il hésite encore. Il ira voter, mais son vote ne voudra pas dire grand-chose.

Depuis son entrée en politique, Paul St-Pierre Plamondon dit vouloir faire renaître la flamme, redonner foi aux Québécois envers leurs institutions et envers le projet souverainiste.

Or, il faudra beaucoup plus qu’une belle campagne électorale ou une victoire dans Camille-Laurin pour y parvenir.

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