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Vancouver s’ennuie toujours de ses Grizzlies, 21 ans après leur départ

Deux joueurs de basketball se disputent la mise en jeu d'un ballon lors d'un match des Grizzlies à Vancouver.

Les Grizzlies ont disputé six saisons à Vancouver, de 1995 à 2001, avant de déménager à Memphis, au Tennessee.

Photo : La Presse canadienne / Chuck Stoody

VANCOUVER - Ils n'étaient pas très bons. En fait, ils étaient plutôt exécrables. Quoi qu'il en soit, les Grizzlies de Vancouver ont gagné le cœur de nombreux Vancouvérois durant leur brève existence, de 1995 à 2001. Et même 21 ans après leur départ, personne ne les a oubliés dans la métropole britanno-colombienne.

Dans les rues, ils sont nombreux à porter couvre-chef, chandail, maillot ou manteau à l'effigie de cette ancienne équipe de la NBA. Le rétro a la cote, croirait-on, mais non. À Vancouver, les Grizzlies ne se sont simplement jamais démodés.

C'est un des plus populaires jerseys que tu puisses acheter maintenant et c'est une équipe qui n'existe même plus, souligne Scott Lake, directeur de Friends of Victoria Basketball.

Son organisme a pour objectif d'attirer le meilleur niveau de basketball possible dans la capitale de la Colombie-Britannique.

Il a été responsable de l'organisation du tournoi de qualification olympique auquel l'équipe canadienne masculine a pris part à l'été 2020 pour tenter d'obtenir son billet pour les Jeux de Tokyo. Il est aussi à l'origine de la venue des Raptors de Toronto à Victoria cette dernière semaine pour la tenue de leur camp d'entraînement en préparation pour la prochaine saison, la 28e de leur histoire.

Christian Koloko, des Raptors, se prépare à prendre un lancer franc. Des coéquipiers tirent autour de lui.

Les Raptors ont tenu leur camp d'entraînement en Colombie-Britannique pour la septième fois de leur histoire cette semaine.

Photo : La Presse canadienne / Chad Hipolito

La raison pour laquelle on fait ça, c'est pour redécouvrir quelque chose qu'on sait déjà, soit qu'il y a beaucoup de fans de basketball ici, explique-t-il. Chaque fois qu'on amène [un événement], ce qu'on essaie de faire, c'est de montrer à la NBA qu'il y a une qualité de fans ici, à Victoria et à Vancouver, qui devrait être reconnue.

M. Lake fait remarquer que tous les billets mis en vente pour l'entraînement ouvert au public des Raptors à Victoria vendredi ont trouvé preneurs en l'espace de 10 minutes. Le tournoi de qualification olympique avait aussi connu un succès énorme.

Et ça, c'est juste dans une petite ville comme Victoria. À Vancouver, quand les Raptors jouent au Rogers Arena, ça se vend en 20 minutes. On parle de 15 000 billets, avance-t-il.


Des partisans montrent une affichant indiquant que les Grizzlies, l'emblème de leur équipe, sont Canadiens et devraient le rester.

Les amateurs vancouvérois n'ont jamais voulu voir leur équipe quitter la ville.

Photo : La Presse canadienne / Aaron Harris

Vancouver a perdu son équipe de la NBA pour diverses raisons en 2001. En résumé, les Grizzlies ne gagnaient pas et peinaient à enregistrer des profits. En six ans, ils ont présenté un dossier de 101 victoires et 359 défaites, ne sont jamais passés près d'accéder aux séries et ont vu leurs amateurs graduellement quitter les gradins. Le dollar canadien avait aussi perdu beaucoup de sa valeur à l'époque dans une ligue où la majorité des transactions se faisaient en dollars américains, cela leur a grandement nui.

Toutes ces variables et bien d'autres, comme le refus d'un haut choix au repêchage de se rapporter à l'équipe, ont scellé le sort des Grizzlies. Ils ont été achetés par l'Américain Michael Heisley, qui les a aussitôt déménagés à Memphis, au Tennessee.

Scott Lake croit que si tout était à refaire aujourd'hui, l'histoire serait bien différente.

Quand l'équipe est partie, Vancouver était une ville différente de ce qu'elle est maintenant. Le basketball, ç'a explosé à Vancouver et à Victoria, et il y a une douleur (chez les amateurs) parce que si cette équipe avait pu rester, ça aurait été à un niveau complètement différent de ce que c'était.

« Tout le monde ici est des fans des Raptors parce que c'est ça qu'on a, mais ça ne réduit pas le désir qu'on a aussi de ravoir les Grizzlies. »

— Une citation de  Scott Lake, directeur de Friends of Victoria Basketball

D'anciens joueurs élogieux envers Vancouver

Photo d'action lors d'un match entre les Raptors et les Grizzlies en 2001 à Toronto.

Les Grizzlies de Vancouver et les Raptors de Toronto ont vu le jour en 1995, mais seuls les Raptors ont survécu jusqu'ici.

Photo : La Presse canadienne / Kevin Frayer

Les deux saisons (des Grizzlies) pour lesquelles j'ai joué comptent parmi mes plus belles expériences dans la NBA, raconte George Lynch, qui a enfilé le maillot de l'équipe vancouvéroise de 1996 à 1998.

Nous étions tous des Américains. Nous habitions au Canada, à l'ouest. Nous étions l'équipe la plus éloignée de toutes, mais nous nous sommes formé de belles amitiés. Je suis encore ami avec plusieurs joueurs et membres du personnel, poursuit-il.

Lynch a beaucoup perdu lors de ses deux saisons à Vancouver, mais il ne s'est pas moins amusé pour autant. Son récit est le même que pour d'autres anciens joueurs des Grizzlies. Il ne se doutait pas que l'équipe serait vendue aussi rapidement, six ans seulement après être entrée dans la ligue.

À l'époque, la ligue ne faisait pas un bon travail pour éduquer les joueurs sur les salaires, la masse salariale, les dépenses et les choses du genre, dit-il. En tant qu'athlète, on ne se souciait pas de ce que les propriétaires et les directeurs généraux faisaient. Nous essayions de gagner des matchs et de nous battre. Ce n'est que plus tard qu'on a compris que si l'on vendait peu de billets, le propriétaire pouvait faire ce qu'il voulait.

Michael Heisley salue la foule après avoir été présenté à Vancouver.

L'homme d'affaires américain Michael Heisley a acheté les Grizzlies en 2000 pour les déménager à Memphis, au Tennessee, un an plus tard.

Photo : La Presse canadienne / Chuck Stoody

Antonio Harvey, qui a joué pour les Grizzlies lors de leur saison inaugurale en 1995, fait écho à ce sentiment.

Pour être honnête, je ne crois pas qu'il aurait pu se passer quoi que ce soit sur le terrain pour garder l'équipe à Vancouver. La décision de déménager a été prise si haut. Vous auriez pu amener Allen Iverson, Chauncey Billups ou un de ces grands joueurs, et cette équipe aurait quand même déménagé, avance-t-il.

« Vancouver ne méritait pas de voir son équipe lui être enlevée. C'est la simple vérité. »

— Une citation de  Antonio Harvey, ancien joueur des Grizzlies

J'ai travaillé comme analyste dans les médias et j'ai vu les équipes qui ont joué à Memphis et leurs partisans. Ce n'était pas mieux qu'à Vancouver, d'aucune façon. Il y avait simplement une meilleure chance de faire de l'argent à cause du taux de change.


Un titre qui a tout changé

Kyle Lowry au milieu d'une foule dense avec le trophée des champions de la NBA.

Le sacre des Raptors en 2019 a nourri l'intérêt des Canadiens pour le basketball.

Photo : The Canadian Press / Frank Gunn

Les Grizzlies de Vancouver ont intégré la NBA en tant qu'équipe d'expansion la même année que les Raptors de Toronto. La ligue souhaitait réintégrer le marché canadien. Lorsque ces derniers ont été sacrés champions en 2019, leur victoire a été célébrée partout au pays, même à Vancouver.

Une très grande partisane des Grizzlies, la cinéaste vancouvéroise Kat Jayme, qui a produit deux documentaires sur l'équipe de son enfance, a quant à elle eu du mal à se réjouir pleinement de cette page d'histoire. N'eût été de quelques changements à l'histoire de l'équipe de son patelin et peut-être que les Grizzlies auraient eux-mêmes nourri l'intérêt du Canada pour le basketball.

Nous sommes très chanceux d'avoir les Raptors de Toronto. Je suis très fière qu'ils aient gagné un championnat. C'est incroyable, mais en même temps, en tant que partisane des Grizzlies, c'est difficile de ne pas se demander si ça aurait pu être nous. C'est un goût doux-amer, 2019 a été une énorme victoire pour le Canada, mais de là à appeler les Raptors ''l'équipe du Canada'', c'est trop douloureux, explique-t-elle.

Je vais certainement continuer d'encourager les Raptors, mais je le ferai dans mes habits des Grizzlies avec mon drapeau de l'équipe sur les épaules.

Clint Hamilton, ancien directeur principal des sports et des loisirs à l'Université de Victoria et qui collabore aussi avec Friends of Victoria Basketball, partage la même opinion.

En tant qu'ancien partisan des Grizzlies, j'ai été attristé lorsque la franchise a quitté Vancouver. Quand on voit la croissance du basketball et la qualité des joueurs venant de la région de Toronto depuis que les Raptors ont vu le jour, je ne peux m'empêcher d'imaginer comment le même phénomène aurait pu se produire sur la côte ouest, ce qui aurait véritablement renforcé le sport à l'échelle nationale, a-t-il déclaré dans un échange de courriels avec Radio-Canada.

Steve Nash, lors des Jeux olympiques de Sydney, en 2000

Steve Nash est le joueur de basketball canadien le plus accompli de tous les temps.

Photo : La Presse canadienne / KEVIN FRAYER

Au sein de la Fédération de basketball de la Colombie-Britannique, on constate que la disparition des Grizzlies à Vancouver a été dommageable à un certain degré pour le développement du sport dans la province. Les exploits de Steve Nash, qui a grandi à Victoria, ont en quelque sorte sauvé la mise jusqu'à ce que les Raptors ne rallient tout le pays à leur cause en 2019.

Steve Nash a préservé l'intérêt pour le basketball en Colombie-Britannique à lui seul pendant longtemps. Le programme NBA junior des Grizzlies a été renommé en son honneur et il s'est beaucoup investi dans la communauté pour offrir un modèle aux jeunes. Ça a beaucoup aidé, évalue Shawn Dheensaw, directeur général de Basketball BC.

Mon rêve, moi, c'est de voir Seattle obtenir une équipe à nouveau. Je crois que Vancouver, ça relève de l'utopie, pour être honnête. Et il faut être réaliste pour faire avancer le sport, ajoute-t-il. La proximité fait une différence à ce chapitre. Pour nous, ce sera plus simple d'aller à Seattle pour voir un match plutôt que d'attendre une nouvelle franchise pendant des années.

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