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Abus de pouvoir et climat malsain à Saint-Antoine-de-Tilly

L'église de Saint-Antoine-de-Tilly par une journée ensoleillée d'automne.

La Commission municipale du Québec a mené une enquête à Saint-Antoine-de-Tilly à la suite de la divulgation d'actes jugés répréhensibles.

Photo : Radio-Canada

Une enquête menée par la Commission municipale du Québec (CMQ) à Saint-Antoine-de-Tilly met en lumière le comportement problématique de sa directrice générale, Diane Laroche, dont les nombreux « actes répréhensibles » ont contribué à l’instauration d’un « climat de travail malsain » à l’hôtel de ville.

Abus de pouvoir, propos irrespectueux, favoritisme, octroi de contrats sans autorisation, surveillance des communications d’un ancien maire à l'insu de celui-ci : la liste des reproches adressés à Diane Laroche est longue.

La situation dépeinte par la CMQ dans son rapport se rapproche du vaudeville politique. Cet organisme y raconte que la directrice générale est intervenue à plusieurs reprises pour demander à des employés d'agir de façon à favoriser certains citoyens ou à nuire à d’autres.

À titre d’exemple, elle a exigé qu’une personne ne soit pas embauchée à la Municipalité ou que des enfants ne soient pas admis au terrain de jeu puisqu’elle n’aimait pas leurs parents, relate l’organisme gouvernemental.

Ingérence

La directrice générale s’est aussi immiscée dans l’envoi d'avis d’infraction ou de non-conformité pour exiger de la tolérance ou de l'intransigeance de la part de ses employés selon qu’elle était en bons termes ou non avec les propriétaires fautifs.

De plus, à au moins deux reprises, elle a demandé et obtenu la liste des communications téléphoniques d’un élu à l’insu de celui-ci afin de vérifier, notamment, s’il communiquait avec des employés municipaux.

Le presbytère de Saint-Antoine-de-Tilly l'été. Le bâtiment abrite aujourd'hui l'hôtel de ville et un bureau de poste.

La Commission municipale du Québec qualifie de « malsain » le climat de travail à l'hôtel de ville de Saint-Antoine-de-Tilly (archives).

Photo :  Capture d’écran - Google Map

Mme Laroche a ainsi été en mesure d’obtenir et d’analyser le relevé des appels téléphoniques de l’ancien maire Christian Richard (2013-2021). La CMQ affirme qu’un tel comportement va à l’encontre de l’article 5.3.1 du Code d’éthique et de déontologie des employés de la Municipalité de Saint-Antoine-de-Tilly.

N’ayant aucune autorité sur les élus, elle outrepasse ses fonctions lorsqu’elle surveille délibérément et à leur insu leurs communications, écrit l’organisme gouvernemental.

« Son comportement ne pouvait que viser à favoriser ses intérêts personnels, contrevenant encore ici à l’article 5.3.1 de son code d’éthique. »

— Une citation de  Extrait du rapport d’enquête de la CMQ

La Commission municipale du Québec reproche en outre à Diane Laroche de ne pas avoir adopté une conduite dépourvue d’incivilité, comme en témoignent ses propos personnels et ses jugements de valeur prononcés à l’endroit d’employés, d’élus et de citoyens.

À plusieurs reprises, elle a propagé des rumeurs et discrédité des élus devant des employés, d’autres élus et des citoyens. Ces propos rendent plusieurs personnes inconfortables [mal à l'aise, NDLR] et créent un climat de travail empreint de commérage, relève la CMQ.

Mauvaise gestion

Diane Laroche est en outre blâmée pour avoir accordé à plusieurs reprises, de sa propre initiative, des contrats visant la réalisation de travaux, et ce, sans y être dûment autorisée par une résolution du conseil municipal.

En ordonnant des contrats de construction ou d’amélioration sans résolution ni règlement, la mise en cause, en plus d’outrepasser ses pouvoirs, met à risque la stabilité contractuelle de la Municipalité, ce qui constitue en soi un cas grave de mauvaise gestion et donc un acte répréhensible en vertu de la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics, peut-on lire dans le rapport d’enquête.

Diane Laroche occupe toujours les fonctions de directrice générale de Saint-Antoine-de-Tilly. Au moment d'écrire ces lignes, elle n’avait pas encore rappelé Radio-Canada.

Selon l’ancien maire Christian Richard, qui a entretenu des rapports houleux avec la gestionnaire durant ses deux mandats à la tête de la municipalité, le rapport accablant de la CMQ doit mener au départ de Mme Laroche.

Elle devrait quitter son poste au plus vite pour que la Municipalité, enfin, puisse aller de l'avant [...]. Il serait grand temps, pour les citoyens de Saint-Antoine-de-Tilly, d'arrêter de vivre dans un règne de terreur, a confié M. Richard en entrevue à Radio-Canada.

Spécialiste de la chicane

Il reproche à Mme Laroche d’avoir semé la zizanie entre les élus, les citoyens et les employés municipaux depuis son embauche, en 2017. L’ex-maire corrobore les constats de la CMQ selon lesquels la directrice générale a signé des contrats de son propre chef, sans résolution du conseil.

« Elle mettait la chicane partout où elle passait. Elle désinformait puis elle lançait des rumeurs et manquait de respect envers son maire, ses conseillers, ses citoyens, envers tout le monde. »

— Une citation de  Christian Richard, maire de Saint-Antoine-de-Tilly de 2013 à 2021

Christian Richard dit que les agissements de Diane Laroche ont grandement contribué à sa décision de ne pas solliciter de troisième mandat lors des élections municipales de l’automne 2021.

Je ne me suis pas représenté en politique parce que c'était invivable à l'hôtel de ville avec Mme Laroche sous son règne de cachotteries et d'usurpation, de mauvaises informations et puis de chicanes. Écoutez, c'est une spécialiste de la chicane, martèle l’ancien maire.

Un rapport d'enquête déposé sur une table.

La Direction des enquêtes et des poursuites en intégrité municipale a formulé sept recommandations à la Municipalité de Saint-Antoine-de-Tilly.

Photo : Radio-Canada / Louis Gagné

La publication du rapport d’enquête de la Commission municipale du Québec survient quelques semaines après le départ surprise du maire Guy Lafleur, qui a démissionné de son poste le 2 septembre, moins d’un an après avoir été élu. Auparavant, il avait rempli un mandat de quatre ans dans le rôle de conseiller municipal du poste 1.

Joint par Radio-Canada, l’ex-maire n’a pas souhaité prendre connaissance du contenu du rapport ni préciser si son départ était lié aux agissements de Diane Laroche.

Je ne suis plus à la Municipalité. Je suis passé à autre chose [...]. J’ai été un bon conseiller, mais je ne crois pas que j’avais l’étoffe d’un maire, s’est-il limité à dire lors d’une brève conversation téléphonique.

Déclaration d'inhabilité

La conseillère du poste 2, Christiane Nadeau, a également démissionné de son poste pour des raisons qui n’ont pas été précisées. Selon ce que rapporte l’hebdomadaire Le Peuple Lotbinière, la Cour supérieure du Québec a récemment déclaré Mme Nadeau inhabile à exercer la fonction de conseillère municipale pour une période de cinq ans.

Elle aurait contrevenu à l’article 304 de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités. Cette loi stipule qu’est inhabile à exercer la fonction de membre du conseil de toute municipalité la personne qui sciemment, pendant la durée de son mandat de membre du conseil d’une municipalité ou de membre d’un organisme municipal, a un intérêt direct ou indirect dans un contrat avec la municipalité ou l’organisme.

Un avis public d'élections a été diffusé le 8 septembre dernier à Saint-Antoine-de-Tilly afin de pourvoir les postes de maire, de conseiller 2 et de conseiller 5. Les personnes intéressées avaient jusqu'au vendredi 30 septembre pour soumettre leur candidature.

La date qui a été retenue pour le scrutin est le 30 octobre. Notons que Diane Laroche est la présidente d'élection à Saint-Antoine-de-Tilly.

Avec la collaboration de Louis-Simon Lapointe et de Marie Maude Pontbriand

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