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Les couvertures emblématiques de la Baie d’Hudson au service de la réconciliation

Amelia Fay vêtue d'un chandail orange, est debout près d'artefacts de la collection, dont des couvertures.

Marchandise servant de monnaie d’échange dans la traite des fourrures, la couverture de la Compagnie de la Baie d’Hudson est aussi un symbole du colonialisme, rappelle la curatrice de la collection de la CBH au Musée du Manitoba, Amelia Fay. La vente de ces couvertures servira désormais à la réconciliation, a annoncé La Baie cette semaine.

Photo : Radio-Canada / (Tyson Koschik

Radio-Canada

Objet emblématique de l’histoire du Canada, la fameuse couverture de laine de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) est souvent associée au colonialisme. Elle pourrait bientôt devenir un symbole de réconciliation, à la suite d’un projet de la Fondation de la Baie d’Hudson et de la fondation Gord Downie & Chanie Wenjack Fund.

Les deux organismes ont lancé l’initiative Oshki Wupoowane — The Blanket Fund (le fonds de la couverture) grâce auquel la totalité des recettes nettes de la vente des couvertures servira désormais à appuyer des activités culturelles, artistiques et éducatives autochtones.

Nous ne ferons jamais plus de profits à partir de ces couvertures, a déclaré le président-directeur général de La Baie, Iain Nairn, à CBC cette semaine. Tous les profits seront désormais remis aux peuples autochtones.

Iain Nairn, président-directeur général de La Baie, regarde la caméra.

Iain Nairn, président-directeur général de La Baie, espère que cette initiative permettra à l'entreprise d'aller plus loin sur le chemin de la réconciliation.

Photo : gracieuseté La Baie

Il y a des choses que nous ferons bien et d’autres moins bien, dit-il, mais je pense que si nous avons la bonne vision, l’ambition et le bon engagement communautaire, nous aurons du succès avec cette initiative et nous pourrons continuer de mettre en place une structure pour la vérité et la réconciliation, pas seulement pour notre entreprise, mais qui pourra aussi tracer la voie pour les entreprises du Canada.

Pour la présidente-directrice générale du fond Gord Downie & Chanie Wenjack, Sarah Midanik, le fait que la Compagnie de la Baie d’Hudson veuille faire de sa couverture un symbole de réconciliation est important.

Utiliser un tel symbole de l’identité canadienne, c’est significatif, dit-elle.

Sarah Midanik est photographiée en hiver à l'extérieur. Elle fait face à la caméra.

Sarah Midanik est la présidente-directrice générale de la fondation Gord Downie & Chanie Wenjack. Elle espère que le projet permettra de mieux comprendre le rôle de la CBH dans la colonisation, mais aussi l'engagement de la compagnie envers la réconciliation.

Photo : Fond Gord Downie & Chanie Wenjack

À l’avenir, les personnes qui achèteront ces couvertures comprendront aussi comment c’est utilisé pour habiliter les communautés, les initiatives et les organismes autochtones. C’est vraiment fort, dit-elle.

Reconnaître le passé est important, ajoute Sarah Midanik, mais ultimement, nous devons nous tourner vers l’avenir et assurer la solidité, la résilience, la vitalité des peuples autochtones et des communautés pour les sept prochaines générations.

Il faut aussi commencer ce travail, et ce projet est une façon de cheminer ensemble.

La couverture : un symbole complexe

Marchandise servant de monnaie d’échange dans la traite des fourrures, la couverture à points de la CBH a aussi été un vecteur de maladie auprès des peuples autochtones et reste un symbole du colonialisme, rappelle la curatrice de la collection de la CBH au Musée du Manitoba, Amelia Fay.

La couverture à points tire son nom de sa méthode de fabrication fondée sur un système de points (Nouvelle fenêtre) qui permet d’indiquer les dimensions d’une couverture dont la confection est terminée.

La couverture à points et les bandes de couleur sont devenues un symbole de la CBH, dit Amelia Fay. Pour plusieurs Canadiens, les bandes colorées des couvertures sont synonymes de la CBH et synonymes, aussi, d’une version romantique de la traite des fourrures.

Si pour plusieurs la couverture est un symbole de l’identité canadienne, pour d’autres, rappelle-t-elle cependant, ce n’est pas un symbole positif. Il y a donc ce choc entre ces deux visions.

Sur un mur beige, il est écrit La Compagnie de la Baie d'Hudson. En avant, des étals offrent des produits aux couleurs de l'entreprise.

Les couvertures de laine sont bien en évidence dans ce présentoir de produits signés La Baie d'Hudson. (archives)

Photo : Radio-Canada

Selon l'histoire orale, les couvertures de la CBH auraient servi, intentionnellement, à répandre la variole au sein des peuples autochtones. Amelia Fay indique que les éclosions de la maladie pouvaient s'expliquer par les rassemblements et les contacts rapprochés, un peu comme la pandémie actuelle de COVID-19.

Mais alors que les Européens étaient immunisés contre la variole, les Autochtones ne l’étaient pas, dit-elle.

Ils (les Européens) amenaient des couvertures et d'autres marchandises à échanger, ils se rassemblaient dans des salles petites et mal aérées, et quand ils partaient, soudainement, des membres des communautés étaient malades et plusieurs mouraient de la variole, explique-t-elle. Les gens ont cru que c’était lié aux couvertures, mais en fait, ça ne l’était pas.

Sur son site Internet Patrimoine HBC, la Compagnie de la Baie d'Hudson écrit que s'il n'y a aucune preuve que les couvertures à points HBC ont été utilisées pour propager intentionnellement la variole, il ne fait aucun doute que la Compagnie de la Baie d’Hudson a joué un rôle déterminant dans la colonisation du Canada et que sa présence en Amérique du Nord a contribué à la propagation dévastatrice de la maladie dans les communautés autochtones.

Amelia Fay est heureuse d’apprendre le lancement de Oshki Wupoowane. Pour elle, ce projet illustre comment La Baie reconnaît son rôle dans la colonisation. C’est un geste important de la part d’un chef de file, dit-elle.

Il y aura des critiques et je pense qu’il y a encore lieu de critiquer la CBH et beaucoup d’autres institutions au pays. Il y a encore tellement à faire. On ne peut pas se contenter de porter des chandails orange le temps d’une journée et ne rien faire d’autre, affirme-t-elle.

Mais les démarches pour reconnaître la vérité quant à ce qui est arrivé par le passé et comment cela a encore des conséquences aujourd'hui, c’est un progrès et le progrès est bon, ajoute-t-elle.

Oshki Wupoowane permettra de distribuer des aides financières

La Fondation de la Baie d’Hudson, dont le but est de lutter contre les injustices qui subsistent entre les personnes de différentes origines et cultures, a contribué un million de dollars pour le lancement du projet Oshki Wupoowane.

Le fond Gord Downie & Chanie Wenjack aura pour tâche d’administrer l'aide financière offerte aux Autochtones.

Cet organisme se consacre à la réconciliation entre les Autochtones et les non-Autochtones. Son nom rend hommage à Chanie Wenjack, mort à 12 ans, en 1966, alors qu’il tentait de fuir un pensionnat pour Autochtones, et à Gord Downie, le chanteur décédé des Tragically Hips qui a raconté l’histoire de Chanie Wenjack dans The Secret Path.

Le fond Downie & Wenjack commencera à accepter les demandes d’aide financière dans le cadre du projet Oshki Wupoowane au début de 2023.

Deux types d'aides financières seront disponibles. Le premier, destiné aux organismes, financera des projets oeuvrant au renforcement des capacités des communautés. Le second appuiera des demandes de personnes voulant promouvoir des initiatives dans les communautés des Premières Nations, des Métis et des Inuit.

Les premières subventions devraient être accordées en septembre prochain.

Avec les informations de Karen Pauls

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