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Un médecin du Centre-du-Québec quitte le système de la santé

Le Dr Guillaume Langlois en entrevue à l'émission «Facteur matinal» au sujet du diagnostic de TDAH.

Le Dr Guillaume Langlois dénonce la lourdeur bureaucratique du travail des médecins (archives).

Photo : Radio-Canada / Claudie Simard

Radio-Canada

Épuisé et découragé du système, le médecin de Bécancour Guillaume Langlois a décidé de « quitter le système de la santé ». Il assure qu’il ne laissera pas tomber ses patients immédiatement, qu’il va continuer à pratiquer encore quelques mois, mais il les incite à entamer dès maintenant des recherches pour trouver un nouveau médecin.

J’adore soigner les gens, le problème est que la bureaucratie fait juste s’alourdir, dit-il. Il estime qu’il passe à peine 30 % de son temps de travail à rencontrer des patients.

« C’est rendu que je passe beaucoup plus de temps devant l’ordi que devant le patient. »

— Une citation de  Dr Guillaume Langlois

La plupart du temps, il affirme qu’il remplit des formulaires, que ce soit pour les permis de conduire, les références aux spécialistes ou les crédits d’impôt. Ce sont des pertes de temps. Je vois le monde autour qui souffre et que je n’ai pas le temps de voir. Je passe ma journée à estampiller des papiers, a-t-il expliqué en entrevue à l’émission Toujours le matin.

Partir avant de tomber

Le médecin commençait à voir sa propre santé se dégrader au point d’avoir peur de tomber malade et cela avait un impact sur sa vie personnelle. J’ai tellement vu de patients me raconter cela et je me suis dit : je sais très bien ce qui m’attend si je ne fais pas de changement.

Je ne peux pas continuer de cette façon-là, pas à long terme, mais je ne suis pas capable d’arrêter complètement sur le coup, parce qu’il y a vraiment des gens fragiles qui ont besoin d’aide, il y a des suivis qu’il faut que je fasse et on sait à quel point c’est difficile de trouver un médecin, décrit Guillaume Langlois.

« Je suis vraiment désolé, triste, peiné de devoir en arriver là. »

— Une citation de  Guillaume Langlois, dans son message sur sa page Facebook

Après avoir fondé la Coop santé Sainte-Gertrude en 2008 et s’y être grandement impliqué, Guillaume Langlois travaillait à ouvrir une clinique médicale à la maison dans l’espoir, justement, de mieux concilier son emploi avec sa vie familiale, mais le niveau de bureaucratie était, encore une fois, trop lourd.

Je suis envahi de gens qui me courent après. À un moment donné, j’ai oublié de verrouiller la porte et j’ai des gens qui se sont ramassés dans mon salon. C’était pour des formulaires, pas parce qu’ils avaient un problème de cœur, qu’ils faisaient de la fièvre ou qu’ils étaient malades, a-t-il raconté vendredi matin.

La difficulté de réduire la charge de travail

Le médecin soutient qu’il aurait voulu continuer à occuper son emploi en diminuant sa charge de travail, ce qui est impossible dans le système actuel, selon lui.

Mon gros problème est que je ne peux pas légalement diminuer mon nombre de patients, dit-il.

« J'ai fait plusieurs démarches pour voir si je pouvais réduire mon nombre de patients, en transférer à des collègues, afin de me sortir la tête de l'eau. Malheureusement, les règles actuelles m'en ont empêché. »

— Une citation de  Extrait de son message publié sur sa page Facebook

Guillaume Langlois a actuellement environ 1500 patients à sa charge.

Rester dans la profession, mais autrement

Guillaume Langlois compte rester dans la profession. Il exclut d’emblée d’aller travailler au privé.

Il songe à se lancer dans d'autres projets. Je veux faire de l’aide humanitaire, ça fait des années que je rêve de faire de la pédiatrie sociale, énumère-t-il comme possibilités pour la suite des choses.

Déjà, le fait d’annoncer publiquement sa décision a un impact sur son état. Je me sens mieux, confie le médecin de Bécancour.

Texte de Guillaume Langlois publié sur sa page Facebook

Bon ben ça a l'air qu'il faut que je donne des nouvelles. Comme plusieurs l'ont remarqué, il nous a été impossible d'ouvrir la clinique médicale à la maison, en septembre, comme nous avions prévu. Ce rêve que nous préparions depuis plus de deux ans, malheureusement, ne se déroule pas comme nous l'avions imaginé (comme c'est souvent le cas dans la vie). Comme en témoigne le chantier qui s'éternise, les pépins ont été nombreux. Faut vraiment vivre ça de l'intérieur pour comprendre, mais c'est fou toutes les péripéties que l'on a vécues ces derniers temps. Quand on a ouvert la COOP il y a 14 ans, j'ai vécu 3 ans d'enfer. Quand on s'est précipité pour garder la clinique médicale de Gentilly ouverte, il y a 5 ans, en attendant les renforts (nouveaux médecins), ça a aussi été une période très difficile. Et est venue tout de suite après la pandémie, où on a tous perdu nos repères. C'est complètement épuisé que j'ai entrepris les travaux de déménager notre clinique dans notre maison. J'avais espoir que ça me permettrait d'optimiser mon temps, de travailler différemment. Malheureusement, alors que tout allait bien le 30 juin, en se déplaçant de 3 km, il n'y a plus rien qui fonctionnait. Il a donc fallu reprendre à zéro, comme si je n'avais jamais travaillé. C'est encore une fois une autre période de turbulences, que je n'étais pas prêt à affronter. Après plusieurs périodes de réflexion, j'en viens à la conclusion que je ne peux plus continuer comme cela. Malheureusement, au lieu de se simplifier, le système de santé continue à s'alourdir, une réforme après l'autre. Alors que je rêve de soigner, je passe mes journées à remplir des papiers. Les formulaires s'allongent. Alors que les gens souffrent, se cognent le nez à la porte de nos services de santé, je passe mes journées à estampiller des piles de papiers... Je suis entré en médecine parce que je rêvais de faire de l'aide humanitaire. Le calendrier (et mes cheveux blancs) me rappelle que le temps passe, que ma vie s'écoule (si j'ai de la chance et que je suis optimiste, il m'en reste encore la moitié !) et que si je continue à me laisser noyer dans ce système de santé, je risque de passer à côté. J'ai fait plusieurs démarches pour voir si je pouvais diminuer mon nombre de patients, en transférer à des collègues, afin de me sortir la tête de l'eau. Malheureusement, les règles actuelles m'en ont empêché. C'est donc avec une certaine tristesse que je vous annonce que je vais, prochainement, quitter le système de santé. J'ai trop peur de me faire avaler. Je ne vais pas partir aujourd'hui. Je veux laisser le temps à mes patients de se trouver un autre médecin. Par contre, je demanderais à ceux et celles qui le peuvent, qui ont accès à un autre médecin de famille, de faire le changement dès que possible. Pour les prochains mois, je vais demeurer disponible au bureau. Je compte diminuer progressivement mes disponibilités, au fur et à mesure que mes patients pourront être réorientés ailleurs. Je suis vraiment désolé, triste, peiné de devoir en arriver là. Mais mon corps m'envoie des signes que je ne peux ignorer. Je suis aussi vraiment encore plus triste que le chemin que je prends aujourd'hui, de plus en plus de jeunes médecins le prennent aussi. C'est une tendance nouvelle, qu'on ne connaissait pas avant. Des médecins avec quelques années d'expérience quittent le bateau et changement complètement de carrière. Ce phénomène va malheureusement s'accélérer. C'est ce qui me fait le plus peur... J'ai espéré pendant 16 ans que ça s'améliorerait, mais depuis la charge contre les médecins de famille, à la fin de la pandémie, j'ai compris que je n'en verrais jamais la fin. Pour mes patients : je ne pars pas dès maintenant, je vous laisse le temps de vous organiser. Je ne vous laisse pas tomber. Je serai encore disponible à la maison (SUR RENDEZ-VOUS SEULEMENT prévus à l'avance), et je serai aussi disponible, 2 jours par semaine, à la clinique de Saint-Grégoire (Eh oui, j'en reviens à mes premiers amours). Pour prendre rendez-vous, vous pouvez soit consulter le site Rendez-vous Santé Québec, soit appeler dès le lundi 3 octobre au 819 233-3123 (mais pas tous en même temps !!!). Je vais évidemment tenter de prioriser les urgences. Tout ce qui peut attendre (examen de routine, formulaires de permis de conduire, problème non urgent) devrait être reporté à une date ultérieure. Veuillez noter que mon site Facebook n'est pas conçu pour des discussions avec mes patients. Je ne vous répondrai malheureusement pas. Je sais que certains auront peur ou seront fâchés. Mais je vous demande de rester polis, tout comme je le suis. Mes amis proches et ma famille pourront vous dire à quel point je me suis sacrifié pour vous, année après année. Un merci tout particulier à Rita, qui nous permet de tenir le fort en ce moment. Merci aussi à Magalie, qui m'a suivi dans toutes mes folies. Merci à tous ceux et celles qui nous ont aidés, au fil des années. Je suis vraiment désolé d'en arriver là, mais je ne vois pas d'autre solution. Je vous le répète, je ne pars pas dès maintenant. Je veillerai (autant que je le pourrai) à faire en sorte que la transition soit la plus facile possible pour tous ceux et celles que cela concerne. [...] Pour les quelques personnes qui ont lu jusqu'au bout, dites-vous que je n'écris pas souvent... mais j'écris longtemps!

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