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Chronique

Frankie Valli : le retour du « Jersey Boy » original après cinq décennies

Frankie Valli chante sur scène.

Frankie Valli était en concert à la Place des Arts jeudi soir.

Photo : FRANKIE VALLI

Bon, finalement… Est-ce à la fin des années 1960 ou au début des années 1970 qu'a eu lieu le dernier passage de Frankie Valli à Montréal avant son retour, jeudi, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts?

Une entrée du site Setlist.fm sans mention des chansons interprétées – toujours suspect, ça – évoque la Place des Nations à l’été 1971, mais le principal intéressé a parlé de la fin des années 1960, en compagnie de Neil Diamond. On va lui faire confiance.

Pensez-y… La fin des années 1960, soit avant la première élection de Robert Bourassa, la première pelletée de terre du stade olympique et le repêchage de Guy Lafleur par le Canadien. Plus de cinq décennies…

Nous y sommes, finalement, a souligné Valli après une entrée en matière avec Grease, son dernier numéro 1 aux palmarès, en 1978, et la plus récente chanson de son programme d’un peu plus de 90 minutes.

Il va de soi que Valli ne se produit plus depuis des décennies avec ses trois compères originaux des Four Seasons. Nick Massi, aujourd’hui décédé, a quitté le groupe dès 1965, Bob Gaudio, co-auteur-compositeur de presque tous les succès historiques du groupe, est à la retraite, mais c’est quand même lui qui a fait la narration pour le montage d’images du passé qui a précédé l’arrivée sur scène de Valli.

Le film de sa vie

Quant à Tommy DeVito, décédé en 2020 à 92 ans, si vous avez vu le film de Clint Eastwood Jersey Boys ou la comédie musicale du même titre, vous savez que ce dernier a quelque peu fait dérailler le succès du groupe dans une histoire digne de la série The Sopranos, où Valli a tenu un rôle, d’ailleurs. Louez le film pour tous les détails…

Bref, de nouveaux et jeunes Four Seasons, qui pourraient être les petits-fils de Valli, ont soutenu avec aplomb Francesco Stephen Castelluccio, complétant d’impeccables harmonies durant Dawn (puissante), Silence Is Golden (superbe) et Opus 17 (Don’t You Worry ‘Bout Me) (pimpante).

La semaine dernière au Théâtre St-Denis, Tom Jones avait encore une voix du tonnerre en dépit de son handicap à la hanche. Lundi, à la Place Bell, Ringo Starr était stupéfiant de vitalité. Tous deux à 82 ans bien sonnés. Et Valli, lui? À 82 ans, je peux vous dire qu’il était renversant. Je l’ai vu à Thousand Oaks (Californie) et à Ottawa en 2016. Mais en 2022, à l’âge de 88 ans?

La démarche est encore solide – il ne s’est pas assis de la soirée – et la voix de tête est toujours là, un peu amenuisée, mais encore capable de monter quand il le faut, parfois sans effort apparent.

Valli n’en a certes pas besoin quand il interprète ses succès personnels comme My Eyes Adored You (touchante) et Swearin’ to God (presque aussi funky que disco), mais quand il reprend Stay, de Maurice Williams and the Zodiacs, en envoyant sa voix de fausset dans la stratosphère, on comprend qu’il tient encore la route.

De contemplatif à festif

Après trois chansons en deuxième partie, Valli a demandé à la foule si elle voulait s’éclater en mode rock and roll. La clameur était affirmative, et les premières mesures de Who Loves You ont complètement transformé l’allure du concert.

De prestation plus qu’honnête et satisfaisante, nous sommes passés à un mode festif et explosif avec l’enchaînement de Who Loves You – harmonies collectives à la puissance 10 – et December, 1963 (Oh, What a Night) – chorégraphies d’antan – qui ont transformé le parterre, et une partie des balcons supérieurs, en piste de danse.

Des spectatrices et spectateurs, certains presque aussi âgés que Valli, ont oublié leurs petits maux du quotidien pour danser comme si nous étions en… 1963. Et les nombreux jeunes – disons, la trentaine et la quarantaine – les ont imités. Il y avait quelque chose d’intergénérationnel dans ce sympathique défouloir commun.

L’enfilade de numéros 1

Et ça ne s’est pas démenti jusqu’à la fin, un peu beaucoup en raison du répertoire. Valli, ses Four Seasons et leurs huit musiciens ont enchaîné une séquence finale de huit chansons qui comprenait cinq numéros un aux palmarès et deux dans les trois premières places. Rien que ça.

L’irrésistible Can’t Take My Eyes Off You a permis au public de hurler le refrain à en faire trembler la salle Wilfrid-Pelletier. Gigantesque.

Valli a été irréprochable durant la formidable Sherry, qui lui a permis il y a 60 ans de se faire connaître à l’échelle nationale après une décennie au sein du Variety Trio et des formations The Strand, The Variatones et The Four Lovers, ancêtres directs des Four Seasons, sans trop de succès. Bref, Valli y a mis du temps, mais il s’est inscrit dans la royauté musicale du New Jersey, chronologiquement après Sinatra et avant Springsteen.

Big Girls Don’t Cry et Walk Like a Man ont martelé leurs rythmes au gré des mélodies qui survolaient l’assistance, avant que le chanteur simule une sortie sur Bye, Bye, Baby (Baby Goodbye). Durant cette séquence, Valli a été habité au possible, visiblement dopé par la foule déchaînée.

L’immense Rag Doll a tout balayé avant qu’une frénétique Let’s Hang On (To What We Got) ne vienne mettre un terme à ces retrouvailles aussi chaleureuses qu’imprévisibles.

Excellente soirée sous le signe de la nostalgie, mais au présent, en définitive. Et pas besoin de revoir le film ou le musical Jersey Boys quand on peut encore voir le Jersey Boy original...

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