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Analyse

La CAQ et l’immigration : la curieuse « stratégie »

Comment expliquer les nombreuses maladresses de la CAQ sur la question de l’immigration?

François Legault en point de presse.

Le chef de la CAQ, François Legault

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

Dominique Anglade ne s’y est pas laissée prendre. En dépit des excuses des principaux intéressés, elle est convaincue que les déclarations de Jean Boulet et de François Legault sur l’immigration ne sont pas de simples maladresses ou des erreurs de jugement.

Il y a quelques semaines, François Legault avait établi un lien entre violence et immigration, alors que son ministre Jean Boulet reprochait la semaine dernière aux immigrants de ne pas travailler et de ne pas parler français.

Il fait délibérément le choix de la division parce que ça le sert politiquement, a tranché la cheffe libérale au sujet de son vis-à-vis caquiste.

Il s’agirait, selon elle, d’une stratégie ourdie par la CAQ pour diviser les Québécois dans une perspective de mobilisation de sa base électorale.

Gabriel Nadeau-Dubois voit plutôt dans cette série de bévues une tentative de diversion pour occulter l’ inaction du gouvernement en matière de climat et de logement.

Il est vrai qu’à voir la fréquence avec laquelle le parti de François Legault erre sur la question de l’immigration, il est permis de s’interroger. Comment peut-on commettre autant d’erreurs en si peu de temps?

Des conséquences peu importe les intentions

On ne saura jamais, bien sûr, quelles étaient les réelles intentions de Jean Boulet ni celles de François Legault et croire qu’ils ont agi à dessein serait franchement cynique.

Dans tous les cas, la CAQ ne se rend pas service. Lors du congrès de son parti tenu en mai dernier, François Legault a fait de la pleine maîtrise des pouvoirs en matière d’immigration une question de survie pour le Québec. Il entend, s’il est réélu, entamer des négociations avec le gouvernement fédéral et apporter des changements au processus de sélection actuel.

La CAQ veut notamment revoir les critères d’admission pour favoriser les immigrants qui parlent déjà français et privilégier la venue d’étudiants étrangers prêts à s’établir en région.

Le prochain ministre de l’Immigration, quel qu’il soit, aura assurément beaucoup de travail à faire, et il aura besoin d’alliés. Or, en dépit des reculs et des excuses, les événements des dernières semaines risquent de laisser des cicatrices.

Ces marques s’ajoutent à celles qu’avait laissées la campagne de 2018, où François Legault avait aussi tenu des propos malheureux sur le même sujet. C’est sans oublier la création du programme Arrima, qui avait entraîné la mise au rancart des dossiers de quelque 18 000 candidats à l’immigration.

Jean Boulet en entrevue dans son bureau.

Jean Boulet maintient que ses propos qui font controverse depuis mercredi ne reflètent ni sa « pensée » ni son « action » comme ministre de l'Immigration.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

De gros défis en vue

Même si tous les partis qui s’affrontent à l'heure actuelle sont d’accord pour que le Québec obtienne plus de pouvoirs, négocier avec Ottawa ne sera pas une sinécure.

Quelles que puissent être les intentions réelles de la CAQ, on voit mal comment se mettre à dos nombre de néo-Québécois, et d’organismes qui les représentent, facilitera les choses.

À l’échelle québécoise, effectuer les changements promis ne se fera pas non plus sans heurts; on n’a qu’à se rappeler la douloureuse réforme du Programme de l’expérience québécois! La véhémence des débats auxquels on a assisté durant la campagne électorale sur les seuils d’immigration n’est d'ailleurs pas de bon augure.

La CAQ n’a assurément pas besoin de faire des gains dans les circonscriptions montréalaises les plus démographiquement diversifiées pour conserver sa majorité, mais elle n’a rien à gagner non plus à s’aliéner autant de citoyens.

En agissant comme ils l’ont fait, le premier ministre et le ministre de l’Immigration donnent aussi des arguments à ceux qui estiment que débattre de ces questions est trop délicat, qu’il faudrait tout simplement éviter le sujet.

L’élection de la CAQ en 2018 avait été froidement accueillie dans certains milieux. Au fil des années, François Legault a toutefois réussi à gagner le respect de nombreuses personnes qui ne lui étaient pas a priori favorables, notamment en raison de sa capacité à rassembler les Québécois dans les premières heures de la pandémie.

Le ton des dernières semaines risque toutefois de lui faire perdre une partie de ce bénéfice politique, comme l’illustre la légère baisse des intentions de vote en faveur de la CAQ constatée depuis le début du mois de septembre.

Des lendemains difficiles

Les derniers jours des campagnes électorales sont souvent pénibles. La fatigue s’installe, les attaques se multiplient et les débats de fond se raréfient. Pour François Legault, la dernière ligne droite semble particulièrement difficile à parcourir cette année.

S’il est réélu, le premier ministre essaiera assurément de tourner la page pour mieux repartir à zéro, mais il n’est pas acquis qu’il saura restaurer sa crédibilité en matière d'immigration auprès des principaux intéressés. La mémoire est certes une faculté qui oublie, mais certains propos sont plus difficiles que d’autres à mettre de côté.

En multipliant les déclarations malheureuses ou ambiguës, que ce soit volontairement ou par inadvertance, la CAQ risque surtout de nuire à sa propre capacité à mener à bien les réformes qu’elle veut entreprendre.

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