•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Zones côtières : après Fiona, des experts demandent un réveil collectif

Une remorqueuse est sur la partie sèche d'une route partiellement inondée et la rampe à l'arrière est dans l'eau. On est en train de faire monter sur la rampe une automobile qui est prise dans l'inondation.

Une voiture prisonnière d'une inondation causée par l'ouragan Fiona est remorquée le 24 septembre à Shediac, au Nouveau-Brunswick.

Photo : CBC / Aniekan Etuhube

Radio-Canada

Moins d’une semaine après que l’ouragan Fiona ait causé des dommages parfois lourds sur certaines régions du Nouveau-Brunswick, plusieurs experts réclament une véritable stratégie en matière de gestion côtière.

Fiona est le deuxième ouragan en trois ans à toucher le Canada atlantique, et la situation climatique laisse présager que ces phénomènes naturels ne seront plus des anomalies dans l’est du pays.

Les terres sont de plus en plus inondées à chaque fois qu'il passe une tempête comme ça. On se demande quand va être la prochaine, et de combien plus haut ça va être. On le sait pas, personne ne le sait, relate Dominique Bérubé, géomorphologue côtier au ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick.

L'équipe de géomorphologues et de spécialistes côtiers du ministère parcourt les côtes de la province pour déterminer l'impact de Fiona. Ils étudient l'évolution des formes du littoral, des marais, des falaises et des plages. Ils s’intéressent aussi à la vitesse à laquelle l’érosion ronge les côtes.

Plan rapproché d'un homme qui sourit à belles dents. Derrière lui, il y a un cours d'eau et un bateau qui vogue.

Dominique Bérubé

Photo : Radio-Canada

Leur objectif est de cartographier et de mettre à jour les modèles d'inondation de la province. En début d’année, le gouvernement du Nouveau-Brunswick avait publié des cartes des régions les plus à risque.

Dominique Bérubé confirme que Fiona était une tempête sans précédent. On est allé voir si ces niveaux d'eau là sont à des niveaux records, comme certains le prétendent. Et oui, on a confirmé que le niveau est probablement 30 centimètres plus haut que janvier 2000. L'eau est allée plus loin à l'intérieur des terres. Ç’a atteint des niveaux topographiques supérieurs cette fois-ci, explique-t-il.

« On a été surpris quand on a été dans le coin de Cap-Pelé, Robichaud, là on était plus proche de 60 centimètres de l'ancien record. »

— Une citation de  Dominique Bérubé, géomorphologue

Devant la multiplication des tempêtes post-tropicales et des ouragan, et face aux risques accrus d’inondation, que peuvent faire les résidents?

Le plus facile, c'est d'éviter toute nouvelle construction dans les zones à risque, dit tout d’abord Ursule Boyer-Villemaire, cheffe d'équipe en analyse socio-économique chez Ouranos, un organisme à but non lucratif qui se consacre à l’adaptation des communautés confrontées à un climat en constante évolution.

Ursule Boyer-Villemaire regarde directement la caméra et sourit. Elle est assise dans un studio de télévision pour une entrevue au Téléjournal.

Ursule Boyer-Villemaire

Photo : Radio-Canada

La population sera confrontée à des choix. Quelles infrastructures sommes-nous prêts à accepter de perdre dans un cycle de vie de 15 ou 30 ans, se demande Mme Boyer-Villemaire.

Dans une entrevue mercredi au Téléjournal Acadie, son collègue Alain Bourque, directeur général d’Ouranos, déclarait que c’était toute l’occupation du territoire par les résidents qui est à repenser.

Il est évident, disait-il, que des zones pour l’instant sécuritaires, mais qui touchent à des zones inondables, sont sur le point de devenir, à leur tour, vulnérables aux inondations.

Des maisons sur le bord de l'eau. Tout le secteur est jonché de bois et de débris amenés par l'ouragan. Un trottoir de bois est à moitié détruit.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dommages causés par Fiona à Cap-des-Caissie, au Nouveau-Brunswick, le 24 septembre.

Photo : CBC / Aniekan Etuhube

Les données que recueillent ces jours-ci le géomorphologue Dominique Bérubé et ses collègues tendent à lui donner raison.

Certaines municipalités au Nouveau-Brunswick imposent maintenant des constructions à 4 mètres des seuils d'inondations. Une loi provinciale exige l’obtention d’un permis pour des travaux réalisés à moins de 30 mètres d'un cours d'eau ou d'une terre humide.

Au-delà de ces règles, il ne semble pas y avoir de stratégie globale en matière d'aménagement côtier.

Je pense qu’un plan, personne n’en a un, admet candidement Aldéo Saulnier, le maire de Bouctouche, au Nouveau-Brunswick.

On vit comme qu'on vit. Et si ça arrive, ça doit arriver, illustre-t-il. C'est pas la bonne manière. Faut avoir une structure qui dit : on ne peut plus faire ça de même. Faut reculer nos bâtiments. Puis les commissions d'aménagement et les municipalités ont un rôle à jouer.

Aldéo Saulnier est debout à l'extérieur, sur le bord de l'eau. Il y a une passerelle en bois derrière lui.

Aldéo Saulnier, maire de Bouctouche

Photo : Radio-Canada

Bouctouche a subi des dommages lors du passage de Fiona, samedi dernier. Pour la 3e fois en deux décennies, la passerelle de la dune a été partiellement détruite.

Si l’on peut éviter de construire à certains endroits, le défi présent est de gérer les bâtiments et les infrastructures déjà existantes. Cela inclut des sites touristiques et d’autres infrastructures qui sont souvent d’importants moteurs économiques régionaux.

Alain Bourque, le directeur d’Ouranos, avance d'ailleurs qu’il ne sera éventuellement plus logique, d’un point de vue économique, de constamment réparer ou maintenir des constructions qui sont endommagées à répétition par les intempéries.

Certains propriétaires de biens immobiliers suggèrent que la solution est désormais de hisser les maisons sur des pilotis. Ils sont fréquents dans les régions côtières de plusieurs États du sud des États-Unis.

Des dizaines de maisons élevées sur de hauts pilotis au-dessus d'une plage.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des habitations sur pilotis à Castro, dans la région de Los Lagos, au Chili.

Photo : Getty Images / IHervas

Ursule Boyer-Villemaire, d'Ouranos, souligne que cette pratique comporte aussi des risques. Pour ce qui est du pilotis, c'est une solution technique qui revient fréquemment. On la voit aux États-Unis, mais on voit aussi que c'est moins résistant, dit-elle.

Notre climat est aussi bien différent. Il faut ajouter l'effet de la glace, chez nous, avec le pied de glace qui vient complètement gruger, indique-t-elle. Ce sont vraiment de grandes forces mécaniques qui sont appuyées sur les pieux.

Depuis 2003, l'équipe de géomorphologues du ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick compile des données qui peuvent servir à guider les politiques en matière d'aménagement du territoire.

Dominique Bérubé, qui est au ministère depuis 1990, juge cependant que les décisions prennent beaucoup de temps à être implantées.

Une jeune femme est debout au sommet d'une pile de sacs de sable et regarde au loin. Autour d'elle, des adultes et des enfants placent des sacs de sable autour d'une maison.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

À l'avenir, il faudra « éviter toute nouvelle construction dans les zones à risque » d'inondation, estime Ursule Boyer-Villemaire.

Photo : Reuters / Sean Gardner

Il souhaite un plan d'attaque concret avec des objectifs clairs. Il y a des tendances maintenant à l'échelle nationale pour faire des aires de préservation naturelles. Au Nouveau-Brunswick, on est en retard. On est à moins de 10 % de protection, affirme M. Bérubé.

Quel pourcentage de notre côte on veut préserver? Quel pourcentage de notre côte on veut garder pour nos industries, la pêche et tout ça? Qu’est-ce qu'on veut garder pour le résidentiel, demande-t-il.

Il continue d’espérer que la documentation effectuée par son équipe et lui après chaque événement météorologique comme Fiona pourra influencer les politiques politiques. Ces données-là servent à soutenir les politiques gouvernementales et puis la prise de décisions, dit-il.

Maintenant, ça fait depuis 2003 qu'on a des bonnes données topographiques. Les données sur les tempêtes, sur les taux d'érosion. Pour l'instant tout le monde se renvoie la balle : qui devrait prendre les décisions? C'est le gouvernement central à Fredericton ou les gouvernements régionaux? On trouve que les politiciens traînent la patte un peu. On trouve que ça prend beaucoup de temps , conclut M. Bérubé.

D’après le reportage de Nicolas Steinbach

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !