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Québec ignore le nombre réel d’immigrants temporaires sur son territoire

Le premier ministre du Québec, François Legault, debout à côté du ministre Jean Boulet.

Le nombre de 177 000 immigrants temporaires au Québec est peut-être largement sous-estimé.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Depuis des mois, des politiciens répètent qu’il y a 177 000 immigrants temporaires au Québec. Or, Radio-Canada a découvert que ce nombre est peut-être largement sous-estimé et que, en réalité, le gouvernement n’a pas de portrait précis de la situation.

Les chiffres publiés étant calculés à partir de différentes sources de Statistique Canada, le ministère n’est pas en mesure de confirmer leur exactitude, indique par courriel la porte-parole du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) du Québec, Arianne Méthot.

Le nombre de 177 000 a pourtant été avancé avec assurance en juin dernier par le ministre québécois de l’Immigration, Jean Boulet, comme une preuve qu’Ottawa doit donner à Québec les pleins pouvoirs en matière d’immigration.

Durant la campagne électorale, le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a aussi repris ce nombre de 177 000 pour affirmer que le gouvernement Legault a perdu le contrôle de l’immigration temporaire au Québec.

Cependant, le nombre réel de travailleurs étrangers temporaires, étudiants étrangers, demandeurs d’asile, ainsi que leurs conjoints et enfants, serait peut-être beaucoup plus élevé. Il pourrait même tourner autour de 280 000, d’après un calcul avalisé par Statistique Canada.

Des chiffres non publiés

S’il n’y a pas de certitude, c’est parce que Statistique Canada a volontairement cessé depuis 2018 de publier le nombre total de ces résidents non permanents. L’organisme a toutefois continué à publier un solde trimestriel.

En additionnant le dernier nombre total rendu public le 1er avril 2018 (159 078) et tous les soldes publiés depuis (120 274), on arrive à un nombre total de 279 352 résidents non permanents au Québec.

Statistique Canada confirme que ce total n’est pas très loin du nombre de résidents non permanents estimé au Québec, en date du 1er juillet dernier. L’organisme préfère toutefois ne pas publier officiellement ce chiffre, car il s’agit d’une estimation fragile.

« C’est la raison pour laquelle nous ne la diffusons plus. »

— Une citation de  Hubert Denis, du Centre de démographie de Statistique Canada

Des données incomplètes

Statistique Canada explique que, pour faire ses estimations, il se base sur les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Or, ces données sous-estiment probablement le nombre de titulaires de permis de travail qui viennent au pays avec des enfants, par exemple.

À l’inverse, il est possible que certains travailleurs étrangers temporaires aient déjà quitté le pays, même si leur permis n’est pas encore venu à échéance. Statistique Canada est donc à la recherche de solutions pour avoir des données plus fiables et ainsi recommencer à publier le nombre de résidents non permanents dès septembre 2023.

« On travaille actuellement avec IRCC pour régler ces problèmes [...] Il est inutile de diffuser des statistiques pour lesquelles nous ne sommes pas certains de la qualité. »

— Une citation de  Hubert Denis, du Centre de démographie de Statistique Canada

Éviter les dérapages

Québec doit absolument trouver le moyen de recenser les résidents non permanents, ne serait-ce que pour savoir à qui le gouvernement devra offrir des services publics, affirme l’avocat spécialisé en droit de l’immigration, Maxime Lapointe.

Il est temps d’avoir des données précises et à jour sur le sujet pour éviter les écarts et dérapages, ajoute Me Lapointe.

En début de semaine, François Legault n’a d’ailleurs pas été en mesure de dire combien d’immigrants temporaires se trouvent au Québec. Je n’ai pas ces chiffres-là avec moi, a répondu le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) à une journaliste qui lui posait la question.

M. Legault avait aussi dit ne pas avoir de cible pour les immigrants temporaires, contrairement aux immigrants permanents, dont il fixe la limite à 50 000 par année.

On va y aller selon les besoins du marché du travail qui évoluent rapidement, indiquait le chef de la CAQ. Ce qui est important, c'est quand ils deviennent permanents, qu'ils parlent français.

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Problématique

Mercredi, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain avait d’ailleurs émis des réserves face à cette approche, qu’il qualifiait de dépendance aux travailleurs temporaires.

Ça crée des situations où ces travailleurs temporaires sont fragiles dans les entreprises, dépendent d'une relation avec un employeur. On voudrait que ces gens-là sachent rapidement qu'ils sont utiles à l'économie, disait Michel Leblanc.

C’est aussi l’avis d’Anne-Michèle Meggs, ex-directrice de la planification au MIFI, désormais à la retraite. Fixer une limite de 50 000 résidents permanents par année au Québec pendant que le nombre d’immigrants temporaires ne fait l’objet d’aucune planification est problématique, selon elle.

Ils ont tous besoin d'un toit. Il y en a qui arrivent avec un conjoint. Il y en a qui sont ici assez longtemps pour avoir des enfants ou qui peuvent même venir avec des enfants, et il n'y a pas de place en CPE, observe-t-elle.

Ça, on n'a pas calculé ça. Il n'y a pas de planification faite de cette manière-là, déplore Mme Meggs.

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