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Manifestations en Iran : Téhéran s’en prend à des célébrités et des journalistes

Des manifestantes opposées au régime iranien tiennent des pancartes à Istanbul, en Turquie.

Des manifestations de solidarité avec les femmes iraniennes ont eu lieu un peu partout dans le monde, comme ici à Istanbul en Turquie. Ces manifestations font suite au décès de Mahsa Amini, arrêtée par la police des moeurs à Téhéran et décédée le 16 septembre.

Photo : Getty Images / AFP / YASIN AKGUL

Agence France-Presse

Téhéran a intensifié jeudi la pression sur les célébrités et les journalistes en Iran, théâtre d'une vague de manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini quelques jours après l'arrestation de la jeune femme par la police des moeurs.

Des cinéastes, des athlètes, des musiciens et des acteurs ont exprimé leur solidarité avec les manifestants, y compris l'équipe nationale de football dont les joueurs ont porté des survêtements noirs pendant les hymnes interprétés avant un match à Vienne contre le Sénégal.

Nous allons nous en prendre aux célébrités qui ont soufflé sur les braises des émeutes, a déclaré le gouverneur de la province de Téhéran, Mohsen Mansouri, cité jeudi par l'agence de presse Isna, répétant le terme employé par les autorités pour désigner les manifestations.

Le mouvement de contestation, le plus important depuis 2019, a été déclenché par la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, trois jours après son arrestation par la police des moeurs.

Il lui était reproché d'avoir enfreint le code vestimentaire strict de l'Iran qui oblige notamment les femmes à porter le voile islamique.

Le chef de la justice iranienne, Gholamhossein Mohseni Ejei, a aussi pointé du doigt les célébrités : Ceux qui sont devenus célèbres grâce au soutien du système, pendant les jours difficiles, ont rejoint l'ennemi au lieu d'être avec le peuple. Tous doivent savoir qu'ils doivent rembourser les dommages matériels et spirituels causés au peuple et au pays, a-t-il dit.

Pour sa part, le président iranien, Ebrahim Raïssi, a prévenu que malgré la douleur et le chagrin suscités par la mort d'Amini, la sécurité publique était la ligne rouge de la République islamique, et que personne n'était autorisé à enfreindre la loi et à provoquer le chaos.

Jeudi, une journaliste qui avait couvert l'enterrement de Mahsa Amini a été interpellée, a indiqué son avocat. Cette arrestation est intervenue après celle de la journaliste Nilufar Hamedi, du quotidien Shargh, qui s'était rendue à l'hôpital où Mahsa Amini était dans le coma et avait contribué à rendre publique l'affaire.

Selon l'agence de presse iranienne Fars, environ 60 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations le 16 septembre, tandis que l'ONG Iran Human Rights, basée à Oslo, a fait état d'un bilan d'au moins 76 morts.

Imputant les manifestations à des forces extérieures, l'Iran a mené mercredi des frappes transfrontalières de missiles et de drones qui ont fait 13 morts dans la région du Kurdistan irakien, accusant les groupes armés d'opposition basés dans cette région d'alimenter les troubles.

Jeudi, l'Iran a convoqué le chargé d'affaires français, dénonçant l'ingérence de Paris dans ses affaires intérieures après la condamnation par Paris de la répression violente des manifestations.

Manifestations de solidarité

Des manifestations de solidarité avec les femmes iraniennes ont eu lieu dans le monde entier, et des rassemblements sont prévus dans 70 villes samedi.

En Afghanistan, les talibans ont dispersé jeudi un rassemblement devant l'ambassade d'Iran à Kaboul. Des femmes afghanes s'y étaient rassemblées pour soutenir les manifestantes iraniennes, dont elles disent partager la lutte. Les forces talibanes ont tiré en l'air et tenté de frapper les manifestantes à coup de crosse, selon des journalistes de l'AFP.

En Norvège, deux personnes ont été légèrement blessées et environ 90 interpellées jeudi lors de heurts pendant une manifestation près de l'ambassade d'Iran à Oslo, selon la police.

Dans une déclaration à l'agence de presse Fars, les agents de renseignement des Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont indiqué avoir arrêté 50 membres d'un réseau organisé à l'origine des émeutes dans la ville sainte chiite de Qom.

Pour sa part, Amnistie internationale a critiqué les pratiques généralisées de recours illégal à la force et la violence impitoyable des forces de sécurité en Iran.

L'ONG a cité le recours à des balles réelles et des boules de métal, des passages à tabac et des violences sexuelles à l'encontre des femmes, le tout sous couvert de perturbations continues et délibérées de l'Internet et de la téléphonie mobile.

Des dizaines de personnes parmi lesquelles des enfants ont été tuées jusqu'à présent et des centaines blessées, a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale de l'ONG dont le siège est à Londres.

Dans ce contexte, la cheffe de la diplomatie allemande Annalena Baerbock a indiqué sur Twitter que son pays réclamait des sanctions de l'Union européenne contre ceux qui en Iran battent les femmes à mort et abattent les manifestants au nom de la religion.

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