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Premières Nations : Fredericton présente une proposition de financement

Allan Polchies prend la parole en public.

Allan Polchies, chef de la Première Nation de St. Mary's, déplore l'approche du premier ministre Higgs dans les dossiers qui touchent les Premières Nations.

Photo : CBC / Alexandre Silberman

Radio-Canada

Les représentants du gouvernement du Nouveau-Brunswick ont rencontré des chefs des Premières Nations récemment pour discuter d’un nouveau cadre de financement. Cette initiative vise à remplacer l’entente sur le partage des revenus tirés de la taxe sur l’essence.

L’an dernier, le gouvernement a unilatéralement annoncé la fin d’une entente qui était en vigueur depuis plus de 25 ans. Cette entente permettait aux communautés autochtones de conserver 95 % des revenus de la taxe sur l’essence collectée sur les réserves, jusqu’à un maximum de 8 millions de dollars. Au-delà de ce plafond, les communautés pouvaient conserver 70 % des montants.

Un financement lié à de nouvelles exigences

Le premier ministre conservateur, Blaine Higgs, dit vouloir que les fonds qui seront versés aux Premières Nations servent à améliorer le niveau de vie dans les communautés.

« Nous avons de grandes différences dans les niveaux de vie et nous voulons travailler avec les Premières Nations pour développer un modèle économique qui fonctionne. »

— Une citation de  Blaine Higgs, premier ministre

Selon lui, l’entente qui permettait de conserver les revenus tirés de la taxe sur l’essence profitait inégalement aux différentes communautés, ce qui a entraîné un développement inégal d’une communauté à une autre. Blaine Higgs souhaite donc mettre en place des normes qui s’appliqueraient partout.

Nous pouvons concevoir des normes à long terme grâce auxquelles nous nous épanouirons tous, afin que les membres des communautés ressentent vraiment la différence, dit le premier ministre.

Une photo rapprochée de Blaine Higgs.

Blaine Higgs, premier ministre conservateur du Nouveau-Brunswick, se défend de vouloir imposer son point de vue aux Premières Nations.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Le cadre de financement présenté vise justement cet objectif. Ce que fait le cadre, c'est définir les conditions pour faire ce que les chefs veulent pour leurs communautés en matière de conditions de vie, de possibilités d'accéder à l'éducation et de faire ce que vous voulez dans la vie, de capacité d'accéder aux services de santé, aux services éducatifs, aux services sociaux, aux services de soins pour les personnes âgées. Toutes ces choses font partie du cadre, précise Blaine Higgs.

Le premier ministre se défend de vouloir imposer la façon dont les fonds seraient dépensés au sein des Premières Nations.

Je ne pense pas que nous devrions perdre de vue la discussion parce que quelqu'un pense, eh bien, que nous essayons d'imposer les conditions ou les dépenses. Non, nous essayons juste de tous nous mettre d'accord sur ce que devraient être les normes pour permettre à tout le monde dans la communauté d’atteindre son propre niveau de réussite, affirme-t-il.

Certaines communautés recevront moins et d’autres plus

Blaine Higgs n’a pas précisé comment seront calculés les fonds qui seront éventuellement versés aux Premières Nations. Les revenus de la taxe sur l’essence collectés dans les réserves seront versés dans le budget général de la province, d’où les fonds qui pourraient être distribués aux Premières Nations proviendraient.

L'idée pour nous de taxer, c'est que nous aurons alors des revenus à partager pour toutes les Premières Nations, ou n'importe quelle communauté, selon leurs besoins, pour qu'elles aient un meilleur mode de vie, soutient Blaine Higgs.

Le pistolet d'une pompe à essence.

Des Premières Nations pourraient recevoir moins que ce qu'elles obtenaient en vertu de l'entente concernant la taxe sur l'essence.

Photo : Reuters / Bing Guan

Combien recevront les différentes communautés? Le premier ministre reste vague sur cette question. Nous ne savons pas ce que ce sera. Dans certains cas, ce sera plus, absolument, dans certains cas moins, peut-être, mais cela dépendra de la communauté, cela dépendra de l'endroit où elle se trouve et de l'idée, vous savez, qu'une communauté plus grande a des besoins plus importants.

L’approche de Fredericton ne rallie pas les chefs

Le chef Terry Richardson, de la Première Nation Pabineau, rejette ce qui a été présenté par la province pour remplacer les revenus tirés de la taxe sur l’essence.

Le premier ministre ne veut rien savoir. J’ai parlé avec lui il y a une couple de journées, une semaine. Il a proposé une entente-cadre qui n'a pas de sens. On va en arrière. Il faut qu’on continue à aller vers l'avant. C’est de valeur qu’il travaille comme ça.

Terry Richardson, chef de la réserve de Pabineau près de Bathurst.

Terry Richardson, chef de la réserve de Pabineau près de Bathurst, dit qu'il est très difficile de discuter avec le gouvernement conservateur de Blaine Higgs.

Photo : Radio-Canada

Le chef Richardson déplore l’approche adoptée par Fredericton. C’est paternaliste. On te dit comment tu vas dépenser l’argent. C’est pas à ce gouvernement-là de dire aux peuples autochtones comment dépenser l’argent qu’on fait.

Le chef Allan Polchies, de la Première Nation St. Mary’s, abonde dans le même sens. Nous avons présenté d'autres options, et malheureusement, le gouvernement Higgs veut être paternel et faire comme il veut, déplore M. Polchies, selon qui le gouvernement Higgs n'a pas réussi à entretenir des relations diplomatiques, progressistes et constructives de nation à nation avec la nation Wolastoq.

Malgré tout, le chef Richardson ne souhaite pas commenter davantage, puisque les pourparlers se poursuivent. Je ne peux pas dire trop parce qu’on est encore en train d’essayer de peut-être améliorer ça un peu.

Des relations plus tendues que jamais

Le déroulement des discussions entourant le nouveau cadre de financement semble bien illustrer l’état des relations entre les Premières Nations et le gouvernement conservateur de Blaine Higgs.

C'est le pire gouvernement avec lequel j’ai travaillé. Avec les autres, on était à la table, on parlait, on jasait, on essayait de bouger un peu de temps en temps, soutient le chef mi’kmaw de la Première Nation Pabineau, Terry Richardson.

« À cause du premier ministre du Nouveau-Brunswick, ça va mal entre les Autochtones et la province. »

— Une citation de  Terry Richardson, chef de la Première Nation Pabineau

Le chef de la Première Nation St. Mary’s, Allan Polchies, croit que le premier ministre devrait prendre le temps de mieux connaître l’histoire et la réalité des Premières Nations.

Allan Polchies, chef de la Première Nation Sitansisk Wolastoqiyik.

Allan Polchies, chef de la Première Nation Sitansisk Wolastoqiyik

Photo : Radio-Canada

Ils doivent comprendre que notre peuple est ici depuis des temps immémoriaux, et bien sûr, nous avons notre propre langue, nous avons notre propre culture et nous respectons tous les autres voisins, les Acadiens, les anglophones, les nouveaux arrivants. Nous faisons partie de cette province et nous voulons pouvoir honorer la paix et l'amitié, la relation que nos ancêtres nous ont laissée, explique le chef Polchies.

Les chefs déplorent toute une série de décisions du gouvernement Higgs : son refus répété de tenir une enquête publique sur le racisme systémique que vivent les Autochtones, sa demande aux fonctionnaires de ne plus faire référence aux territoires non cédés même s’il s’agit d’un fait historique, sa décision de retirer aux Premières Nations les revenus tirés de la taxe sur l’essence, et plus encore.

Il devrait s’asseoir avec les chefs des Premières Nations et avoir des négociations sincères [...] Il y a un manque de respect, un manque de collaboration, estime Guy Arseneault, député libéral de Campbellton-Dalhousie.

Je pense que le premier ministre ne comprend pas les réalités des Premières Nations, l’histoire de notre relation avec les Premières Nations et les droits qui existent pour les Premières Nations au Nouveau-Brunswick, soutient David Coon, chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick.

Le premier ministre Higgs reconnaît que les relations ne sont pas au mieux.

Je pense que la relation a été tendue et j'espère que nous pourrons l'améliorer. Je suppose que ce pourrait être par la façon dont nous travaillons sur le développement économique de chaque communauté des Premières Nations, afin d’élever les normes pour répondre aux besoins des communautés, avance-t-il.

Jour de la vérité et de la réconciliation

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a décrété que le 30 septembre, Jour de la vérité et de la réconciliation, serait dorénavant un jour férié.

Les chefs des Premières Nations ont salué cette décision. Pour plusieurs, il s’agit d’un pas dans la bonne direction pour ce qui est des relations entre la province et les Premières Nations.

Toutefois, es relations avec le gouvernement conservateur de Blaine Higgs sont loin d’être harmonieuses pour autant. On parle du 30 septembre, la journée de réconciliation. Eh bien, il n’y a pas de journée de réconciliation avec ce premier ministre-là, lance le chef Richardson.

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