•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Envoyé spécial

Les Russes qui fuient vers l’Europe, autre sujet de discorde parmi les membres de l’UE

Dès aujourd’hui, la Finlande refuse l'accès à son territoire à des Russes détenant un visa de touriste.

Nadiia Fedorova, membre de l'Association des Ukrainiens en Finlande, lors d'une manifestation.

Nadiia Fedorova, une Ukrainienne installée en Finlande, aimerait qu'Helsinki ferme tout simplement la frontière avec la Russie.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

VAALIMAA - Mercredi, au poste frontalier de Vaalimaa, à environ 200 kilomètres de Saint-Pétersbourg, l’activité est incessante, même dans la brume du petit matin.

Les passagers quittent leurs voitures ou les autocars dans lesquels ils voyagent pour faire vérifier leurs documents, avant de reprendre la route en direction d'Helsinki.

Depuis l’annonce d’une mobilisation en Russie, nous avons vu une augmentation de 40 % de la fréquentation, explique le lieutenant Jesse Pritinnen, l’un des responsables du poste de Vaalimaa.

« S’il y a une mobilisation générale et qu’on empêche les hommes de quitter le pays, je ne retournerai pas. Je devrai trouver un endroit pour m’installer et travailler. »

— Une citation de  Dmitri, un Russe rencontré à la frontière avec la Finlande

Je ne veux pas participer à la guerre en Ukraine, surtout que je suis à moitié Ukrainien, nous confie un autre Russe.

Le lieutenant Jesse Pirrtinen, devant le poste frontalier de Vaalimaa.

Le lieutenant Jesse Pirrtinen a constaté une hausse de 40% de la fréquentation au poste frontalier de Vaalimaa depuis l'annonce d'une mobilisation partielle par le président russe Vladimir Poutine.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Ce jeune homme, qui a préféré taire son prénom, explique qu’avec les interdictions de vols russes au-dessus de l’espace européen et les prix des billets qui ont explosé pour les autres destinations, l’autocar était l’option la plus abordable pour quitter la Russie.

Si les autorités finlandaises ont constaté une augmentation des passages, elles ne dénombrent que quelques milliers d’entrées par jour. La scène est donc complètement différente des frontières très fréquentées entre la Russie et la Géorgie ou le Kazakhstan.

Pour entrer en Finlande, et donc dans l’espace Schengen, les ressortissants russes doivent se présenter munis d’un visa.

Un jeune Russe entrant dans un autobus vers Helsinki.

Ce jeune Russe se rend à Helsinki, mais il ne sait pas ce qui l'attend par la suite.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Question de limiter l’accès à son territoire, le gouvernement finlandais a finalement confirmé que, dès vendredi, les détenteurs de visas touristiques feront face à d’importantes restrictions et ne pourront plus nécessairement entrer au pays.

Limiter les entrées ou fermer la frontière?

Les élus finlandais n’ont pas eu besoin d’aller bien loin pour entendre les revendications de certains citoyens les appelant à resserrer les mesures aux frontières.

Chaque mardi, un petit groupe formé de Finlandais et d’Ukrainiens manifeste son opposition à la guerre menée par la Russie devant une statue qui se trouve en biais du parlement, à Helsinki.

Vêtue de bleu et de jaune, Nadiia Fedorova, une Ukrainienne installée dans la capitale finlandaise, aimerait que le gouvernement fasse un pas de plus et ferme la frontière de plus de 1300 kilomètres que le pays partage avec la Russie.

« Ces gens étaient d’accord quand, pendant sept mois, c’étaient d’autres personnes qui tuaient des Ukrainiens. Ils étaient silencieux. Aujourd’hui ils ont peur pour leur vie, c’est tout. »

— Une citation de  Nadiia Fedorova, membre de l’Association des Ukrainiens de Finlande

Je ne me sens pas en sécurité, ajoute cette femme, qui dénonce la présence croissante de ressortissants russes dans les rues de sa ville d’adoption.

Ryyppö Tuukka, un Finlandais présent à la manifestation, estime aussi que la plupart des gens qui fuient la mobilisation ne sont pas nécessairement contre la guerre, mais plutôt contre la manière dont elle est menée.

Il juge néanmoins que son pays devrait continuer d’accueillir certains demandeurs d’asile. Comme à l’époque de l’Union soviétique, lorsque nous accueillions les gens qui en avaient vraiment besoin, lance-t-il.

De l’autre côté de la rue, en face de la manifestation, le député social-démocrate et ancien ministre des Affaires étrangères Erkki Tuomioja explique que s’il est d'accord avec les restrictions sur le point d’être imposées pour les visas touristiques, il croit lui aussi qu’on ne peut pas entièrement fermer la frontière.

Une manifestation contre la guerre en Ukraine à Helsinki.

Chaque semaine, Finlandais et Ukrainiens installés à Helsinki organisent une manifestation dans la capitale.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

« Évidemment, nous ne voulons pas que quiconque participe à une guerre illégale et prenne part à des crimes de guerre. Nous devons aider les gens qui veulent éviter d’y aller. »

— Une citation de  Errki Tuomioja, député social-démocrate

L’élu souhaiterait que les pays européens adoptent une stratégie commune pour faire face à la situation, ce qui n’est pas le cas pour l’instant.

Cela divise l’Union européenne, ce qui est aussi l’objectif de la Russie, explique Errki Tuomioja.

Entre pays baltes et Allemagne, des visions opposées

Si fin août, les pays membres de l’Union européenne se sont entendus pour compliquer l’obtention de visas touristiques par les citoyens de Russie, des divisions demeurent sur les prochaines étapes.

Dès septembre, les gouvernements de l’Estonie, de la Lituanie et de la Lettonie, d’anciennes républiques soviétiques aujourd’hui membres de l’Union européenne, ont annoncé la suspension de l’octroi de visas touristiques aux ressortissants russes. La Pologne a également adopté une politique similaire.

Quelques semaines plus tard, ces pays, qui partagent des frontières avec la Russie et la Biélorussie, ont annoncé qu’ils allaient cesser d’autoriser l’entrée sur leur territoire aux touristes russes.

Cette approche est bien différente de celle d’autres pays, comme l’Allemagne, où les autorités se sont montrées favorables à l’accueil de Russes qui fuient la mobilisation partielle décrétée par Moscou.

Quiconque déteste Poutine et aime la démocratie libérale est le bienvenu en Allemagne, a écrit sur Twitter le ministre allemand de la Justice, Marco Buschmann.

Le chercheur Timo Miettinen de l'Université d'Helsinki.

Le chercheur Timo Miettinen constate que les pays européens sont divisés sur l'accueil réservé aux Russes qui fuient la conscription.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

À l’exception de certains dossiers touchant les enjeux énergétiques, les pays européens ont été plutôt unis dans leur réponse à l’invasion russe de l’Ukraine, estime le chercheur à l’Université d’Helsinki, Timo Miettinen.

Mais quand vient le temps d’aborder la protection humanitaire des soldats russes, on constate qu’une entente ou un compromis n’est pas évident à trouver, constate-t-il.

Avec sa quasi-interdiction d’entrée aux touristes, la Finlande est le dernier État membre à se prononcer dans ce dossier. Une décision suivie avec attention partout en Europe, puisque pour de nombreux ressortissants russes, le pays nordique n’était qu’un point de transit vers d’autres destinations.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !