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Lévis : la promesse d’un troisième lien sans étalement urbain

Le fleuve Saint-Laurent et les côtes de Lévis

De la Rive-Nord, on peut apercevoir les nombreuses grues érigeant des immeubles dans la ville voisine de Lévis.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

L'irrésistible croissance de la ville de Lévis s'est faite au prix de plus de 1000 hectares de terres agricoles en trois décennies. Alors que la valse des grues se poursuit, on y promet un tunnel autoroutier à quatre voies sans provoquer d'étalement urbain et sans piger dans le garde-manger collectif. Mirage ou réelle possibilité?

Il reste encore de grandes terres cultivables sur le territoire lévisien.

Certaines sont cependant de plus en plus enclavées par la brique et le bitume. Sur le chemin des Forts, entre l'autoroute 20 et la cité Desjardins, une poignée de parcelles résistent toujours aux pressions immobilières.

À l'ouest, logements et condos poussent comme des champignons dans le secteur de la rue Saint-Omer et du boulevard Étienne-Dallaire. À l'est, dans l'axe de la route Monseigneur-Bourget, on envisage la sortie du tunnel Québec–Lévis promis par le gouvernement sortant de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Le tracé du tunnel Québec-Lévis sur un fond de carte Google Earth. Le tunnel partirait d'Expocité, passerait par le centre-ville de Québec et déboucherait sur la route Monseigneur-Bourget.

Le tracé projeté du troisième lien déboucherait en zone agricole à la hauteur de l'échangeur de la route Monseigneur-Bourget et de l'autoroute 20.

Photo : Radio-Canada / Google Earth

Radio-Canada a pris contact avec deux propriétaires de ces rares terrains au nord de la Transcanadienne. Ils en ont long à dire, mais préfèrent ne pas faire de bruit et se tenir loin des caméras. Les deux ont moins d'années devant eux que derrière. Faute de relève, l'avenir de leurs terres ne serait pas nécessairement agricole.

Il faut bien développer la ville quelque part, se disent-ils.

Tous deux sont en faveur de la construction d'un lien routier pour aller rejoindre Québec sans passer par les ponts à l'ouest. Comme d'autres toutefois, ils attendent un signal, des études, un plan de match.

Je commence à un peu douter. M. Legault, je suis pas certain qu’il veut vraiment le troisième lien, échappe l'un d'eux au fil de la discussion. L'autre croit, comme le premier ministre sortant, qu'il faudra tôt ou tard prendre des décisions politiques et se mettre en marche.

Un terrain agricole sur lequel on voit des arbres et des serres de production maraîchère

Il reste encore quelques fermes en territoire urbain à Lévis, qui se développe à vitesse grand V.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

Impossible à développer

Qu'en pensent ces propriétaires fonciers, la Ville n'envisage pas de changer la vocation de leurs terres.

Près de Monseigneur-Bourget, il y en a qui aimeraient bien qu'on dézone, reconnaît Guy Dumoulin, vice-président du comité exécutif à la Ville de Lévis.

Mais ces terres-là vont être barrées pour les 25 prochaines années, promet celui qui est aussi président de la Commission consultative d’urbanisme et d’aménagement. Elles seront en effet retirées du périmètre métropolitain dans le prochain plan d'aménagement de la Communauté métropolitaine de Québec, à laquelle siège M. Dumoulin comme représentant de Lévis.

Le maire de Lévis accompagné de son nouveau bras droit Guy Dumoulin.

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier et Guy Dumoulin, au centre, estiment que leur administration a pris les moyens pour éviter l'étalement urbain malgré la présence d'un éventuel troisième lien.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

La Ville juge qu'elle a suffisamment de territoire dézoné pour se développer sans empiéter dans la zone verte pour au moins deux décennies. Ce qui reste de terres fertiles est sacré, jure le conseiller du district de Saint-Jean-Chrysostome.

L'administration du maire Gilles Lehouillier a même demandé aux promoteurs d'arrêter de frapper à la porte pour tenter d'obtenir des permis de construction en zone agricole.

« On a été clair avec les promoteurs. Venez-pas nous achaler pour les zones agricoles. »

— Une citation de  Guy Dumoulin, conseiller de Saint-Jean-Chrysostome et vice-président du comité exécutif

Pas d'étalement urbain

Seul un décret gouvernemental forçant le dézonage pourrait changer la donne, souligne M. Dumoulin en parlant de la sortie du pont-tunnel entre les deux rives. À ce sujet, il concède que Lévis n'aura pas complètement le contrôle de sa destinée.

Malgré cela, M. Dumoulin n'en démord pas : l'étalement urbain craint par certains critiques du projet de troisième lien n'aura pas lieu. En tout cas pas à Lévis.

« C'est une fausseté. Il faut que les gens comprennent que le développement en territoire agricole, c'est les villes qui décident ça. Si une ville décide qu'elle ne veut pas développer, c'est impossible. »

— Une citation de  Guy Dumoulin

Lévis travaille au contraire, plaide-t-il, à densifier ses grands axes comme le boulevard Guillaume-Couture pour éviter de déborder ailleurs. Dans le secteur Desjardins par exemple, exit le bungalow et la maison unifamiliale, seuls les projets de moyenne ou haute densité sont acceptés.

À part le troisième lien, le ou la prochaine représentante de la circonscription de Lévis à l'Assemblée nationale, selon M. Dumoulin, devra aider la ville à développer ses infrastructures de transport collectif et actif. Notre part dans ça, c'est de s'assurer qu'on a du monde pour embarquer dans nos autobus. C'est pour ça qu'on développe nos grands axes.

Promesse intenable

Peu importe les assurances données par les élus de Lévis et les promoteurs du projet, l'étalement urbain ne peut être exclu des conséquences potentielles, selon certains.

Le consensus chez les experts est que l’augmentation de la capacité routière constitue un puissant incitatif à l’étalement et à l’utilisation de l’automobile, écrivait le président de l'Ordre des urbanistes du Québec dans une lettre ouverte diffusée le printemps dernier. Stéphane Gariépy y dénonçait des propos jugés trompeurs du ministre sortant des Transports, François Bonnardel au sujet de l'étalement urbain.

La sortie de la route Monseigneur-Bourget sur l'autoroute 20.

La sortie de la Rive-Sud du tunnel Québec-Lévis doit arriver dans le secteur à la hauteur de la route Monseigneur-Bourget sur l'autoroute 20.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Officiellement ni pour ni contre le troisième lien, l'Union des producteurs agricoles (UPA) partage néanmoins les mêmes craintes.

Son président, Martin Caron, invite les décideurs à éviter les arguments populistes et à encourager une réflexion profonde, à long terme sur le projet de troisième lien entre Québec et Lévis. Il faut faire ça intelligemment et prendre le temps d'y penser, dit-il en entrevue à Radio-Canada. Quand on commence à faire des axes et des tronçons routiers, ça amène des enjeux majeurs au niveau de la protection des terres agricoles.

M. Caron rappelle au passage que le gouvernement provincial s'est engagé à protéger son territoire agricole dans sa Politique de l'architecture et de l'aménagement du territoire.

Le document présenté en juin dernier encourage l'adoption de formes d’aménagement qui permettent de contrer la perte de milieux naturels et de territoires agricoles. On y affirme aussi que l'étalement urbain est coûteux pour le Québec.

Selon les données de l'UPA, seul 3.7 % du territoire québécois est zoné agricole, dont seul 1.1 % est cultivé à l'heure actuelle. Chaque perte d'un territoire déjà restreint ne peut être récupérée, prévient Martin Caron.

« Cette richesse-là, c'est un bien collectif, et il faut avoir une vision collective. »

— Une citation de  Martin Caron, président de l'Union des producteurs agricoles

Impossible à ignorer

En attendant une décision officielle, Lévis a dépassé le cap des 151 000 résidents l'an dernier et ses dirigeants se font une fierté d'avoir atteint leur objectif démographique pour 2023 deux ans plus tôt que prévu.

À coup de 1500 nouveaux citoyens chaque année, la ville pointe régulièrement dans les palmarès pour son boom économique et son boom démographique.

Ce développement à vitesse grand V vient avec son lot d'inconforts. Pris dans le trafic, en mal de transport en commun et souvent abandonnés par sa bucolique traverse fluviale, les Lévisiens ont du mal à se mouvoir entre les deux rives.

Selon les plus récents sondages, trois quarts d'entre eux voient un tunnel autoroutier sous le fleuve Saint-Laurent comme une planche de salut.

Le fleuve Saint-Laurent sur lequel naviguent deux traversiers. En arrière-plan, la côte de Lévis

Ces jours-ci, seul un traversier transporte des voitures de part et d'autre du fleuve, causant des délais aux heures de pointe.

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

L'enjeu est si prenant à Lévis qu'aucun parti en lice n'a pu l'ignorer. La Coalition avenir Québec (CAQ) promet un allier indéfectible en l'aspirant-député Bernard Drainville.

Les conservateurs d'Éric Duhaime préfèreraient un pont, jugé moins cher, qui passerait par l'île d'Orléans.

Le Parti québécois propose un tunnel réservé uniquement au passage d'un train léger.

Québec solidaire ne prévoit aucun tunnel et propose plutôt de développer un réseau interrives de service rapide par bus.

Le Parti libéral du Québec veut quant à lui connecter le tramway de Québec à la Rive-Sud, mais n'a pas précisé de quelle manière, sans exclure un tunnel sous-fluvial.

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