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Les agriculteurs durement touchés par l’inflation : « on passe au cash »

Pendant la campagne électorale, les candidats des principaux partis se sont tous engagés à en faire plus afin d’aider les producteurs de la région, qui contribuent à garnir chaque année le garde-manger des Québécois.

Maurice Migneault devant des vaches.

Maurice Migneault, de la ferme Complémenterre, à Mont-Brun.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

En Abitibi-Témiscamingue, les préoccupations soulevées par les producteurs agricoles sont nombreuses. Il y a le morcellement des terres, le manque de vétérinaires, l'adaptation aux changements climatiques et la difficulté à assurer une relève à long terme.

En parcourant la région, on se rend compte que deux préoccupations figurent toutefois au sommet de la liste d’une majorité de producteurs : les hausses de coûts provoquées par l’inflation et l’absence d’un abattoir sur le territoire.

C’est sûr et certain qu’on passe au cash

Pour Kamylle Béchard-Plourde, copropriétaire des Jardins tomates et camomille, à Rouyn-Noranda, il n’y a pas de doute que la rentabilité figure au sommet des préoccupations de nombreux producteurs.

Kamylle Béchard-Plourde devant un bâtiment de Tomates et camomille

Kamylle Béchard-Plourde, copropriétaire des Jardins tomates et camomille

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Ça a toujours été ça, mais là c’est encore plus criant, c’est vraiment un enjeu de rentabilité. On est en climat nordique, donc rentabiliser les infrastructures sur une courte saison comme celle en Abitibi-Témiscamingue, ça a toujours été un enjeu. En 2022, avec toute la hausse des intrants, la hausse des équipements, ça fait mal, affirme la productrice maraîchère.

La circonscription de Rouyn-Noranda–Témiscamingue est couverte de terres agricoles du nord au sud, de Mont-Brun à Saint-Édouard-de-Fabre.

Le copropriétaire du Ranch Témisca Augustin Cormier abonde dans le même sens. Il souligne la hausse vertigineuse du prix des plastiques d’ensilage en 2022 pour illustrer la difficulté pour une entreprise agricole d’atteindre le seuil de rentabilité.

Augustin Cormier devant un champ où se trouvent des vaches

La ferme d'Augustin Cormier est située à Saint-Édouard-de-Fabre.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Ce producteur de veaux d’embouche, élevés pour la viande, soutient que plusieurs de ses collègues doivent se trouver un deuxième emploi afin d’arriver à la fin du mois. Une observation partagée par Kamylle Béchard-Plourde.

« Ce que j’observe autour de moi, c’est que la plupart des producteurs doivent combler et aller chercher un travail à l’extérieur. Mais quand on fait ça, on n’est pas en train de donner des heures à notre entreprise et à la rendre plus performante. »

— Une citation de  Kamylle Béchard-Plourde

À Mont-Brun, le producteur Maurice Migneault, de la ferme Complémenterre, souligne qu’en plus des prix du diesel, qui ont presque doublé en un an, le prix des pièces et des équipements représente maintenant un fardeau difficile à porter pour plusieurs agriculteurs.

Le pire, c’est les pièces de machinerie. Ça n’a plus aucune logique. Les garages ne tiennent à peu près plus d’inventaire parce que c’est trop dispendieux pour eux. Il y a des affaires vraiment illogiques. De petits ressorts, ils étaient 980 $ l’automne passé quand on voulait en acheter. Normalement, ça devrait valoir en bas de 20 $, illustre M. Migneault.

Des vaches mangent du foin.

Pour Maurice Migneault, de nombreux facteurs font en sorte qu'il coûte de plus en plus cher de s'occuper de ses vaches et de sa ferme à Mont-Brun.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Il compte près de 50 ans d’expérience dans le domaine, mais il redoute le moment où il devra passer sa commande de semences pour l’an prochain : C’est sûr et certain qu’on passe au cash, annonce-t-il.

Absence d’abattoir : un frein à l’autonomie alimentaire

Au-delà des hausses de prix et de l’inflation, l’absence d’un abattoir à inspection permanente ralentit les ardeurs des producteurs bovins de l’Abitibi-Témiscamingue qui souhaiteraient contribuer à accroître l’autonomie alimentaire de la région.

Pour Augustin Cormier, la mise sur pied d’un tel abattoir doit faire partie des priorités du candidat qui sera élu dans Rouyn-Noranda–Témiscamingue.

Des vaches et des veaux dans le pâturage.

Des vaches et des veaux dans le pâturage au Ranch Témisca, à Saint-Édouard-de-Fabre

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Sur les plans économique et environnemental, il s’agit pour lui d’un non-sens de devoir faire parcourir autant de kilomètres à ses bêtes pour les faire abattre.

Le discours est le même du côté de Maurice Migneault, qui ajoute qu’après le départ d'un animal de la région, il est difficile de suivre sa trace.

Ce qu'il y a de grave, nos animaux de la région, ils se perdent. Essaie pas de les retrouver. J’ai travaillé au syndicat et on entendait : "J’envoie une vanne et cette semaine je voudrais en rapporter 10". On leur répondait : "Non, ce n’est pas de même que ça marche, nous on abat à la chaîne, alors ça peut être 10 des tiens, ça peut être 10 des voisins", se rappelle-t-il.

« Je dirais qu'au-dessus de 90 % de nos animaux abattus sont abattus aux États-Unis. C’est tout mélangé, il peut rester là-bas et nous, on reçoit du bœuf américain. »

— Une citation de  Maurice Migneault

Selon lui, les consommateurs sont prêts à débourser un peu plus d’argent pour consommer de la viande locale et biologique, qui n’a jamais quitté la région.

Oui, ça peut nous coûter un ou deux sous la livre de plus le faire abattre ici, mais là on va le suivre, on va le tracer et on ne perdra pas de qualité. L’abattage, c’est difficile. Quand ton animal fait 800-900 kilomètres, il y a 3 à 5 % de perte de poids et l’animal devient nerveux, alors ça influence un peu la qualité de la viande, explique-t-il.

Des vaches mangent du foin à même une balle de foin dans un champ.

Les veaux mangent à l'extérieur à la ferme Complémenterre de Mont-Brun.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Pour la copropriétaire de la Boucherie des Praz Christel Groux, dont le projet d’abattoir a été mis sur pause le printemps dernier, le prochain gouvernement devra démontrer de l’ouverture afin de modifier le cadre législatif et de fournir un appui financier s’il désire voir aboutir le projet d’abattoir.

J’aimerais rencontrer le prochain ministre de l’Agriculture pour pouvoir lui parler du cadre réglementaire et des normes des programmes, pour voir comment on est capable de ficeler quelque chose. Ultimement, ce qu’on veut, c’est un abattoir, mais on veut aussi pouvoir rester en affaires, donc il faut que les programmes financiers soient en mesure de nous accompagner adéquatement là-dedans, dit-elle.

Christel Groux devant son commerce à Rouyn-Noranda.

Christel Groux souhaite construire un abattoir à Notre-Dame-du-Nord.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Christel Groux souligne qu’en raison notamment des hausses de coûts, le projet de son entreprise consiste maintenant à rénover et mettre aux normes l’abattoir de proximité existant à Évain, plutôt que d’en construire un nouveau à Notre-Dame-du-Nord.

Des producteurs amenés à quitter le métier?

Alors que l’âge moyen des producteurs agricoles s’établit à près de 55 ans en Abitibi-Témiscamingue, plusieurs observateurs se préoccupent de l’attractivité du métier pour la relève.

Selon Maurice Migneault, le risque de voir de jeunes entrepreneurs quitter le métier en raison du manque de rentabilité est bien présent.

C’est bien sûr, parce que ça prend de gros tracteurs pour faire ce qu’on fait. Le dernier qu’on a acheté il y a trois ans nous a coûté 330 000 piastres. Un gars qui commence qui a 25, 30, 40 vaches, il ne peut pas se permettre d’acheter des tracteurs de même, affirme-t-il.

Un tracteur devant une grange.

Les producteurs bovins de l'Abitibi-Témiscamingue doivent investir des montants importants pour se procurer de la machinerie.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

J’ai peur qu’on soit une gang à ne pas passer à travers cette vague-là, constate également Kamylle Béchard-Plourde. Les moyennes entreprises ne se développeront peut-être pas, on va peut-être plus rester tout le monde des petites entreprises parce qu’on va devoir travailler à l’externe pour combler le coût de la vie.

Les candidats engagés à soutenir les agriculteurs

Pour le candidat du Parti conservateur du Québec Robert Daigle, l’inflation constitue présentement le problème majeur pour les agriculteurs.

Il faut couper dans les prix de l’essence. Les taxes de l’essence doivent être enlevées immédiatement, ça va les aider directement. Il y a aussi toute l’histoire des engrais au niveau du fédéral. Il y a tellement d’enjeux, c’est tellement complexe, mais M. Duhaime a été clair à ce niveau-là : nous, ce qu’on va faire, c’est qu’on va [se concentrer] sur aller écouter ces gens-là, cibler leurs besoins et prendre des actions concrètes rapidement, promet-il.

Robert Daigle posant pour la caméra.

Robert Daigle, candidat du Parti conservateur du Québec dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue

Photo : Radio-Canada / Guillaume Renaud

Pour le candidat du Parti québécois Jean-François Vachon, l’indépendance du Québec permettrait de répondre à plusieurs problèmes en donnant davantage de pouvoir aux décideurs locaux.

M. Vachon croit que des incitatifs fiscaux doivent être mis en place à court terme afin d’épauler les jeunes agriculteurs.

La relève doit être aidée. Ce qu’on a fait, c’est qu’on a mis en place un prêt à long terme qui est bas et à taux fixe. Ça va permettre une prévisibilité pour les agriculteurs qui vont être capables d’emprunter à un taux intéressant. On veut aussi s’assurer qu’il y ait des incitatifs fiscaux pour les vendeurs qui vendent à la relève, donne-t-il en exemple.

Jean-François Vachon derrière le micro de Radio-Canada, en studio.

Jean-François Vachon, candidat du Parti québécois dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Le candidat du Parti libéral du Québec Arnaud Warolin propose pour sa part de mettre en place à court terme une mesure d’aide financière particulière pour les producteurs aux prises avec une situation financière difficile.

Au-delà de cet engagement, M. Warolin souhaite, s’il est élu, faire du dossier de l’abattoir une priorité.

Pour moi, c’est une priorité absolue. On va devoir avoir du leadership là-dessus et arrêter de faire porter le développement d’une filière seulement sur les épaules de quelques personnes. L’abattage, comme le disait François Gendron, c’est un mal nécessaire. Il faut absolument avoir des infrastructures pour pouvoir permettre aux agriculteurs de transformer leur viande, considère-t-il.

Arnaud Warolin, posant sur une terrasse, au bord d'un lac.

Arnaud Warolin, candidat du Parti libéral du Québec dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Selon la députée sortante et candidate de Québec solidaire, Émilise Lessard-Therrien, les gouvernements provincial et fédéral devront en faire davantage afin que se concrétise un projet d’abattoir en Abitibi-Témiscamingue.

Ça fait combien d’années qu’on en parle, des enjeux d’abattage? D’avoir un abattoir en région. Ça fait partie de notre plateforme de créer un réseau d’abattoirs publics parce qu’on sait à quel point c’est problématique de le financer dans le privé. Il faut assumer que c’est une infrastructure névralgique qui doit être financée par l’État, soutient-elle.

Émilise Lessard-Therrien entourée de pancartes électorales de Québec solidaire.

Émilise Lessard-Therrien, candidate de Québec solidaire dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue

Photo : Radio-Canada / Lise Millette

De son côté, le candidat de la Coalition avenir Québec Daniel Bernard rappelle que des ententes temporaires existent pour permettre la consommation de viande abattue de l’autre côté de la frontière ontarienne.

Il compte travailler sur cette base afin d’en arriver à des règles permanentes, qui pourraient par exemple permettre aux producteurs de l’Abitibi-Témiscamingue de faire abattre leurs bêtes dans les installations de Belle-Vallée, à quelques kilomètres seulement de Notre-Dame-du-Nord.

Daniel Bernard dans son bureau.

Daniel Bernard, candidat de la Coalition avenir Québec dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Il existe des ententes dans le cadre de la Foire gourmande, pour que les gens puissent faire abattre en Ontario et venir vendre au Québec. La base est déjà là, il s’agit maintenant de le rendre conforme sur une base annuelle. Je suis convaincu qu’on va réussir à l’avoir au cours du prochain mandat, déclare-t-il.

Une illustration montrant les visages des principaux partis.

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