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De plus en plus de problèmes de santé mentale chez les agents correctionnels au Manitoba

Un agent correctionnel vu de dos examine des caméras de surveillance dans un centre correctionnel.

Un ancien agent correctionnel du Manitoba dit que les problèmes psychologiques liés à son travail sont devenus trop difficiles à vivre et qu'il a quitté son emploi.

Photo : Gracieuseté du Syndicat des employés gouvernementaux et généraux du Manitoba

Radio-Canada

Un ancien agent correctionnel du Manitoba dit souffrir de problèmes de santé mentale après avoir vécu de la violence, tant verbale que physique, et vu des détenus tenter de se faire du mal.

L'ancien employé, à qui CBC/Radio-Canada a accordé l'anonymat par crainte des répercussions pour son avenir professionnel, dit qu'il souffre de douleurs graves à la poitrine et d'un ulcère d'estomac. Son médecin lui a dit que c'était le résultat direct de stress.

Le cinquième des réclamations auprès de la Commission

En 2021, plus d'un cinquième de toutes les demandes d'indemnisation déposées pour des problèmes psychologiques émanaient d'agents correctionnels, selon les données de la Commission des accidents du travail du Manitoba.

Ces réclamations peuvent aller du syndrome de stress post-traumatique aux troubles mentaux, en passant par un état dépressif, de l'anxiété, du stress et de l'épuisement professionnel.

Ces chiffres sont révélateurs, mais en aucun cas surprenants, selon l'ancien agent correctionnel.

Les choses s'améliorent, mais il y a beaucoup de stigmatisation autour du fait de se présenter et de se sentir ainsi. Nous ne sommes pas censés être touchés mentalement par ces événements. Cela fait partie du travail, comme on dit, explique l'ancien agent correctionnel.

Les données montrent que le nombre de demandes pour des problèmes psychologiques acceptées par la Commission des accidents de travail du Manitoba a plus que doublé entre 2018 et 2021, passant de 39 à 83.

Les réclamations liées aux syndromes de stress post-traumatique sont passées de 11 en 2018 à 24 en 2021.

Ces données ont été obtenues par une demande d'accès à l'information effectuée par le Syndicat des employés gouvernementaux et généraux du Manitoba (SGEM), qui représente les agents correctionnels.

Je pense que les chiffres montrent qu'ils ne reçoivent pas le soutien dont ils ont besoin, dit le président du SGEM, Kyle Ross.

Nos agents correctionnels nous disent que le travail est dur, difficile, et que les incidents qui surviennent dans le cadre du travail s'accumulent. Cela peut se produire durant des heures supplémentaires, et à force d'accumulation, ils s'effondrent.

Kyle Ross, président du  Syndicat des employés gouvernementaux et généraux du Manitoba, photographié à Winnipeg en septembre 2022.

Le président du Syndicat des employés gouvernementaux et généraux du Manitoba, Kyle Ross, affirme que les agents correctionnels ne reçoivent pas le soutien dont ils ont besoin.

Photo : Radio-Canada / Ian Froese

L'agent correctionnel à la retraite qui a parlé à CBC se reconnaît. Il affirme que les incidents et les interactions négatives se sont accumulés jusqu'à ce qu'il ne soit plus capable de les supporter.

Il se souvient d'une intervention où une détenue lui a violemment tiré les cheveux.

Il a aussi en mémoire des menaces faites à son endroit, où des détenus voulaient s'en prendre à son intégrité physique et à sa famille.

Il n'y a pas moyen d'y échapper. En allant au travail, on se dit : "OK, qu'est-ce que je vais avoir à affronter aujourd'hui? Qui va crier, hurler, jurer, me menacer?"

En 2021, les données de la Commission des accidents de travail du Manitoba montrent que les agents correctionnels dont les demandes ont été acceptées ont été absents 61 jours de plus, en moyenne, que les autres travailleurs ayant subi un traumatisme psychologique au travail.

Selon l'experte en sécurité publique Rosemary Ricciardelli, qui a écrit plusieurs livres sur le système correctionnel, la société et les gouvernements doivent s'assurer que les centres de détention sont un environnement propice à la réhabilitation.

Pour ce faire, dit-elle, le bien-être du personnel et des détenus doit être pris en compte.

Elle note que le travail des agents correctionnels au Canada est devenu plus difficile au fil du temps. Ils doivent assumer de plus grandes responsabilités et établir des relations avec les détenus pour participer à leur réhabilitation, ce qui peut être éprouvant sur le plan psychologique.

Une nouvelle unité pour le bien-être

Le gouvernement du Manitoba déclare qu'il a réagi aux difficultés du travail des agents correctionnels en créant une nouvelle unité axée sur la sécurité, la santé et le bien-être des employés.

Un poste de coordinateur a également été créé afin d'assurer la liaison entre la Commission des accidents de travail et l'employeur.

Le Syndicat a pour sa part lancé une campagne publicitaire afin de mettre la lumière sur les défis dans le secteur correctionnel et pour que les employés disposent des ressources nécessaires et de soutien en matière de santé mentale.

Avec les informations d'Ian Froese

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