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Loyers élevés, défis administratifs : immigrer est un parcours compliqué en Alberta

Astrid Loïc avec sa conjointe et les deux autres familles camerounaises.

Avec la crise du logement à Calgary, de nouveaux arrivants et des familles nombreuses étrangères sont obligés de louer un Airbnb, comme c'est le cas pour Astrid Loïc et ses proches.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Des immigrants s’installant à Calgary ont de la difficulté à trouver un logement à cause des prix, mais aussi pour des raisons administratives. Certains sont obligés de se tourner vers leur communauté locale sur place pour les aider dans ce processus.

Astrid Loïc Baniaken Fopa est arrivé à Calgary il y a 10 jours. Il est venu du Cameroun avec sa conjointe et deux autres familles. Le groupe de sept personnes vit ensemble dans un Airbnb de deux chambres et deux douches.

Le Camerounais est résident permanent canadien. Il a rempli ses documents avant de quitter son pays. Il a reçu une invitation pour venir s’établir au Canada parce qu'il est ingénieur en génie civil, un profil recherché dans la province.

En voyant qu’ils allaient tous à Calgary et qu’ils avaient tous de la difficulté à trouver un logement, ils ont décidé d’emménager ensemble pour s’entraider jusqu’à ce qu’ils puissent trouver un logement chacun de leur côté.

Le Camerounais explique que le plus gros défi en arrivant au Canada est la procédure pour avoir un logement.

Astrid Loïc Baniaken Fopa.

Astrid Loïc Baniaken Fopa est parti de Douala, au Cameroun, pour emménager à Calgary avec sa conjointe et deux autres familles il y a dix jours.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Pour avoir un logement, les propriétaires leur demandent une forme de garantie qu’ils sont aptes à payer comme une preuve d’historique de crédit. Même s’il en avait une au Cameroun, Astrid Loïc explique que les propriétaires en demandent une venant d’une banque canadienne.

La garantie peut aussi être un garant, c’est-à-dire une personne qui est déjà établie au Canada, qui a un historique de crédit au Canada, et qui parfois va jusqu’à payer le loyer mensuel en leur nom. Le garant reçoit le montant du loyer de la part du locataire et il le remet ensuite au propriétaire en attendant que le locataire ait son compte bancaire canadien et les documents nécessaires.

Pour une personne qui n’a pas de famille et qui n'a personne au Canada, c’est difficile de demander à quelqu’un ce genre de chose, explique Astrid Loïc.

« Même s'il faut un travail, ce n’est pas en arrivant sur place qu’on va pouvoir en avoir un. »

— Une citation de  Astrid Loïc Baniaken Fopa, nouvel arrivant camerounais

Astrid Loïc est entré en contact avec la communauté camerounaise de Calgary pour l’aider dans sa recherche de logement. Il n’a toujours pas trouvé de logement, mais il a trouvé un bon samaritain qui lui a offert d’agir comme garantie d’un éventuel logement.

Le Camerounais explique que son groupe déménagera ensemble dans le prochain logement et qu’une fois qu’ils seront tous bien installés et auront tous leurs documents administratifs, ils iront chacun de leur côté.

Difficulté à trouver un logement

Karim Mennas, coordinateur des services pour les travailleurs francophones au Centre d’accueil des nouveaux arrivants francophones (CANAF) de Calgary, explique que la plupart des gens s'installent d’abord dans un Airbnb.

Ce mois-ci, cela a été le cas d'une dizaine de familles. Le problème, c'est qu'elles restent plus qu'un mois. Karim Mennas estime qu'il y a beaucoup de gens qui arrivent en Alberta depuis l’ouverture des frontières et la levée des restrictions sanitaires.

Gautier Djeukam, directeur des projets et gestionnaire du programme d'accueil des nouveaux arrivants à l'association camerounaise canadienne de Calgary, affirme qu’il y a une nette accélération de l'arrivée de nouveaux arrivants depuis juin et juillet.

Gautier Djeukam.

Gautier Djeukam travaille à l'association camerounaise canadienne de Calgary depuis 7 ans.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Son association a reçu une vingtaine de nouvelles demandes et est en train d’aider cinq familles à s’installer dans la métropole albertaine.

L'association aide les nouveaux arrivants à obtenir un contact sur place pour aller visiter les logements, mais aussi pour connaître la réalité du terrain une fois qu’ils arrivent.

Gautier Djeukam précise que la barrière de la langue est souvent une des raisons pour lesquelles les gens viennent à l'association. La majorité des personnes qui me contactent au niveau de l'association sont francophones, dit-il.

Changer la culture autour du logement

Karim Mennas pense qu'avec la crise du logement en ce moment à Calgary, beaucoup de nouveaux arrivants vivent dans des logements temporaires et que les propriétaires ont le gros bout du bâton.

Selon Gautier Djeukam, les problèmes qui expliquent la situation dans laquelle se retrouvent certains immigrants sont la discrimination structurelle et culturelle de la part des propriétaires de logements.

Ceux-ci exigent un historique de crédit, voire des talons de paie, pour louer leur logement. Chose qui ne se fait pas au Cameroun.

Peu de gens vont avoir un travail avant d'arriver sur place, dit-il. Comment est-ce que nous voulons qu'ils aient les trois [talons de paie], c'est impossible!

Il explique aussi que peu de propriétaires comprennent la réalité des familles africaines nombreuses qui viennent s’installer à Calgary.

« Les Africains ont de grandes familles. [Lorsque] vous allez contacter un [propriétaire], il vous [dira] : ''Oh non, je veux juste un papa et une maman. Pas d’enfants.'' Où est-ce qu'on va mettre les enfants, au nom de Dieu? »

— Une citation de  Gautier Djeukam, directeur des projets, association camerounaise canadienne de Calgary

Gautier Djeukam pense qu’il faut créer de petits programmes pour aider les familles immigrantes qui arrivent au Canada et sensibiliser la population pour éviter la discrimination structurelle.

Karim Mennas, quant à lui, croit qu’il faut, à court terme, mettre en place des logements spécifiques pour les immigrants pour qu’ils puissent y vivre durant les premiers mois après leur arrivée.

Il ajoute que, dans l’absolu, il faudrait davantage de logements pour les locataires et limiter l’augmentation des loyers en Alberta, comme dans d’autres provinces.

Avec les informations d’Axel Tardieu

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