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Irak : 13 morts dans des frappes de Téhéran contre l’opposition kurde iranienne

Un militaire kurde devant les décombres d'une maison et de la fumée.

Un peshmerga (combattant kurde) inspecte les dommages après une frappe iranienne qui a causé la mort d'au moins neuf personnes le mercredi 28 septembre.

Photo : afp via getty images / -

Agence France-Presse

Au moins 13 personnes ont été tuées et une cinquantaine blessées, dont des femmes et des enfants, mercredi au Kurdistan d'Irak dans des frappes iraniennes contre des groupes armés de l'opposition kurde iranienne qui dénoncent la répression des manifestations en République islamique.

Le gouvernement fédéral irakien et le pouvoir régional du Kurdistan autonome, dans le nord du pays, ont condamné plusieurs frappes de missiles et d'autres menées selon Bagdad par 20 drones chargés d'explosifs.

L'attaque a aussi été dénoncée par Washington, Berlin et Londres.

Bagdad a dit avoir convoqué l'ambassadeur d'Iran pour protester contre les attaques, la diplomatie irakienne fustigeant des actions provocatrices.

Revendiqués par Téhéran, ces bombardements ont fait 9 morts et 32 blessés, a annoncé le ministre de la Santé du Kurdistan, Saman al-Barzanji, au chevet des victimes dans un hôpital d'Erbil, capitale de la région autonome.

Des peshmergas du Kurdistan irakien sortent l'un des leurs d'une ambulance après une frappe iranienne dans la région d'Altun Kupri.

Des peshmergas du Kurdistan irakien sortent l'un des leurs d'une ambulance après une frappe iranienne dans la région d'Altun Kupri.

Photo : afp via getty images / SAFIN HAMED

Là-bas, un photographe de l'AFP a vu des hommes, en majorité en treillis, transportés sur des civières, sortis d'ambulances tachées de sang, les corps bandés sur des fauteuils roulants.

Il y a des civils parmi les victimes, a indiqué un haut responsable du Kurdistan autonome.

Des réfugiés iraniens, dont des femmes et des enfants, feraient partie des victimes, a déploré sur Twitter l'antenne en Irak du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), évoquant un camp touché à Koysinjaq, à l'est d'Erbil.

« L'attaque aurait touché une école primaire où se trouvaient des élèves. »

— Une citation de  le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés en Irak

La télévision étatique kurde irakienne, K24, a indiqué que trois de ses journalistes avaient été grièvement blessés.

Mort de Mahsa Amini

Le Kurdistan d'Irak accueille plusieurs groupes d'opposition iraniens kurdes qui, historiquement, ont mené une insurrection armée contre Téhéran, même si ces dernières années leurs activités militaires sont en recul.

Ils restent toutefois très critiques sur les réseaux sociaux de la situation en Iran, partageant des vidéos sur le mouvement de protestation qui a éclaté mi-septembre dans la République islamique après la mort de Mahsa Amini, une jeune femme interpellée par la police des mœurs.

Le Parti démocratique du Kurdistan d'Iran (PDKI), un des groupes visés par les bombardements sur la région de Koysinjaq, à l'est d'Erbil, a fait état de deux morts dans ses rangs.

Des femmes brandissent des photos de Mahsa Amini lors d'une manifestation à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, le 22 septembre 2022.

Des femmes brandissent des photos de Mahsa Amini lors d'une manifestation à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, le 22 septembre.

Photo : afp via getty images / SAFIN HAMED

Sur Twitter, le PDKI a fustigé des attaques lâches.

Avec des forces américaines déployées dans le cadre d'une coalition internationale antidjihadiste, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé avoir abattu dans l'après-midi un drone iranien se dirigeant vers Erbil et qui semblait être une menace aux forces CENTCOM.

En Iran, la télévision d'État a affirmé que les forces terrestres des Gardiens de la révolution [l'armée idéologique de la République islamique] ont ciblé plusieurs quartiers généraux de terroristes séparatistes dans le nord de l'Irak avec des missiles de précision et des drones destructeurs.

Ces derniers jours, des tirs d'artillerie iraniens avaient visé à plusieurs reprises des zones frontalières du Kurdistan d'Irak, sans faire de dommages notables.

Ces frappes surviennent dans un contexte tendu en Iran, où des manifestations nocturnes ont lieu quotidiennement dans le pays depuis la mort de Mahsa Amini.

De hauts responsables à Téhéran ont d'ailleurs lié ces bombardements aux émeutes qui agitent l'Iran.

Téhéran accuse les « éléments contre-révolutionnaires »

Des combattants kurdes se rendent sur le site d'une frappe aérienne iranienne.

Des combattants kurdes se rendent sur le site d'une frappe aérienne iranienne dans le secteur de Zargwez, près de la frontière.

Photo : afp via getty images / -

Cité mardi par l'agence de presse Tasnim, un haut responsable des Gardiens de la révolution, le général Abbas Nilforoushan, évoquait des éléments infiltrés en Iran pour semer le désordre et étendre les troubles.

Ces éléments contre-révolutionnaires ont été arrêtés lors d'émeutes dans le nord-ouest; nous avons donc dû nous défendre, réagir et bombarder les environs de la bande frontalière, avait-il dit.

Par ailleurs, les frappes de mercredi ont endommagé et détruit des bâtiments dans le secteur de Zargwez, à une quinzaine de kilomètres de Souleimaniyeh, où se trouvent des locaux de plusieurs partis d'opposition armés iraniens kurdes de gauche, notamment ceux de Komala-travailleurs du Kurdistan.

Un correspondant de l'AFP à Zargwez a vu des volutes de fumée blanche s'élever d'un des sites touchés par les frappes, où des ambulances ont été dépêchées. Des habitants fuyaient les lieux, tandis que des blessés légers se faisaient soigner sur place par un médecin du parti, selon le correspondant de l'AFP.

Un nuage de fumée blanche s'élève dans les montagne après une frappe iranienne dans le secteur de Zargwez, dans le Kurdistan iranien.

Un nuage de fumée blanche s'élève dans les montagnes après une frappe iranienne dans le secteur de Zargwez, dans le Kurdistan iranien.

Photo : afp via getty images / -

La région de Sherawa, au sud d'Erbil, a également été visée par les bombardements. Des locaux du Parti de la liberté du Kurdistan ont été visés par des bombardements iraniens, a indiqué à l'AFP un responsable de ce parti d'opposition iranien, Hussein Yazdan.

Nous condamnons fermement ces attaques continues qui entraînent la mort de civils, a déclaré dans un communiqué le gouvernement du Kurdistan autonome.

Bagdad doit convoquer jeudi l'ambassadeur d'Iran pour protester contre ces attaques.

Les États-Unis ont dénoncé des attaques éhontées contre la souveraineté de l'Irak alors que le Royaume-Uni a sommé la République islamique de cesser ses bombardements aveugles au Kurdistan. Berlin a parlé pour sa part d'une escalade inacceptable.

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