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El Toro, une série dramatique sur les francophones au Manitoba dans les années 1960

La fiction dramatique, écrite et réalisée par la Franco-Manitobaine Danielle Sturk, aborde différents thèmes en lien avec l’histoire du Manitoba francophone.

Danielle Sturk, scénariste et réalisatrice, sur le plateau de tournage de la série El Toro.

Danielle Sturk, scénariste et réalisatrice, sur le plateau de tournage de la série « El Toro ».

Photo : Radio-Canada / Mathilde Gautier

El Toro est une série en six épisodes racontant la vie d’une famille franco-manitobaine, les Charbonneau, dans les années 1960. Le tournage qui a lieu au Manitoba a démarré à la mi-août et se terminera au début du mois d'octobre.

De l’histoire personnelle à l’histoire de Saint-Boniface

El Toro, c’est aussi le nom d’un restaurant que les grands-parents de la réalisatrice et scénariste Danielle Sturk possédaient dans le quartier industriel de Saint-Boniface dans les années 1960.

Le parcours de la série a débuté en 2015-2016, raconte la réalisatrice.

J'ai obtenu une subvention pour explorer la thématique du restaurant de mes grands-parents dans lequel ma mère, qui était l'aînée de huit enfants, a travaillé. Et les trois premières filles ont trouvé leurs époux dans ce casse-croûte au sein du quartier industriel de Saint-Boniface, poursuit-elle.

À l’origine, Danielle Sturk a réalisé un premier documentaire sous forme d’animation à partir d'entrevues audio avec des membres de sa famille.

« Quand j'ai ramassé ces entrevues, j'ai vraiment senti qu'il y avait autre chose qui existait là. »

— Une citation de  Danielle Sturk, scénariste et réalisatrice

Il y avait alors un gros changement au Manitoba, puis à Winnipeg, à Saint-Boniface (...) À cette époque, beaucoup de gens du Manitoba français étaient encore pris dans l'Église, le patriarcat, note Danielle Sturk.

Danielle Sturk a donc réalisé des recherches historiques sur la période des années 1960 au Manitoba francophone pour pouvoir porter à l’écran cette histoire fictive.

Rosie, le personnage principal, confronte le recteur du collège où elle va, le collège Provencher. Elle note qu’à l'Université du Manitoba, on accepte les femmes autour de 1860 alors qu’on accepte les femmes uniquement à partir de 1959-1960 à Saint-Boniface, explique Danielle Sturk.

Dans cette histoire inventée, quelques objets appartenant à la famille de Danielle Sturk se sont glissés sur le plateau du tournage, comme des photos du mariage de ses grands-parents, dans lesquelles on a substitué le de ces derniers par celui des acteurs ou encore une couverture posée sur le lit conjugal.

Photo d'un couple qui s'enlace.

Une photo des grands-parents de Danielle Sturk fait partie du décor sur le plateau de tournage de la série « El Toro ».

Photo : Radio-Canada / Mathilde Gautier

Chambre avec un lit sur lequel est posé un dessus de lit.

Danielle Sturk a utilisé des éléments de décor de la vraie vie pour venir compléter sa fiction. Ici, un dessus de lit qui avait appartenu à ses grands-parents dans les années 1960.

Photo : Radio-Canada / Mathilde Gautier

On appelle cela des "œufs de Pâques" (...) Ça ramène le vrai dans la chose, les choses qui se passent dans la série sont fictives, précise la réalisatrice.

Un témoignage sur la francophonie au Manitoba dans les années 1960

Danielle Sturk souhaite également raconter l’histoire des francophones au Manitoba.

« Des entreprises cachaient leur francophonie pour survivre. Les Jacques devenaient des Jack afin d’entrer dans le monde sans se faire trop remarquer. »

— Une citation de  Danielle Sturk, scénariste et réalisatrice

Il y avait évidemment de grands héros de la francophonie qui se sont battus tout ce temps-là, mais il y avait cette pression-là aussi, de s’assimiler aux anglophones pour survivre (...) Pour une entreprise familiale, c'était la survie. Le français n’était pas vraiment une priorité… c'était la langue qu'on parlait entre nous, raconte Danielle Sturk.

Pour moi, c’est aussi une façon d'expliquer pourquoi nous avons cet accent et les pressions que nous avons connues. On entend souvent : "Pourquoi ont-ils perdu leur français? Ce sont des lâches." Je pense qu'on ne comprend pas tout à fait le contexte dans lequel on vit. C'est une question de survie de parler l'anglais, explique Danielle Sturk.

« Notre vécu, oui, c'est important pour moi qu'on sache cela. »

— Une citation de  Danielle Sturk, scénariste et réalisatrice

J'essaie de mettre dans le scénario, la reconnaissance des religieuses qui ont maintenu la langue française en dépit des restrictions de l'enseignement du français au Manitoba et, en même temps, évidemment, le patriarcat qui a vraiment mis son pied sur les femmes, dit Danielle Sturk.

Danielle Sturk a également réalisé tout un travail autour de la place de la musique dans la francophonie manitobaine.

On a quelques scènes dans des centres communautaires où l'on voit les jeunes danser… Il y a le mouvement de la musique qui a vraiment débuté en 1967, relate Danielle Sturk.

Une série engagée sur les thèmes du féminisme et des violences

La série El Toro aborde aussi des questions autour du féminisme et de la condition des femmes

Rosie, le personnage principal, ses rêves d'université et de faire de l'argent sont en fait complètement mis à terre parce qu'ils ont fait faillite, dit Danielle Sturk.

Et puis l'annonce d'un autre bébé qui vient dans la famille pour elle veut dire d'autres travaux encore. Donc, elle doit travailler encore plus fort à la maison avec les tâches quotidiennes.

Femme debout avec un masque qui regarde un homme de dos.

Danielle Sturk sur la plateau du tournage de la série El Toro.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Danielle Sturk affirme qu’elle a joui d’une grande liberté artistique pour travailler sur des scènes en particulier.

On parle de reproduction parce que c'est les années 1960 et la pilule entrait dans les familles. La mère a plusieurs fausses couches et est accablée par son système reproductif. Rosie ne veut pas la même chose et se bat contre. Il y a des scènes que je n’ai jamais vues à la télé, explique Danielle Sturk.

Je suis très fière et très touchée de mettre ça à l'écran. Je sens la responsabilité de bien faire et de bien raconter cette histoire qui parle du sexisme, de la violence sexuelle, du racisme contre les Autochtones et contre les francophones, confie Danielle Sturk.

Une série locale à portée nationale

El Toro est une série produite par Manito Média, un producteur franco-manitobain.

Les producteurs exécutifs sont Charles Clément et Patrick Clément, alors que Jérémy Guenette agit à titre de producteur.

La grande partie de la distribution, composée d’une quarantaine d’acteurs, est franco-manitobaine, un choix important pour Danielle Sturk.

C'est une question de fierté ! Notre développement de la fiction télé au Manitoba est nouveau et date peut-être de 3 à 5 ans (...) C'est tellement bien de faire des histoires de chez nous par nous, de notre point de vue, notre perspective, s’exclame Danielle Sturk.

La série donne également une place aux jeunes actrices, avec notamment Rachel Kramer dans le rôle de Rosie, le personnage principal.

Il s'agit du premier grand rôle pour Rachel Kramer, qui a vécu entre Boston et Montréal, et à étudié à la Toronto Film School.

Jeune fille qui sourit.

Rachelle Kramer interprète le rôle de Rosie dans la série El Toro.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Je dirais que mon plus gros défi avec Rosie, c'est que je veux tellement bien dire son histoire, puis comprendre réellement l'impact d'être une femme dans les années 60, dit la comédienne.

La série sera diffusée à partir de mars 2023 par Radio-Canada sur ICI TOU.TV.

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