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Joyce Echaquan : Anglade déplore un « rendez-vous manqué » avec les Autochtones

Principe de Joyce, racisme systémique, sécurisation culturelle : les chefs ne s'entendent pas sur le chemin à emprunter vers la réconciliation.

Dominique Anglade au micro, à l'avant-plan, tandis qu'on voit Julie White à l'arrière-plan, les yeux baissés.

Dominique Anglade est de nouveau dans la région de Québec, en compagnie notamment de la candidate libérale dans Jean-Talon, Julie White.

Photo : Radio-Canada / John Jaramillo

Pour renforcer le dialogue entre Autochtones et Québécois, comme en font vœu les chefs politiques, encore faut-il que la conversation soit entamée, selon Dominique Anglade. Deux ans après la mort de Joyce Echaquan, la cheffe libérale reproche au gouvernement Legault d'avoir manqué une occasion d'améliorer ses relations avec les Premières Nations.

De l'avis de Mme Anglade, les choses auraient dû être faites autrement depuis le 28 septembre 2020.

Ce jour-là, Joyce Echaquan, originaire de la communauté atikamekw de Manawan, est morte au Centre hospitalier de Lanaudière, à Joliette. La femme de 37 ans a rendu son dernier souffle en direct sur Facebook, dans des circonstances troubles qui ont mené à l'ouverture d'une enquête publique. Elle a laissé derrière elle son mari, Carol Dubé, et leurs sept enfants.

Au terme des audiences, la coroner Géhane Kamel a conclu que le décès de Mme Echaquan aurait pu être évité : le système a failli à sa mission. Un « nécessaire rendez-vous » devra avoir lieu entre le gouvernement et les communautés autochtones, a-t-elle affirmé lors du dévoilement de son rapport.

En ce jour de commémoration de la mort de Joyce Echaquan, la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a jugé que le gouvernement n'avait pas su saisir cette occasion. La gestion de la Coalition avenir Québec a, selon elle, des allures de « rendez-vous manqué avec les nations autochtones ».

Le dossier sera réglé quand on va pouvoir avoir un dialogue, a-t-elle déclaré. Pour ouvrir la voie à ces discussions, il aurait été essentiel que l'Assemblée nationale reconnaisse d'abord le Principe de Joyce, a-t-elle poursuivi.

Ce mémoire, élaboré par le Conseil des Atikamekw de Manawan et le Conseil de la Nation Atikamekw, appelle les gouvernements du Québec et du Canada à reconnaître les droits des Autochtones en matière de santé pour assurer des relations « exemptes de racisme systémique ».

« Visiblement, entre la CAQ et nos nations autochtones, il n'y a pas une grande compréhension. »

— Une citation de  Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

Mercredi, le premier ministre sortant François Legault a souligné l'anniversaire de la mort de Mme Echaquan en rappelant le « devoir de mémoire » des Québécois.

Mais on a agi à Joliette, s'est-il empressé d'ajouter, évoquant la nomination de Guy Niquay, un Atikamekw de Manawan, à titre d'adjoint à la PDG du CISSS de Lanaudière et l'embauche d'agents de liaison autochtones depuis septembre 2020.

Le chef de la CAQ a également cité la formation en sécurisation culturelle rendue obligatoire pour les employés de l'établissement. Celle-ci a toutefois essuyé de sévères critiques de la part de spécialistes de la santé, qui l'ont qualifiée tantôt de « colonisatrice », tantôt de « nuisible ».

Est-ce qu’il reste du travail à faire? Absolument! a lancé M. Legault au micro de Midi info. On va continuer de combattre le racisme à l'égard des Autochtones.

D'aucuns auront remarqué la brève pause du chef caquiste après le mot « racisme ». Depuis la mort de Mme Echaquan, le premier ministre sortant est pressé de reconnaître l'existence du racisme systémique, mis en cause dans le décès de l'Atikamekw. Mais François Legault s'y refuse, reniant ainsi l'une des recommandations de la coroner Kamel.

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La CAQ a refusé la motion déposée par le député libéral Gregory Kelley, en vertu de laquelle les parlementaires auraient reconnu l'importance de lutter contre le racisme systémique. On aurait dû dire : oui, le racisme systémique, ça existe, a jugé Dominique Anglade mercredi.

Sur cette question, Mme Anglade trouve dans son homologue de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, un allié qui a déjà joint sa voix à celle de la libérale pour appeler François Legault à « reconnaître le problème » afin de mieux le régler.

Je n'ai pas de solution magique, mais je sais une chose : il n'y a pas de justice sans écoute ni de réconciliation sans humilité, a déclaré M. Nadeau-Dubois, mercredi, après avoir rendu hommage à Mme Echaquan.

Un débat de sémantique dépassé, selon PSPP

Le chef du Parti québécois n'a pas l'intention de se jeter dans la mêlée, préférant de toute façon le terme « racisme institutionnel » à celui de « racisme systémique ».

Invité à préciser ce qui différenciait les deux expressions lors d'un point de presse, Paul St-Pierre Plamondon a indiqué avoir déjà détaillé sa pensée dans les pages du Journal de Montréal. Inutile, selon lui, de gruger du temps destiné à la campagne électorale pour y revenir.

« Les gens ont tout entendu là-dessus. Il y a peu de raisons, à ce stade-ci, de prendre 30 minutes du temps de campagne pour refaire un argumentaire qui est accessible [sur le web]. »

— Une citation de  Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

Exaspéré, le péquiste n'a pas voulu en dire davantage, invitant plutôt ceux qui s'intéressent au fruit de ses réflexions à chercher son nom sur Internet. Tapez mon nom, racisme systémique : l’argumentaire, il est là, a-t-il lâché.

Pour ceux qui ne se prêteront pas à l'exercice : Paul St-Pierre Plamondon entend par « racisme institutionnel » celui qui se manifeste au sein d'une institution dont les façons de faire favorisent la discrimination d'un groupe en particulier. L'expression « racisme systémique », quant à elle, permet trop souvent les raccourcis, avait déjà expliqué le chef du PQ.

J’invite tous ceux qui n’en ont rien à cirer du débat de sémantique et qui veulent qu’il y ait du changement à voter Parti québécois, a-t-il conclu. Le chef péquiste plaide pour l'inclusion du principe de sécurisation culturelle dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux afin d'assurer l’adaptation des soins de santé [en fonction] des réalités culturelles et linguistiques différentes.

M. St-Pierre Plamondon a souligné que M. Legault avait récemment affirmé que la situation à l'hôpital de Joliette était « réglée ». Le premier ministre sortant avait par la suite dû présenter ses excuses au veuf de Joyce Echaquan, admettant qu'il avait « peut-être » été « maladroit ».

La famille Echaquan a fait savoir que des poursuites civiles seront déposées ce jeudi au palais de justice de Joliette. Les avocats exigeront des comptes sur le travail accompli au CISSS de Lanaudière pour éviter qu'un drame se reproduise.

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