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Tempête Fiona : la recharge de plage de La Grave a-t-elle été à la hauteur?

La recharge a freiné les vagues destructrices lors du passage de Fiona, mais l'ouvrage n'a pu empêcher la submersion du site de La Grave. Les commerçants réclament la mise sur pilotis de leur boutique.

La mer inonde des maisons de bois qui sont habituellement au sec.

Une quarantaine de maisons et de commerces situés dans le secteur patrimonial de La Grave, à Havre-Aubert aux Îles-de-la-Madeleine ont été inondés lors du passage de la tempête Fiona la fin de semaine dernière.

Photo : Gracieuseté de Martin Fournier

Le site historique de La Grave, l’un des endroits les plus touristiques des Îles-de-la-Madeleine, fait partie des secteurs où la tempête Fiona a causé le plus de dégâts dans l'archipel, même si le secteur est protégé depuis peu par une recharge de plage.

Au plus fort de la tempête, samedi, le site patrimonial était submergé par près d’un mètre d’eau et une quarantaine de maisons et de commerces ont été inondés, un scénario qui n’avait encore jamais été vu.

Pourtant, un ouvrage de protection des berges de près de 7,5 millions de dollars venait tout juste d’y être construit.

La plage de gravier du site historique de La Grave.

L'équivalent de 5800 chargements de camion de gravier a été déchargé sur la plage du site historique pour constituer la recharge de plage.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L’automne dernier, 80 000 tonnes de gravier ont été déchargées sur la plage du site historique de La Grave dans le but de freiner la force des vagues en rehaussant de 3 mètres le niveau de la plage pour protéger les bâtiments patrimoniaux menacés.

Même si 20 centimètres d’eau se sont infiltrés au Café de La Grave, la propriétaire croit que l’ouvrage de protection a agi comme un bouclier contre les vagues potentiellement destructrices.

« S’il n’y avait pas eu de recharge, je me demande si le Café aurait tenu debout, je me la pose vraiment cette question. »

— Une citation de  Marie-Claude Vigneault, propriétaire du Café de La Grave
Marie-Claude Vigneault dans son café.

Marie-Claude Vigneault, propriétaire du Café de La Grave.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Je sens qu’il y aurait eu beaucoup plus de dommages aussi, au niveau du bâtiment extérieur, à l’arrière, les vagues se seraient fracassées peut-être et auraient peut-être brisé des fenêtres, indique Marie-Claude Vigneault.

L'avis de Mme Vigneault est partagé par la plupart des commerçants de La Grave.

Martin Fournier devant sa boutique de joaillerie Limaçon.

L'artisan bijoutier-ébéniste Martin Fournier devant sa boutique-atelier de joaillerie Limaçon.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Je sens que ça aurait été catastrophique sans l’enrochement. Ça a retenu les vagues, explique Martin Fournier, propriétaire de l’Atelier-boutique Limaçon.

« Ça n’empêche pas l’eau de monter, mais les vagues, à la hauteur qu’elles avaient, s’il n’y avait pas eu d’enrochement, elles auraient toutes frappé les bâtisses des deux côtés de La Grave. »

— Une citation de  Martin Fournier, propriétaire de l’Atelier-boutique Limaçon
Luc Chevrier et Martin Fournier discutent dans le commerce vide de Luc.

Luc Chevrier a démonté toutes les vitrines de sa bijouterie. Il doit démolir les murs, par crainte que la moisissure ne s'infiltre dans le commerce.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Une submersion difficile à éviter

La recharge de plage n’a pu empêcher la montée des eaux, car le site historique de La Grave est aussi bordé par la mer de l’autre côté.

Le site historique de La Grave, avec de l'eau des deux côtés du village.

La recharge de plage n'a pas pu empêcher la montée des eaux, car le site historique de La Grave est aussi bordé par la mer de l'autre côté.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Selon Jean Hubert, directeur de l’ingénierie, à la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine, les travaux pour la protection des berges ont été efficaces.

La recharge de plage a très bien fonctionné face à l’assaut des vagues. Par contre, c’est sûr que le site historique a été submergé par la surcote de marée avec ce qu’on a connu samedi matin, explique Jean Hubert.

Jean Hubert devant le site historique de La Grave.

Jean Hubert est directeur de l'ingénierie, des TIC et des bâtiments pour la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L'eau dépassait d'un pied le niveau des quais, c'était anormalement haut. Ici, on a eu une surcote de marée incroyable l’inondation qu’on a connue, ça se peut que ça se répète à l’avenir, croit M. Hubert.

Un ouvrage reconfiguré par Fiona

La tempête a grandement modifié la configuration de l’ouvrage de protection, mais c’est ce qui était attendu par les experts.

L’automne dernier, les machineries avaient créé un talus très abrupt.

Du gravier élevé en talus derrière des bâtiments historiques en bardeaux de cèdre.

La recharge de plage le 31 octobre 2021 (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Fiona a recréé l’effet d’une plage naturelle, beaucoup plus rapidement que prévu. C’est impressionnant de voir à quelle rapidité on voit le résultat final de ce qu'on voulait voir, nous on s’attendait à voir ça dans 5 ou 10 ans, affirme Jean Hubert.

La plage de La Grave avec le site historique derrière.

La recharge de gravier photographiée le 27 septembre, après le passage de Fiona.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

C’était prévu pour bouger comme ça, pour avoir une pente comme ça et que les matériaux restent là, précise M. Hubert.

Le directeur municipal précise aussi que la tempête a permis d'observer un problème avec la configuration de la recharge à son extrémité est, au pied du restaurant Le vent du large.

Quelques vagues passaient à côté de la recharge, ce qui veut dire qu’il y a un espace à combler à cette extrémité, admet Jean Hubert. Les gens pensaient que c’est ça qui avait inondé, mais je ne crois pas parce que l'eau arrivait aussi du côté de la marina.

Des travaux d'urgence seront entrepris pour corriger le tir sur une trentaine de mètres. On avait des matériaux granulaires en réserve, on va s’assurer que ça soit plus efficace lors de la prochaine tempête, précise-t-il.

Des boutiques bientôt sur pilotis?

La recharge de plage a tenu le coup, mais les commerçants de La Grave réclament déjà la mise en place d’autres solutions d’adaptation face à la montée des eaux, notamment l'installation des boutiques sur pilotis.

C’est impossible de préserver si les bâtiments ne sont pas rehaussés par rapport au niveau de la mer, c’est évident, affirme Luc Chevrier, propriétaire de la boutique de bijoux Belle et Nathan.

Luc Chevrier devant sa boutique.

Luc Chevrier, propriétaire de la boutique de bijoux Belle et Nathan.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Les démarches en ce sens sont toutefois complexes en raison du statut de site patrimonial de La Grave.

Le problème, c’est qu’on est bloqué au ministère de la Culture et du Patrimoine [SIC] et on ne peut pas planter de pieux sans faire de recherches archéologiques, explique le propriétaire de l’Atelier-boutique Limaçon, Martin Fournier.

Alors que d’importants travaux sont à faire avant l’hiver pour réparer les boutiques inondées, certains commerçants veulent profiter de l’occasion pour installer des pieux et certains songent même à le faire illégalement.

Les permis ne viennent toujours pas et on est à risque d’une prochaine tempête et ma bâtisse actuellement, elle est croche et il n’y a plus rien qui ferme, parce que tout a été endommagé par la mer, déplore Luc Chevrier.

« Je ne peux pas attendre, il faut que je bouge. »

— Une citation de  Luc Chevrier, propriétaire de la boutique de bijoux Belle et Nathan

On ne peut pas attendre deux ou trois ans pour mettre des bâtiments sur pilotis et je pense qu’avec les événements qui viennent de se passer, il serait important qu’on fasse accélérer le processus, renchérit Martin Fournier.

Au lendemain du passage de Fiona, certains insulaires sont habités plus que jamais par un sentiment d’urgence pour se prémunir contre les changements climatiques, parce que les Madelinots appréhendent déjà la force de la prochaine tempête.

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