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Effondrement à la Domtar : la conception de l’échafaudage est en cause, conclut la CNESST

L'usine Domtar à Windsor.

Deux employés sont morts à la suite de l'effondrement de l'échafaudage.

Photo : Pixel Nord

Radio-Canada

Lacunes dans la conception de l'échafaudage, dépassement de la charge maximale : la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) dévoile ce mercredi son rapport concernant l'accident survenu à l'usine Domtar de Windsor en 2021 qui a coûté la vie à deux travailleurs.

La CNESST explique que la conception de l'échafaudage installé dans le lessiveur de l'usine comportait plusieurs lacunes. Elle souligne notamment le facteur de sécurité utilisé, la charge morte de l'échafaudage qui avait été sous-estimée et l'absence des contreventements des diagonales soutenant le plancher en saillie du niveau 7. Ces contreventements assurent la stabilité d'une telle structure.

La CNESST conclut que lorsque les deux employés se sont installés sur ce plancher en saillie pour y mener des travaux d'entretien, cela a amené une charge excédant la résistance du poteau à rosettes, qui soutenait les travailleurs et le plancher, a entraîné la rupture du poteau et l'effondrement de l'échafaudage.

Yan Baillargeon, 39 ans, et Hugo Paré, 22 ans, ont été écrasés sous le poids des composantes de l'échafaudage et plusieurs travailleurs ont été blessés.

La CNESST affirme avoir rencontré mardi les familles et les entreprises touchées par l'accident pour leur présenter les résultats de cette enquête. Le rapport a également été déposé auprès de Domtar et de ses sous-traitants, mais aussi auprès de plusieurs organismes de construction et des facultés de génie civil afin de sensibiliser le milieu aux risques.

La demi-soeur de Yan Baillargeon, Kim Baillargeon, soutient cependant avoir été avisée des résultats en même temps que les médias. Elle mentionne toutefois qu'elle n'est pas surprise par ces conclusions.

Honnêtement, je m’en doutais, mais ça remonte les émotions de voir [ces résultats]. Je n’ai pas vraiment de mot pour le moment autre que c’est injuste que deux vies aient été volées par un manque de jugement de supposés professionnels. Mon frère a payé de sa propre vie, déplore-t-elle.

L'échafaudage effondré dans le lessiveur.

Une partie de l'échafaudage installé dans le lessiveur de l'usine Domtar s'est effondré lors de travaux d'entretien, causant la mort de deux travailleurs.

Photo : CNESST

Un accident qui aurait pu être évité

Selon l'inspectrice à la CNESST Marilyn Boulianne, l'enquête a été difficile à mener en raison de l'état de la structure. Tout était en débris lorsqu'on est arrivés, explique-t-elle.

Il est donc impossible de déterminer si la structure avait été modifiée, ou si des ajouts ou des retraits ont été effectués, d'autant plus qu'aucune inspection n'a été faite avant le début des travaux, confirme Marilyn Boulianne. Dans le Règlement sur la santé et la sécurité du travail, rien n'oblige une inspection avant que les travailleurs entrent [dans le lessiveur], nuance-t-elle.

Cependant, les faiblesses ont bel et bien été détectées sur les plans, et ceux-ci démontrent qu'un contreventement était manquant pour rendre l'échafaudage pleinement sécuritaire.

« Si on se fie uniquement aux plans, et avec les simulations qu'on a faites, en ajoutant un contreventement au niveau du plancher en saillie du niveau 7, on est capable de démontrer que [l'accident] aurait pu être évité. »

— Une citation de  Marilyn Boulianne, inspectrice à la CNESST

L'inspectrice mentionne toutefois qu'il est impossible de confirmer que l'accident a bel et bien été causé par cette absence de contreventement. On ne peut pas confirmer [qu'il était là ou non].

Une image générée par ordinateur montrant l'échafaudage dans le

Cette image démontre la portion de l'échafaudage qui était fragilisée par l'absence d'un contreventement, selon la CNESST.

Photo : CNESST

L'Ordre des ingénieurs du Québec a affirmé, par voie de communiqué, prendre au sérieux les constats de la CNESST dévoilés [mercredi]. [...] L'Ordre fera les vérifications nécessaires pour établir s'il y a matière à enquête ou s'il faut prendre tout autre type d'action.

Le Bureau du syndic de l'Ordre peut déposer s'il y a lieu une plainte devant le Conseil de discipline, un tribunal indépendant, ajoute l'Ordre. En cas de verdict de culpabilité, diverses sanctions peuvent être ordonnées.

Plusieurs pistes pour éviter un nouveau drame

La CNESST propose plusieurs pistes de solution pour éviter qu'un tel drame se produise de nouveau. Elle rappelle que ce rapport ne vise pas à montrer du doigt des coupables, mais qu'elle transmettra ses conclusions à de nombreuses instances.

Elle recommande notamment qu'une méthode de travail sécuritaire soit élaborée et que celle-ci inclue minimalement les plans d'assemblage des échafaudages signés et scellés par un ingénieur, en plus d'être inspectés avant d'en autoriser l'utilisation. Cette procédure devrait également comprendre les procédures de travail en espace clos, de cadenassage et de sauvetage. Elle demande aussi que soit élaborée une liste décrivant la séquence des travaux.

Plusieurs voix s'étaient par ailleurs élevées à la suite de l'accident pour exiger une réforme de la réglementation entourant le montage d'échafaudages, comme Bernard Riverin, de SPE International. Cette entreprise a dirigé la reprise des travaux dans le lessiveur après l'accident.

Ça confirme le diagnostic que j'avais fait dans les premiers jours, quand nous sommes arrivés là-bas, soutient Bernard Riverin.

Ce dernier déplorait alors que des modifications à la structure puissent être apportées par des membres de n'importe quel corps de métier, et que ces modifications étaient souvent la cause de défaillances. Il réitère encore sa demande pour que le métier soit mieux encadré. Ça fait plusieurs années qu'on est au combat pour que le métier soit reconnu et qu'on fonctionne avec le même système de normalisation que dans les autres provinces, avec des inspections régulières par des personnes qualifiées.

Il ajoute que l'accident a causé de lourdes séquelles auprès de tous les travailleurs. C'est rare que j'embauche une travailleuse sociale pour travailler sur un chantier [...] Je peux vous garantir que la moitié des gars qui étaient là ne monteront plus d'échafaudages de leur vie. J'ai au moins trois de mes employés qui travaillent dans un autre domaine. Personne ne s'en est sorti sans séquelles.

Kim Baillargeon, pour sa part, ne réfute pas que des poursuites judiciaires soient intentées.

« J’ignore qui exactement est en faute, c’est quelque chose que nous devrons vérifier. Mais une chose est certaine, c’est que ça ne restera pas dans l'oubli. »

— Une citation de  Kim Baillargeon, demi-soeur de Yan Baillargeon

Domtar a refusé d'accorder une entrevue à ICI Estrie.

Avec les informations de Brigitte Marcoux et Marion Bérubé

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