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Sabotage de Nord Stream : soupçonnée, la Russie ouvre une enquête pour « terrorisme »

Le logo du projet de gazoduc Nord Stream 2 est vu sur un tuyau à l'usine de laminage de tuyaux de Chelyabinsk appartenant au groupe ChelPipe à Chelyabinsk, en Russie.

Nord Stream 2, achevé en 2021, était destiné à doubler la capacité d'importation de gaz russe en Allemagne.

Photo : Reuters / Maxim Shemetov

Agence France-Presse

Objet de tous les soupçons après le sabotage présumé des gazoducs Nord Stream en mer Baltique, la Russie a contre-attaqué mercredi, pointant les États-Unis et affirmant avoir ouvert une enquête pour « acte de terrorisme international ».

Les services de sécurité russes (FSB) ont ouvert une enquête pour acte de terrorisme international après le sabotage présumé des gazoducs Nord Stream en mer Baltique, a indiqué mercredi le Parquet général russe.

Sur la base d'éléments envoyés par le Parquet général russe [...] l'organe d'investigation du FSB a ouvert une affaire criminelle. Une enquête préliminaire a commencé, a déclaré le Parquet dans un communiqué publié sur son compte Telegram.

Près de l'île [danoise] de Bornholm, des actions intentionnelles ont été commises pour endommager les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 situés au fond de la mer Baltique, indique ce communiqué.

La Fédération de Russie a subi un grave préjudice économique du fait de ces actes, ajoute le Parquet.

Le Conseil de sécurité se réunit

Le Conseil de sécurité de l'ONU va se réunir vendredi à la demande de la Russie sur ce sabotage, ont annoncé mercredi la Suède et la France.

Dans l'intervalle, à Stockholm, l'hypothèse d'un sabotage délibéré a semblé se confirmer, l'enquête étant confiée au renseignement suédois.

La sûreté suédoise, la Säpo, a repris à la police l'enquête préliminaire concernant les évènements survenus sur Nord Stream. Le motif retenu est actuellement de sabotage aggravé, a indiqué le service dans un communiqué.

La veille, l'Ukraine avait dénoncé une attaque terroriste planifiée de la Russie contre l'Europe.

Moscou a délivré sa riposte mercredi.

La Russie a l'intention de convoquer une réunion officielle du Conseil de sécurité de l'ONU dans le cadre des provocations concernant les gazoducs Nord Stream 1 et 2, a affirmé sur Telegram la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova.

Portrait de la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, en point de presse.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova

Photo : Reuters / MAXIM SHEMETOV

La diplomatie russe a accusé implicitement les États-Unis, demandant des réponses au président américain Joe Biden sur l'implication de son pays.

Le président américain est obligé de répondre à la question de savoir si les États-Unis ont mis à exécution leur menace, a-t-elle lancé sur Telegram, en référence à une déclaration de M. Biden début février qui affirmait que Washington mettrait fin à Nord Stream 2 si Moscou intervenait militairement en Ukraine.

Si la Russie envahit [l'Ukraine], alors il n'y aura plus de Nord Stream 2, avait affirmé Joe Biden le 7 février, deux semaines avant le début de l'offensive russe.

L'Europe doit connaître la vérité, a insisté la porte-parole de la diplomatie russe, alors qu'aucun élément n'a pour l'heure été rendu public pour attribuer à un pays le sabotage présumé des gazoducs – inutilisés, mais contenant du gaz – reliant la Russie à l'Allemagne.

« Ridicule », répond Washington

La Maison-Blanche a rétorqué qu'il était ridicule d'insinuer que les États-Unis pourraient avoir commis ces sabotages.

Nous savons tous que la Russie diffuse de la désinformation depuis longtemps et elle le fait à nouveau ici, a commenté la porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche, Adrienne Watson.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a affirmé presque de manière symétrique qu'il était stupide et absurde de soupçonner la Russie, et a souligné en retour les énormes bénéfices réalisés par les fournisseurs américains de gaz naturel liquéfié, qui ont multiplié leurs approvisionnements sur le continent européen depuis le début de la guerre en Ukraine.

L'Union européenne s'est contentée à ce stade de mettre en garde contre toute attaque ciblant ses infrastructures énergétiques.

« Toute perturbation délibérée des infrastructures énergétiques européennes est totalement inacceptable et fera l'objet d'une réponse vigoureuse et unie. »

— Une citation de  Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne

Les informations disponibles à ce stade indiquent que les fuites provoquées par des explosions sur ces installations sous-marines reliant la Russie à l'Allemagne résultent d'un acte délibéré, a ajouté le responsable européen dans une déclaration au nom des 27 États membres de l'UE.

Alors que la Russie, en difficulté dans son opération militaire contre l'Ukraine, pourrait être soupçonnée de chercher à allumer un contre-feu pour insinuer le doute entre les États-Unis et leurs alliés européens, la Pologne a souligné mardi que le sabotage du gazoduc était partie intégrante du bras de fer en cours dans la guerre en Ukraine.

Nous voyons clairement que c'est un acte de sabotage, qui marque probablement la prochaine étape de l'escalade de la situation en Ukraine, a déclaré le premier ministre Mateusz Morawiecki.

L'Allemagne a d'ores et déjà indiqué renforcer sa vigilance sur la protection de ses infrastructures critiques, par la voix de la ministre de l'Intérieur Nancy Faeser.

La moitié du gaz déjà échappé des tuyaux

Les fuites, qui ont suivi les explosions, identifiées depuis lundi au large de l'île danoise de Bornholm, entre le sud de la Suède et la Pologne, sont visibles à la surface avec de vastes bouillonnements.

Plus de la moitié du gaz contenu dans les gazoducs s'est déjà échappé dans l'atmosphère, ont annoncé mercredi les autorités danoises.

Un bouillonnement à la surface de la mer.

Deux explosions sous-marines ont été enregistrées à proximité des sites des fuites des gazoducs Nord Stream 1 et 2.

Photo : Reuters / RITZAU SCANPIX

Une nette majorité du gaz est déjà sortie des tuyaux, a affirmé le directeur de l'autorité danoise de l'Énergie, Kristoffer Böttzauw, lors d'une conférence de presse.

Nous nous attendons à ce que le reste s'échappe d'ici dimanche, a-t-il ajouté.

Le ministre danois de la Défense avait estimé mercredi matin qu'en raison de fortes fuites, qui provoquent de vastes bouillonnements en mer, il faudrait attendre une à deux semaines pour entamer des inspections sur les ouvrages endommagés.

Objets de bras de fer géopolitiques ces derniers mois, les deux pipelines exploités par un consortium alliant le géant russe Gazprom à des groupes occidentaux ne sont pas opérationnels à cause de la guerre en Ukraine. Mais tous les deux étaient remplis de gaz.

Ces fuites éloignent la perspective d'une reprise prochaine des livraisons de gaz à l'Europe via Nord Stream 1. Gazprom a progressivement réduit les volumes de gaz livrés jusqu'à la fermeture complète du gazoduc fin août, accusant les sanctions occidentales d'avoir retardé les réparations nécessaires de l'installation.

Les Européens, très dépendants du gaz russe pour se chauffer cet hiver, accusent de leur côté Moscou d'utiliser les livraisons comme un moyen de pression.

Selon des organisations de défense du climat, Nord Stream 1 et 2, contenaient quelque 350 000 tonnes de gaz naturel – du méthane – générateur d'un important effet de serre néfaste au climat.

Selon Greenpeace, cela correspond à l'effet de près de 30 millions de tonnes de CO2, soit plus des deux tiers des émissions annuelles du Danemark voisin.

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