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Des médecins désaffiliés pourraient œuvrer dans les mini-hôpitaux privés de la CAQ

Un médecin marchant dans un hôpital.

Des médecins désaffiliés de la RAMQ pourraient œuvrer dans les mini-hôpitaux privés proposés par la Coalition avenir Québec, affirme François Legault.

Photo : iStock

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, « n'exclut pas » que la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) rembourse certains actes posés par les médecins qui ne participent pas au régime, du moins dans les mini-hôpitaux privés qu'il aimerait voir construits à Montréal et à Québec.

Après avoir laissé entrevoir une ouverture à ce sujet lors d'une entrevue accordée en début de journée au 98,5 FM à Montréal, le premier ministre sortant a précisé en mêlée de presse, quelques heures plus tard, qu'une exception pourrait être accordée dans ces deux établissements, qui offriraient des services privés, mais gratuits.

« Si c'est nécessaire [pour] certains médecins [en] pratique mixte, j'ai une ouverture. Je n'ai pas dit qu'on va le faire, j'ai dit que j'avais une ouverture. »

— Une citation de  François Legault, chef de la CAQ et premier ministre sortant

Son ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, qui est candidat à sa réélection dans la circonscription de La Prairie, en Montérégie, disait pourtant l'inverse en début de campagne.

Nous, on n'est pas là du tout, avait-il déclaré le 3 septembre, indiquant que l'idée de permettre aux médecins désaffiliés de travailler à la fois au public et au privé était plutôt défendue par un autre groupe – le Parti conservateur du Québec (PCQ), en l'occurrence.

Nous, les médecins, quand ils sortent du système, ils sortent du système complètement, c'est leur choix, avait-il assuré.

Éric Duhaime en point de presse, entouré de candidats.

Le Parti conservateur du Québec d'Éric Duhaime est également en faveur de la pratique mixte des médecins. Mais pas seulement dans les « mini-hôpitaux » privés proposés par la CAQ.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

La réaction du chef conservateur Éric Duhaime a été immédiate, mercredi.

Je pense qu'à cinq jours d'une élection, envoyer un message aussi contradictoire dans un dossier aussi important que celui de la santé, c'est quand même assez inquiétant, a-t-il déclaré en point de presse. On veut savoir aujourd'hui : Qui ment? Qui dit la vérité? Quelle est la position de la CAQ?

« Est-ce que M. Legault permettra aux médecins de pratiquer à la fois dans le secteur public et dans le secteur privé comme le propose le PCQ ou est-ce qu'il va rester fidèle à sa ligne du monopole public, où un médecin ne peut pas pratiquer dans le secteur privé à partir du moment où il pratique dans le secteur public? »

— Une citation de  Éric Duhaime, chef du PCQ

Je pense que c'est important d'avoir des précisions, parce qu'aujourd'hui, de toute évidence, M. Legault a entretenu la confusion, a déploré M. Duhaime.

Choisir son statut

Actuellement, la plupart des médecins du Québec travaillent en clinique ou à l'hôpital et réclament une rémunération à la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ).

Ces médecins peuvent demander à leurs patients de payer, mais seulement pour des actes qui ne sont pas couverts par le régime d'assurance public. C'est le cas, par exemple, pour les chirurgies esthétiques.

À l'inverse, les médecins qui ne souhaitent pas participer au régime d'assurance public et faire payer leurs patients peuvent le faire, mais il leur est défendu, durant le même laps de temps, d'exiger de la RAMQ quelque forme de rémunération que ce soit, sauf dans certains cas urgents très précis.

Ils sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à faire ce choix. Depuis cinq ans, le nombre de médecins qui exercent en dehors du régime d'assurance maladie du Québec a augmenté de 35 %. Et certains d'entre eux n'hésitent pas à faire la « navette » entre les deux statuts, en se désaffiliant de la RAMQ, en se réaffiliant, etc.

Des médecins craignent un effet inverse

Permettre une pratique mixte, où les médecins désaffiliés se verraient rembourser certains actes couverts par la RAMQ, les inciterait peut-être à revenir pratiquer dans les hôpitaux, mais le chemin le plus fréquent se ferait plutôt dans le sens inverse, selon le Dr David Lussier, de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Des médecins travaillant dans le réseau public iraient travailler aussi dans le réseau privé, pour combler les jours où ils ne peuvent pas travailler dans le public (ex. chirurgiens), a-t-il tweeté, mercredi.

Urgentologue à l'Institut de cardiologie de Montréal, le Dr Alain Vadeboncœur partage cette analyse.

Les médecins pourraient choisir de faire un certain minimum au public (disons 35 h) et le reste au privé, dit-il. Et comme les médecins travaillent bien plus de 35 h en moyenne, cela équivaudrait à diminuer l'offre de soins publics et à créer de facto un système à deux vitesses, le médecin ayant sa tâche publique et sa tâche privée.

La CAQ accorderait au privé un rôle accru en santé

De manière générale, un gouvernement Legault 2.0 souhaiterait donner plus de place aux secteurs privés et communautaires dans le domaine de la santé.

Sa plateforme électorale est claire à ce sujet et fait valoir que c’est possible de le faire de façon efficace et responsable, sans compromis sur les principes de gratuité, d’équité et d’universalité qui constituent le fondement de notre système de santé.

La CAQ mettrait notamment en place un nouveau concept de centres médicaux privés qui viendrait, selon ses propres termes, compléter l’offre de services déjà existante.

Des fois, le privé arrive à être plus innovateur dans la façon de s'organiser, a plaidé M. Legault en entrevue, mercredi matin.

Ça pourrait être challengeant [sic] pour le secteur public de voir peut-être un mini-hôpital privé qui est capable de faire plus en volume, avec les mêmes ressources, a-t-il ajouté, quelques heures plus tard, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Avec les informations de Daniel Boily et d'Alexandre Duval

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