•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Envoyée spéciale

L’épineuse question de la place de l’extrême droite dans le gouvernement suédois

Le Riksdag, le Parlement de la Suède.

Une nouvelle session a été ouverte le 27 septembre au Riksdag, le parlement de la Suède.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Il n’y a toujours pas de nouveau gouvernement en Suède depuis qu’une coalition de droite a remporté les élections législatives du 11 septembre dernier. Les discussions se poursuivent et l’idée que les Démocrates de Suède, le parti d’extrême droite membre de cette coalition, puissent avoir des ministres ne fait pas l’unanimité.

Anna Lasses ne boude pas son plaisir de se retrouver au Parlement. Fraîchement élue sous la bannière du Parti du Centre, elle promène un regard émerveillé sur une magnifique galerie, où députés et dignitaires discutent autour d’un verre et d’une bouchée après l’ouverture officielle de la session.

Son regard s’assombrit quand nous évoquons les discussions en cours pour former le nouveau gouvernement. Anna Lasses pense que préserver la tradition d’ouverture du pays sera un défi si les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna) obtiennent des postes dans le futur cabinet.

Une femme regarde la caméra en souriant.

Anna Lasses (centre) croit que sa formation sera l’un des garde-fous des valeurs libérales de la Suède face à la pression de l’extrême droite.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

L’opposition à ce que le parti populiste d’extrême droite siège au gouvernement se trouve même au sein de la coalition de droite. Les libéraux sont particulièrement contre l'idée.

Donner la chance au coureur

Dans la population suédoise, les sentiments sont partagés. Dans le quartier de Rosengård, à Malmö (sud), nous croisons Nura qui se promène, hijab sur la tête, avec ses enfants. Elle aimerait que des Démocrates de Suède siègent au sein du nouveau gouvernement, pour voir ce dont ils sont capables.

La jeune mère est prête pour un changement dans ce pays où les sociaux-démocrates (gauche) ont dominé le paysage politique pendant des décennies. Elle aimerait surtout voir ce que l’extrême droite peut faire pour régler les problèmes de sécurité.

Des édifices à logement.

À Rosengård, les édifices à logement s’étendent à perte de vue.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Quartier à forte proportion de résidents d’origine étrangère, Rosengård a connu des épisodes de violence. Le tout nouveau député pour les Démocrates de Suède, à Malmö, y voit un lien clair avec l’immigration.

Rosengård, le 26 septembre 2022

Rosengård, le 26 septembre 2022

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Nima Gholam Ali Pour est pourtant natif d’Iran. Il est arrivé en Suède quand il était enfant avec ses parents. Mais pour le quadragénaire, le problème depuis des années, c’est l’intégration des gens qui viennent en Suède « sans en adopter les valeurs ni en apprendre la langue ».

Gros plan sur Nima Gholam Ali Pour.

Nima Gholam Ali Pour est député du parti Démocrates de Suède (SD). Il ne voit rien d’incompatible avec le fait d’être à la fois immigrant et militant dans ce parti populiste qui désire limiter encore plus l’immigration. Il considère que le multiculturalisme est un échec, une « illusion » qui permet à certains groupes « de vivre dans leur propre sphère, sans faire partie de la culture majoritaire ».

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Le député tient le discours classique des Démocrates de Suède et réclame une limite encore plus stricte de l’immigration dans ce pays qui a souvent accueilli le plus grand nombre de réfugiés par habitant au sein de l’Union européenne.

Depuis l’élection du 11 septembre, il y a 73 députés SD. C’est le deuxième groupe en importance au Parlement, derrière le Parti social-démocrate.

Le discours de la formation politique séduit Rolf, un résident de Rosengård. J’aime bien leurs idées sur le grand sujet oui, l’immigration, lance-t-il avec un petit rire, comme s’il était un peu gêné de l’avouer à voix haute.

La Suède ne peut pas être la conscience du monde, poursuit-il. Nous ne pouvons accepter tous ceux qui ont besoin d’aide. Ce n’est pas ainsi que ça fonctionne. Il faut fixer des limites.

Un homme pose devant un édifice à logement.

Rolf aimerait bien voir les Démocrates de Suède défendre leurs idées au sein du nouveau gouvernement.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Craindre le pire

Pour Sara, croisée un peu plus loin, les Démocrates de Suède au gouvernement, c’est non. Absolument pas! lance-t-elle, catégorique, avant de précisé sa pensée.

C’est un parti raciste. Je n’adhère pas à leurs valeurs et ce serait néfaste pour le pays, pour nous tous.

Elle rappelle que les Démocrates de Suède sont issus d’une mouvance néonazie. Comme beaucoup d'autres, elle est insensible à la campagne de « dédiabolisation » menée depuis des années par le leader Jimmie Åkesson et a ressenti un choc face au succès législatif du parti.

Une femme derrière une poussette double.

Sara, dans le quartier de Rosengård.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

L’extrême droite populiste a toutefois réussi à gruger l’électorat de gauche comme celui de droite en faisant campagne sur des dossiers comme l’inflation et la défense de l’État providence.

Bien des analystes, comme Anders Sannerstedt, ne croient pas que les Démocrates de Suède feront partie du gouvernement. Ils pensent que le parti pourrait alors peser de tout son poids lors de négociations afin d’obtenir ce qu’il veut.

Un homme assis dans une cafétéria pose pour la caméra.

Anders Sannerstedt, professeur associé au Département de science politique à l’Université de Lund (sud de la Suède).

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

M. Sannerstedt souligne qu'une situation semblable s'est produite au Danemark, où le parti populaire a soutenu plusieurs gouvernements sans en faire partie. C'est toutefois un véritable jeu d’équilibriste.

Vous voulez influencer la politique, avoir du pouvoir, mais vous voulez aussi rester dans la position où vous pouvez avoir un rôle d’opposition. C’est vouloir tout à la fois : le beurre et l’argent du beurre, conclut Anders Sannerstedt.

La première ministre sortante sociale-démocrate Magdalena Andersson (gauche), qui assure les affaires courantes en attendant le prochain gouvernement, croit que celui-ci sera complètement dépendant des Démocrates de Suède. Elle prédit que ce sera un gouvernement faible.

Une femme entourée de journalistes qui lui tendent leurs micros.

La première ministre sortante, Magdalena Andersson (social-démocrate), assure que les formations de droite ont commis une grave erreur en légitimant les Démocrates de Suède quand ils ont accepté de faire une coalition avec eux.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Elle compte surveiller avec attention toutes les propositions du gouvernement quand elle dirigera l’opposition, en plus de veiller à ce qu’il ne laisse pas libre cours à la haine.

La leader de gauche souligne que les problèmes ont déjà commencé. On a vu des incidents durant lesquels des Suédois, de différentes origines, se sont fait aborder dans la rue pour se faire dire qu’ils ne sont pas les bienvenus ici, déplore-t-elle.

Un parlement bondé.

En déclarant l’ouverture du Parlement, le Roi Carl Gustaf XVI a souligné que la Suède est un pays ouvert et libre et que cette ouverture vient aussi avec la responsabilité d'échanger dans le respect.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !