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Pensionnats pour Autochtones : la guérison en élevant 51 enfants en difficulté

Une femme devant un arbre.

Micheline Boisvert, tout sourire, devant l'arbre à prière devant sa maison.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Abus, malnutrition et séquestration, Micheline Boisvert aurait pu être rancunière en raison du calvaire qu’elle a vécu au pensionnat pour Autochtones d’Amos, au Québec. La Franco-Ontarienne de Chapleau s’est relevée de cette épreuve et s'est donné pour mission de transmettre les coutumes de sa grand-mère algonquine à une cinquantaine d’enfants démunis, dont la majorité était issue de Premières Nations.

« Claude [son mari] et moi, on a reçu 51 enfants dans notre maison. On les gardait des fois 10 ans, des fois 3 ans, des fois 24 heures, tout dépendait des problèmes de leur vie. »

— Une citation de  Micheline Boisvert

Micheline a commencé cette aventure après que ses enfants eurent quitté le nid familial, en 2001. Elle parlait à son mari avec beaucoup de nostalgie de la dernière des 13 familles d’accueil qu’elle a eues pendant son enfance.

Elle était sur une ferme digne d’un film. Si Walt Disney existait, j’étais en plein dedans. J’ai dit : "Qu’est-ce que tu dirais, mon homme, si toutes les deux on donnerait notre nom pour prendre des petits enfants en difficulté?" raconte-t-elle.

Un homme et une femme devant une résidence.

Micheline et son mari devant leur résidence de Chapleau.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

C'était une façon pour elle de redonner au suivant. Une épopée qui durera près de 10 ans où Micheline deviendra Nashe Tag Nebwa, un nom traditionnel qui signifie maman de beaucoup.

Elle est sensible aux réalités de tout un chacun.

À chaque fois que je rouvrais la porte, c’est moi que je voyais, dit-elle la gorge nouée, avant d’échapper une larme.

J’aurais donc aimé qu’on me rouvre la porte. C’est difficile d’en parler, mais, quand je les avais ici, c’était mes enfants, mes tout-petits, parce qu’en vivant avec nous autres, ils prenaient nos odeurs.

Ligne d'écoute espoir

Le gouvernement du Canada offre une ligne d'aide et de discussion pour les Autochtones au pays

Celle-ci est accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et offre de l'écoute et des services d'intervention en cas de crise.

La ligne d'écoute est accessible sans frais au 1 855 242-3310 (Nouvelle fenêtre)

Il est également possible de le faire par clavardage à www.espoirpourlemieuxetre.ca (Nouvelle fenêtre).

Je n'en veux à personne

On peut comprendre cette larme en écoutant son parcours. Dans les années 50, elle est passée de foyer en foyer.

Tu n’as aucune caresse, des ''je t’aime'', tu ne te fais pas dire ça, tu manges le restant que les autres n’ont pas pris dans leur assiette, raconte-t-elle.

Une femme donne un câlin à un arbre.

Micheline Boisvert donne un câlin à un arbre, une pratique qu'elle transmettait à ses pensionnaires.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Avant qu’elle puisse avoir son repas, elle regardait les mineurs qui venaient manger le midi, écrasant leur cigarette dans leur assiette.

La madame ramassait tous les restants que les gars n’avaient pas mangés, qu’ils avaient coupés, des os, du gras. Elle mettait ça dans un grand plat. Ma petite sœur, moi et mon petit frère, ils nous nourrissaient de ça.

À l’âge de 12 ans, on l’a encore transférée vers une famille qui n’en sera jamais une, le pensionnat d’Amos, pour trois ans.

Une religieuse l’a séquestrée pendant trois semaines, se souvient-elle, dans le noir absolu de la cave du pensionnat, oubliant de la nourrir pendant la dernière semaine.

« J’ai commencé à licher de l’antigel [sur la fournaise]. Je n’avais plus rien à boire, plus rien. Là, mes cheveux sont tombés par grosses plaques. Ça n’allait vraiment pas bien. »

— Une citation de  Micheline Boisvert

Sans rancune pour ses bourreaux, elle a appris à marcher par-dessus les cicatrices du passé.

« Je n’en veux même pas à personne, ça n’en vaut pas la peine, c’est du temps perdu. »

— Une citation de  Micheline Boisvert

Cultiver la fierté de son identité

Son identité métisse, l'ancienne sénatrice de la Nation métisse de l'Ontario l’a cachée trop longtemps. Mais elle s’est fait un devoir de la partager avec les enfants qui passaient chez elle.

Si quelqu’un avait de la peine, c’était la meilleure façon de sortir les tambours, il venait avec un sourire extraordinaire. Ça vient chercher droit au cœur. Si on était capables, on leur faisait un tambour et ils partaient avec.

Un bâton de parole.

Le bâton de parole a été une pratique instaurée par le couple.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Encore, au début des années 2000, des jeunes issus des Premières Nations n'avaient jamais joué du tambour de leur vie ou fait de caresse à un arbre.

Le couple a aussi instauré autour de la table le bâton de parole. Une pratique appréciée surtout par les adolescents qui avaient l’impression de ne pas avoir le droit de parole [dans la société], ça leur donnait l’impression de dire qu’est-ce qu’il y avait sur leur cœur sans se faire interrompre.

À l'approche de la journée de réconciliation, Micheline Boisvert a un message clair pour ceux et celles qui porteraient encore un jugement envers les membres des Premières Nations.

Il faut faire un peu plus, dit-elle, précisant qu'il faut prendre le temps de tendre l'oreille pour les écouter. Ce n’est pas de l’argent qu’ils ont besoin, c’est de la liberté d’être capables d’être eux autres mêmes.

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