•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Vidéo d’une arrestation musclée aux T.N.-O. : des experts divisés sur la force utilisée

Toutes les accusations portées contre Tracella Romie au moment de son arrestation ont été retirées.

Une policière tient une jeune femme contre le mur en la bâillonnant avec sa main. Trois autres policiers se tiennent derrière elle.

Une image tirée des vidéos fournies par la GRC et remises à CBC News à la suite d'un ordre de la cour.

Photo : Radio-Canada / Gendarmerie royale du Canada

Radio-Canada

Des experts sont divisés sur l'usage de la force dont font preuve deux agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de Yellowknife sur des vidéos de surveillance récemment remises à CBC News. Les images devaient servir de preuve au procès, suspendu depuis, contre les deux agents.

Le 8 septembre dernier, après un mois d'audience, la juge Bernadette Schmaltz, de la Cour territoriale des Territoires-du-Nord-Ouest, a statué que CBC/Radio-Canada pouvait publier les vidéos en question.

Celles-ci étaient au coeur du dossier de preuves qui a mené au dépôt d'accusations de voies de fait contre les deux agents : la constable Francessca Bechard et le caporal Jason Archer. Elles ont été visionnées à plusieurs reprises pendant les deux journées d'audience avant que la Couronne ne demande la suspension des accusations, déclarant ne pas avoir de chances raisonnables de condamnation.

La suspension des accusations signifie que le processus judiciaire cesse temporairement ou indéfiniment sans qu'un verdict ne soit prononcé. Dans la majorité des cas, le dossier reste lettre morte.

Le dossier a été ouvert quand un autre agent de la GRC a déposé une plainte contre la constable Bechard et le caporal Archer à la suite des gestes posés lorsqu'ils sont intervenus dans le cadre de l'arrestation de Tracella Romie, 26 ans, en octobre 2020. Une enquête a été menée par des membres du détachement de la GRC de Maskwacis, en Alberta.

Les résultats de l'enquête ont été envoyés à la Couronne qui a recommandé que des accusations de voies de fait soient déposées contre les deux agents, selon un communiqué de la GRC.

Notons que les accusations portées contre Tracella Romie lors de son arrestation ont été retirées.

Autoportrait en noir et blanc d'une femme.

Tracella Romie estime qu'elle a été maltraitée la nuit où elle a été arrêtée et détenue par des agents de la GRC de Yellowknife en octobre 2020.

Photo : Avec la permission de Tracella Romie

Dans le cadre du procès avorté de la constable Bechard et du caporal Archer, les deux agents de la GRC qui ont arrêté Tracella Romie en octobre 2020 et qui ont été témoins de l'incident à son arrivée au détachement, les constables Robert Gossmann et Nicholas Alpaugh, ont dit avoir été choqués par le niveau de force utilisé par leurs collègues. Ni l'un ni l'autre ne s'était senti menacé par la jeune femme.

Tracella Romie a appuyé la démarche de CBC News pour obtenir le droit de publier les vidéos.

Les vidéos fournis par la GRC montrent des moments de l'intervention des policiers tels enregistrés par diverses caméras de surveillance des forces de l'ordre. La majorité des extraits n'ont pas de son et il n'y a pas de vidéo intégrale de toute l'intervention.

Les vidéos obtenues détaillent l'arrestation

Attention : Les descriptions et la vidéo qui suivent font état de gestes violents. Nous préférons vous en avertir.

L'affaire commence après que le personnel d'un magasin des alcools demande aux policiers d'intervenir parce qu'une jeune femme qui semble sous l'influence de l'alcool refuse de quitter les lieux.

Quand les agents arrivent sur place, Tracella Romie est debout seule à l'extérieur du magasin. Elle met ses mains derrière le dos lorsque les agents s'approchent d'elle. Ceux-ci lui passent les menottes et l'emmènent jusqu'à leur voiture. Hors image, on entend les agents lui demander d'entrer dans la voiture alors qu'elle leur demande de ne pas la toucher.

Un des agents se rend dans le magasin, alors que l'autre attend avec la jeune femme dans la voiture. Toujours hors image, on entend des coups qui sont portés contre la voiture et un des agents qui demande à la jeune femme d'arrêter. Celle-ci tient des propos virulents et injurieux.

Quand les agents qui l'ont arrêtée arrivent avec elle au détachement de la GRC, ils attendent l'arrivée de la constable Bechard et du caporal Archer avant de sortir la jeune femme de la voiture. En attendant, un des agents ouvre une des portes arrière de la voiture et se penche vers l'intérieur. Il n'y a pas de son à cette vidéo.

Francesca Bechard et Jason Archer arrivent et s'approchent de l'autre porte. La constable Bechard tire Tracella Romie hors de la voiture par le haut du corps, et celle-ci en sort à l'horizontale avant de mettre pied au sol. Elle est alors escortée, les mains toujours menottées dans le dos vers la porte du détachement.

Usage de la force dans le détachement de la GRC

Attention : la vidéo suivante comporte une scène violente.

Une vidéo de surveillance muette de l'entrée du poste de police montre que, au moment de passer le seuil de la porte du détachement, Tracella Romie a le visage tourné vers la policière quand cette dernière accélère soudainement et la projette sur le mur du couloir adjacent. Une main de la policière est passée sous le bras de la jeune femme, alors que l'autre est placée sur sa bouche et le bas de son visage et la retient au mur.

Le moment suivant, son collègue arrive et l'aide à retourner Tracella Romie face au mur. Il lui tient les bras menottés coincées vers le haut pendant que sa collègue la fouille. À un certain moment, les agents lui libèrent partiellement les bras, et la policière place le bras gauche de la jeune femme sur le mur au-dessus de sa tête. Tracella Romie réagit et se démène, et la policière lui assène un coup à la tête.

La fouille se poursuit, et les policiers repassent les menottes à la jeune femme toujours derrière le dos.

Quand les agents permettent à la jeune femme de s'éloigner du mur pour la mener le long du couloir vers une autre partie du détachement, celle-ci a le pantalon à la hauteur des genoux.

Avis divisés chez les experts

Kash Heed.

Ancien procureur général de la Colombie-Britannique et chef de police, Kash Heed croit que l'intervention était trop agressive. (archives)

Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

L'ancien procureur général de la Colombie-Britannique et chef de la police de West Vancouver pendant 25 ans, Kash Heed a été surpris par la force utilisée par les policiers.

Il explique que les techniques utilisées par les deux agents qui ont fouillé la jeune femme sont enseignées aux policiers, mais qu'elles n'étaient pas nécessaires dans le cas présent.

Il n'y avait pas lieu de contrôler d'aussi près une détenue sous l'effet de l'alcool et menottée alors qu'il y avait quatre policiers bien portants à côté, souligne Kash Heed. Il ajoute que les policiers qui s'occupent de détenus peuvent être assurés, mais pas agressifs.

Quand on examine l'incident en entier, le besoin dans son ensemble de contrôler la personne et la force utilisée n'était, selon moi, pas nécessaires.

Pour sa part, Joel Johnston, policier pendant 28 ans et ancien coordonnateur de l'usage de la force pour la police de Vancouver, en Colombie-Britannique, croit que les policiers ont fait exactement ce qui était nécessaire pour contrôler la situation.

Les services de Joel Johnston ont été retenus par la défense pour témoigner comme expert dans le cadre du procès qui a été suspendu. Il est question d'une femme forte, violente et sous l'influence de l'alccol, affirme-t-il dans un courriel.

Il écrit que, lorsque l'agente Francesca Bechard se dirige vers le détachement en emmenant Tracella Romie, elle a été confrontée à du vitriol, à de l'agression et à un comportement agressif à répétition.

Joel Johnston dit que la décision de la Couronne de suspendre les accusations était indiscutablement la bonne.

Avec les informations de Hilary Bird

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !