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La police d’Ottawa veut une définition officielle du terme « féminicide »

Un homme en uniforme s'adresse à la presse.

Steve Bell, le chef intérimaire du Service de police d'Ottawa (archives).

Photo : Frédéric Pepin

La police d’Ottawa entamera dans quelques jours des consultations avec des organismes d'aide aux victimes pour préparer une définition officielle du terme « féminicide ».

Le chef par intérim du Service de police d’Ottawa (SPO), Steve Bell, a été on ne peut plus clair lors de la réunion de la Commission des services policiers cette semaine.

Tout acte de violence en fonction du genre de la victime est complètement inacceptable, a-t-il déclaré. Il faut que la communauté s’unisse pour protéger les victimes potentielles.

Il a enchaîné sur l'importance de nouvelles approches, de nouvelles idées et d'une collaboration avec la communauté pour mettre fin à ce type de violence.

Dès jeudi, la police d'Ottawa rencontrera des organismes communautaires actifs dans la lutte contre la violence envers les femmes, afin de discuter de la définition à donner au terme féminicide.

Steve Bell, chef intérimaire du Service de police d'Ottawa.

Steve Bell, chef intérimaire du Service de police d'Ottawa (archives)

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Steve Bell ajoute que cette définition doit faire consensus auprès non seulement des corps policiers, mais aussi être acceptée par le milieu juridique et la communauté. Actuellement, plusieurs définitions sont accolées à ce terme, déplore-t-il.

Le chef Bell ajoute qu’au terme de la démarche, il faudra pousser pour que cette définition soit incluse dans le Code criminel.

Cafouillage dans les communiqués de la police

Cette affirmation du grand patron de la police d’Ottawa survient à la suite d’un cafouillage dans les communications publiques de l’organisation.

La police d’Ottawa a émis deux communiqués distincts, dans les heures qui ont suivi l’homicide d’une jeune femme, le 16 septembre dernier, dans la capitale fédérale.

Le Service de police d’Ottawa a émis un premier communiqué faisant état de cinq féminicides survenus dans la ville depuis le début de l’année. Le message soulignait les similarités entre ces crimes.

Même s'il y a des différences quant aux circonstances particulières de chacune des pertes, il y a aussi un point commun. Toutes ces femmes furent victimes de féminicide. Dans chaque cas, des hommes sont inculpés. Ces actes de violence doivent cesser.

Le même message a été de nouveau publié par la police quelques minutes plus tard. Mais, cette fois-ci, féminicide n'apparaissait plus dans le texte.

Ces femmes étaient toutes des victimes, pouvait-on lire. Dans chaque cas, des hommes sont inculpés.

Depuis le début de l’année, cinq femmes et une fille auraient été tuées par un homme à Ottawa. Les enquêtes auraient établi que les victimes étaient victimes de violence conjugale, été traquées ou encore, que les meurtriers étaient obsédés par elles. Des accusations ont été déposées dans quatre cas.

Nous nous excusons de l’erreur

CBC a demandé à la police de s’expliquer sur la publication des deux versions du message.

Le SPO a publié cette semaine une déclaration dans laquelle il reconnaît que la publication a été modifiée après son approbation finale.

Il est écrit: Nous avons entrepris des discussions à l’interne afin de découvrir pourquoi le message, qui avait au préalable été approuvé pour publication sur les réseaux sociaux, a été modifié. La police ajoute qu'une fois l’erreur découverte, la publication modifiée a été effacée, et nous avons remis en ligne la publication originale contenant le terme féminicide.

Nous nous excusons pour cette erreur.

La police explique que le terme féminicide est utilisé lorsqu’une femme est tuée en raison de son genre.

Malgré la controverse, le Service de police d’Ottawa affirme cette semaine avoir commencé à utiliser le terme féminicide dans [ses] communications, pour décrire le meurtre d’une femme, lorsque l'on soupçonne que la raison de la mort est liée à son genre.

Le chef par intérim Steve Bell l’aurait d’ailleurs utilisé en juillet dernier.

Le poste de police d'Ottawa.

Le poste de police d'Ottawa a eu à s'expliquer sur le terme après des messages différents sur les réseaux sociaux (archives).

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

L'importance de parler de féminicide

Il faut utiliser les bons termes pour illustrer la problématique, affirme Isabelle Côté, professeure adjointe à l'École de service social à l’Université de Sudbury.

Elle explique qu’auparavant, on parlait de drame passionnel ou conjugal. Or, ces crimes ne sont pas des drames passionnels, dit-elle.

« Ce sont des crimes commis dans une violence atroce, inouïe. Les femmes ne sont pas tuées par passion ou amour, elles sont tuées par des hommes, généralement des partenaires ou ex-partenaires, qui veulent se venger. »

— Une citation de  Isabelle Côté, professeure adjointe à l'École de service social à l’Université de Sudbury.

La professeure ajoute que ce type de crime est souvent commis selon un même pattern, soit celui de l’homme contrôlant, violent, qui sent qu’il perd le contrôle sur sa conjointe au moment d’une rupture.

Pas de statistique sur les féminicides

Maïra Martin, directrice générale de l'Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, demande aussi la reconnaissance du terme féminicide dans le Code criminel, pour en faire un crime très précis. Une définition légale serait fort utile, selon elle.

« Actuellement, au niveau statistique, les féminicides ne sont pas quantifiés, car ce n’est pas un crime reconnu. Ça va être rapporté comme un meurtre. Il est donc difficile de voir les grandes tendances des 30 dernières années par exemple sur le nombre de femmes tuées par un proche. »

— Une citation de  Maïra Martin, directrice générale de l'Action ontarienne contre la violence faite aux femmes

L’importance d’utiliser les bons termes, disent des avocats

Kirsten Mercer est l’avocate d’EVA Renfrew County, une coalition d’organismes contre la violence basée sur le sexe. Cette coalition a d’ailleurs témoigné lors de l’enquête sur les féminicides survenus dans la région de Wilno.

Sept ans après les tragiques événements, l’avocate milite encore pour l'utilisation du juste terme dans des situations précises.

Elle avance que l’utilisation du terme féminicide est vraiment nécessaire, car elle permet de comprendre qu’un meurtre, qui est en soit un geste épouvantable, comporte un élément supplémentaire. Ça permet, dans ces cas, de comprendre qu’il y a un élément de haine dans ce crime.

Kirsten Mercer précise: Nous comprenons qu’il y a plusieurs définitions accolées à ce terme, mais ce qui est clair, c’est qu’un féminicide signifie tuer une femme ou une fille parce qu’elle est, justement, une femme ou une fille.

« C'est important de nommer ce crime pour ce qu’il est réellement. Car si nous évitons de le faire, nous limitons notre capacité à s’y attaquer. »

— Une citation de  Kirsten Mercer, avocate d’EVA Renfrew County

Le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) souhaite aussi l’utilisation immédiate du terme féminicide. C’est important d’utiliser les bons mots, soutient Josée Guindon, gestionnaire au CALACS francophone d'Ottawa. Le CALACS recommandera à la sécurité publique d’utiliser ce terme pour que les femmes se sentent plus en sécurité, pour que la police agisse et qu’il y ait de l’aide dans la communauté.

Avec les information de Frédéric Pepin, Rémi Authier et CBC

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