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Le prince Reza Pahlavi appelle à une grève générale et à des sanctions contre l’Iran

En exil depuis 43 ans, il parle d'une nouvelle ère révolutionnaire en Iran, cette fois-ci avec un soutien aux droits des femmes.

Le prince héritier Reza Pahlavi s'entretient avec la journaliste Azeb Wolde-Giorghis.

Le prince héritier Reza Pahlavi s'entretient avec la journaliste Azeb Wolde-Giorghis.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Richard

À 61 ans, le prince Reza Pahlavi voit le soulèvement populaire en Iran comme le début de la fin du régime des mollahs.

En exil depuis la chute du régime du shah, en 1979, il observe avec espoir la vague de manifestations actuelle dans son pays, qui a été déclenchée par la mort tragique de Mahsa Amini.

« Il n'y a aucun précédent à cela. Nous avons souvent vu des mouvements en Iran ces quatre dernières décennies, mais cette fois-ci, c'est tout à fait autre chose. Au-delà des manifestations ou des protestations, c'est une demande d'un changement réel. Les gens n'en peuvent plus. »

— Une citation de  Reza Pahlavi

Pourquoi serait-ce différent cette fois-ci comparativement à la révolution verte en Iran en 2009?

C'est une tout autre situation. Le mouvement vert remettait en question le résultat des élections. On parlait de fraude électorale au détriment du candidat de l'opposition, Hossein Mousavi, contre le président Mahmoud Ahmadinejad. Ce mouvement ne remettait pas le régime en question.

Aujourd'hui, l'idée de réformer le régime est totalement abandonnée par la majorité des réformistes. Il commence à y avoir une convergence pour un changement en Iran et pour la fin totale du régime actuel afin qu'il soit remplacé par un gouvernement représentatif où la souveraineté de la nation est garantie, où la Constitution dans le contexte des droits de la personne et de toutes les libertés est appliquée. Cela demande une coalition de toutes les forces politiques iraniennes.

Et quel est votre rôle à vous?

Mon rôle repose sur l'influence que j'ai sur mes compatriotes et sur la confiance qu'ils ont en moi. Mon rôle est d'être un facilitateur dans l'intérêt de la nation pour qu'elle se libère. Notre devoir aujourd'hui, c'est de soutenir ce mouvement et d'être son porte-parole à l'échelle internationale. La question n'est plus de savoir « si » le régime va tomber mais plutôt « quand » le régime va tomber.

Comment voyez-vous le rôle de la communauté internationale?

Je ne vois pas un engagement de sa part dans l'après-régime. La plupart des gouvernements, y compris le gouvernement canadien, sont figés dans le présent. Il faut qu'ils anticipent que ce régime peut tomber à tout moment.

Avons-nous suffisamment travaillé sur la solution de rechange? Cette solution ne va pas arriver par miracle. Le seul scénario gagnant, c'est le dialogue entre les pays libres et les forces démocratiques laïques iraniennes pour faciliter une transition et pour minimiser les pertes humaines. En attendant, il faut que la communauté internationale fasse davantage pression au moyen des sanctions.

Faites-vous partie de la solution de rechange avec un retour de la monarchie?

Je n'ai jamais pensé à un rôle. Mon unique mission, c'est d'aider à libérer mon peuple. Une fois libre, il pourra décider de son avenir, et ce sera la fin de mon mandat et de mes responsabilités envers mon pays.

Je n'arrive pas à réconcilier, dans ma pensée, le justificatif d'une transition du pouvoir basée sur un argument héréditaire. La raison pour laquelle je ne veux pas n'a rien à voir avec l'institution. J'aimerais pouvoir avoir un impact, j'aimerais pouvoir argumenter. Dès qu'on est dans une position comme celle de la reine Élisabeth, on est systématiquement muselé. On ne peut pas donner son opinion personnelle parce que ça peut être interprété comme une ingérence. Je ne me vois pas dans ce rôle. Je me vois davantage comme un avocat du peuple.

Proposez-vous une refonte totale du système politique en Iran?

Nous sommes un peuple diversifié, multilingue, multiethnique, multireligieux, mais chacun peut trouver sa place dans un État avec une vraie Constitution démocratique, avec une vraie séparation entre la religion et l'État, où tous les éléments dans la Déclaration universelle des droits de l'homme sont respectés. Nous cherchons les mêmes valeurs que les Canadiens, les Américains, les Français. Nous voulons travailler avec tout le monde.

Si nous avons des problèmes d'eau, les meilleurs spécialistes sont sûrement israéliens. Ce n'est pas Ahmadinejad, qui veut rayer Israël de la carte, qui va servir nos intérêts. Pourquoi l'Occident transige-t-il avec ce régime qui est contre les valeurs occidentales? Où sont tous ces mouvements féministes pour soutenir les Iraniennes? Où sont les mouvements qui soutiennent les droits de la communauté LGBTQ?

Ce n'est pas uniquement de la répression et des violations des droits de la personne en Iran. C'est aussi l'impact que ce régime a dans la région au chapitre de l'exportation du terrorisme et d'un islam religieux virulent [qui est problématique et] qui inquiète un grand nombre de pays saturés par les migrants qui arrivent sur leur territoire.

Il est possible de résoudre le problème des migrants, celui du chantage nucléaire iranien ainsi que la crainte énergétique puisque Poutine peut fermer le robinet à tout moment avant l'hiver. Tout ceci est lié au régime iranien. On pourrait régler tous ces problèmes grâce à la disparition de ce régime.

Après 43 ans d'exil, quel est votre sentiment personnel sur l'état du pays?

Ce sont des montagnes russes émotionnelles. En même temps, je vois dans tout cela un processus de maturité politique. La jeunesse iranienne aujourd'hui n'a rien à voir avec la jeunesse iranienne d'il y a 40 ans. Nous sommes parfois découragés, mais nous sommes fiers. Je suis fier. Le peuple a trop payé et en a assez. Donc, on fait ce qu'on peut, tout ce qu'on peut. J'ai l'espoir qu'ils vont réussir, je sais qu'ils vont réussir. C'est une question de temps.

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