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Vieillir chez soi, veiller sur les autres

Dans la province, une personne sur cinq a 65 ans et plus. Selon l’Institut de la statistique, les aînés représenteront le quart de la population en 2041.

Une dame âgée dans un fauteuil roulant avec une personne debout.

Le budget consacré aux soins à domicile est en augmentation depuis cinq ans au Bas-Saint-Laurent (archives).

Photo : Getty Images / iStock

Elles sont âgées de 77 et 68 ans et sont voisines. Chaque jour, elles veillent l'une sur l'autre dans le but de rester le plus longtemps possible dans leurs maisons. Mais tous n'ont pas cette chance. Alors que la population du Québec vieillit, comment prendre soin de nos aînés et assurer leur maintien à domicile?

Par une belle journée d'automne à Trois-Pistoles, Colette Belzile et sa voisine Sylvie Gagné, attablées autour d’un jeu de Scrabble, rigolent et discutent de tout et de rien. C’est d’ailleurs le célèbre jeu qui a permis aux deux femmes de faire connaissance, il y a près de trois ans. On joue notre partie de Scrabble en prenant un petit verre de vin rosé, raconte Sylvie. Aussitôt, Colette renchérit : Ben oui, un petit verre de rosé. On est à la retraite. On se gâte!

Leur histoire en est une d’amitié et de bienveillance. Moi, je l'aide pour des petits travaux. Je suis manuelle beaucoup. Quand elle a besoin de faire couper quelque chose avec une scie ronde ou de faire des réparations faciles, moi, j’ai tous les outils dans le garage puis dans la cave, ça fait que je lui donne un coup de main de ce côté-là, explique Sylvie avec un brin de fierté. La femme originaire de Saint-Mathieu-de-Rioux a plus d’un tour dans son sac. Elle refait les joints de douche et tond aussi le gazon de sa voisine.

Colette Belzile devant sa maison de Trois-Pistoles.

Colette Belzile, 77 ans, veut vivre dans sa maison le plus longtemps possible, mais bien qu'elle soit en forme, elle a besoin d'un coup de pouce pour le ménage et l'entretien de sa demeure.

Photo : Radio-Canada / Lisa-Marie Bélanger

Colette Belzile est heureuse dans sa maison située au cœur de Trois-Pistoles. Elle s’y sent bien. N’empêche, elle a besoin du coup de pouce de Sylvie et elle fait aussi appel de temps à autre à l’organisme Logis-Aide des Basques. Je vais avoir besoin d’aide pour le ménage. Ils vont venir la semaine prochaine, puis je ferai laver les planchers du rez-de-chaussée.

Une communauté bienveillante

Ce ne sont pas tous les aînés qui sont si bien entourés et c’est pour cette raison que le Dr Stéphane Lemire a créé la fondation AGES en 2019. Il croit fermement en ce qu’il nomme la gériatrie sociale, un mariage du communautaire et du clinique. On crée un réseau de repérage, un réseau bienveillant envers les aînés. Les sentinelles – on les appelle les sentinelles –, leur rôle, c'est d'être alerte quant au vieillissement, explique le gériatre.

Ces sentinelles font le lien entre les différents intervenants qui gravitent autour des aînés, ce qui leur permet de mieux connaître leurs besoins et de les diriger vers les ressources accessibles.

« Il faut s'occuper des aînés avant qu'ils aient besoin de se rendre à l'hôpital. »

— Une citation de  Dr Stéphane Lemire, gériatre, président-fondateur de la fondation AGES

Ce n'est pas un hasard si la MRC des Basques a été l'un des premiers endroits ciblés pour accueillir un projet pilote de gériatrie sociale. Dans cette partie du Bas-Saint-Laurent, une personne sur trois a 65 ans et plus. Le Dr Lemire indique que c'est un endroit intéressant parce que c'est un peu le Québec des prochaines années.

Recevoir des services chez soi

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent dépense annuellement autour de 71 millions de dollars pour aider 6000 personnes à demeurer chez elles. Ce sont principalement des aînés, mais ces chiffres comprennent aussi des personnes ayant un handicap physique ou mental. Le budget du CISSS consacré au maintien à domicile est en croissance depuis cinq ans et l’augmentation va se poursuivre avec le vieillissement de la population.

Avec un budget annuel de 1,3 million de dollars pour six projets pilote dans la province, le Dr Lemire estime que sa fondation réalise des miracles. On a fait une évaluation sommaire des projections sur la prévention des chutes, explique le Dr Lemire et si, grâce aux projets de gériatrie sociale, on réussit à prévenir deux ou trois chutes grosso modo dans une année, [par projet NDLR] le projet se paie tout seul, juste en comptant ce que ça coûte quand une personne tombe et doit aller à l'hôpital.

Sylvie Gagné assise à l'extérieur de sa résidence de Trois-Pistoles.

Sylvie Gagné, 68 ans, vient en aide à sa voisine, Colette Belzile, 77 ans, notamment en effectuant de menus travaux dans sa maison et en tondant sa pelouse.

Photo : Radio-Canada / Lisa-Marie Bélanger

Sylvie Gagné insiste : vivre dans sa maison, c'est bien, mais il faut avoir les moyens de l'entretenir pour conserver le domicile en bon état.

« Il devrait y avoir plus d'aide destinée aux personnes âgées [pour les] rénovations simples et urgentes. Changer des fenêtres, changer des portes. »

— Une citation de  Sylvie Gagné

Dans son jardin encore chargé de tomates en cette fin de saison, Colette Belzile est incapable de s’imaginer vivre ailleurs. Dans une maison pour personnes âgées, il y a quand même une routine, un règlement. Alors quand c'est l'heure d'aller manger, il faut que tu ailles manger. C'est l'heure du lever, il faut que tu te lèves. Moi, je me lève à l'heure que je veux ici , plaide-t-elle.

La septuagénaire entend vieillir dans sa maison et à son rythme.

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