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Le Japon entre recueillement et contestation aux funérailles nationales de Shinzo Abe

Une photo de Shinzo Abe lors de ses funérailles nationales sous de nombreuses fleurs.

De nombreux dignitaires ont rendu hommage à l'ancien premier ministre Shinzo Abe.

Photo : Reuters

Agence France-Presse

De nombreux dignitaires japonais et étrangers ont rendu hommage mardi à l'ancien premier ministre assassiné Shinzo Abe lors de funérailles nationales qui ont divisé le pays, des milliers de citoyens venant se recueillir tandis que d'autres manifestaient contre l'événement.

La cérémonie s'est ouverte avec l'arrivée d'Akie Abe, veuve de l'ancien dirigeant, vêtue d'un kimono noir et portant l'urne contenant les cendres de son mari au Nippon Budokan, le lieu des funérailles, où elle a été accueillie par le premier ministre en exercice Fumio Kishida.

Dans son éloge funèbre, M. Kishida a décrit M. Abe comme une personne de courage, dressant une liste de ses accomplissements parmi lesquels le renforcement des liens diplomatiques du Japon avec d'autres pays.

Je ressens un chagrin déchirant, a-t-il déclaré, face à un portrait du défunt surmontant une imposante composition florale où étaient déposées ses cendres, derrière le drapeau japonais et un alignement de médailles.

Dès mardi matin, des milliers de Japonais ordinaires avaient afflué devant le Budokan, haut lieu de compétitions d'arts martiaux, de concerts et de cérémonies officielles au coeur de la capitale, pour déposer des gerbes de fleurs et se recueillir brièvement à la mémoire de l'ancien dirigeant.

Je voulais le remercier. Il a tellement fait pour le Japon et la façon dont il est mort était tellement choquante, a dit à l'AFP Koji Takamori, un entrepreneur de 46 ans venu de l'île d'Hokkaido (nord) avec son fils de 9 ans.

Mais pour être honnête, je suis aussi venu parce qu'il y a eu tellement d'opposition à ces funérailles nationales, a-t-il ajouté.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau dépose des fleurs sur une table avant de signer un livre de condoléances pour l'ancien premier ministre japonais Shinzo Abe.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau lors d'un hommage rendu à l'ancien premier ministre japonais Shinzo Abe à l'ambassade du Japon, le mardi 12 juillet 2022 à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Controverses et manifestations

L'événement a en effet été loin d'être un moment d'union sacrée, ayant suscité d'intenses controverses et des manifestations.

M. Abe a battu le record de longévité d'un premier ministre en exercice au Japon : plus de huit ans et demi en 2006-2007 et 2012-2020.

Il était la figure politique japonaise la plus connue aussi bien dans son pays qu'à l'étranger, avec son activité diplomatique intense et sa politique de relance budgétaire et monétaire massive surnommée Abenomics.

Son assassinat par balles en plein rassemblement électoral le 8 juillet dernier, à 67 ans, a choqué le Japon et le monde entier.

Mais M. Abe était aussi honni par beaucoup pour ses vues ultralibérales et nationalistes, sa volonté de réviser la Constitution pacifiste japonaise et ses liens avec de nombreux scandales politico-financiers. Il était aussi détesté par beaucoup pour son discours nationaliste ainsi que de nombreuses affaires de clientélisme impliquant son entourage.

Le mobile de son assassin présumé – les liens supposés de M. Abe avec l'Église de l'Unification, surnommée secte Moon, accusée d'exercer de fortes pressions financières sur ses membres – a encore un peu plus terni l'image de l'ex-premier ministre, selon ses détracteurs.

Depuis sa mort, les révélations pleuvent sur l'ampleur des liens entre cette Église et des parlementaires nippons, surtout du Parti libéral-démocrate (PLD, droite au pouvoir), autrefois dirigé par M. Abe et aujourd'hui par l'actuel premier ministre Kishida, dont la cote de popularité a fondu depuis cet été.

Forte opposition de la population

La décision rapide et unilatérale de M. Kishida d'organiser des funérailles nationales a indigné l'opposition qui estime que cela aurait dû être débattu et approuvé au Parlement. Plusieurs partis d'opposition ont boycotté la cérémonie.

Des hommages de ce type pour des responsables politiques sont rarissimes au Japon depuis l'après-guerre, le seul précédent remontant à 1967.

Le coût estimé de la cérémonie – l'équivalent de 15,8 millions de dollars canadiens – a aussi irrité. Après les défaillances de la protection rapprochée de M. Abe, le gouvernement n'a pas lésiné sur la sécurité : 20 000 policiers étaient déployés pour l'occasion, selon les médias locaux.

Des manifestations pacifiques contre l'événement ont parfois réuni plusieurs milliers de personnes ces dernières semaines et un nouveau rassemblement avait lieu mardi devant le Parlement.

Un homme a aussi tenté de s'immoler par le feu près des bureaux du premier ministre la semaine dernière pour protester contre l'hommage national, selon les médias locaux.

Selon les derniers sondages, environ 60 % des Japonais étaient opposés à ces funérailles nationales.

Présence de plusieurs dignitaires

Quelque 4300 personnes, dont 700 dignitaires étrangers, étaient présentes à cette cérémonie non confessionnelle d'une heure et demie.

Des gens masqués assistent aux funérailles de Shinzo Abe.

Plusieurs dignitaires étrangers, dont la vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris, ont assisté aux funérailles nationales de l'ancien premier ministre du Japon.

Photo : Reuters / POOL

Après l'hymne national et une minute de silence, plusieurs éloges funèbres ont été prononcés, notamment par M.  Kishida et Yoshihide Suga, ancien bras droit de M. Abe qui lui avait succédé comme premier ministre (2020-2021).

L'empereur du Japon, Naruhito, et son épouse, Masako, n'étaient pas présents en raison de leur statut de symboles nationaux politiquement neutres, mais d'autres membres de la maison impériale y assistaient.

Parmi les invités étrangers figuraient la vice-présidente américaine Kamala Harris, le premier ministre indien Narendra Modi et son homologue australien Anthony Albanese ou encore le président du Conseil européen Charles Michel. La France était représentée par son ancien président Nicolas Sarkozy.

La Chine, avec laquelle le Japon entretient des relations froides, a envoyé un représentant, mais pas de membre de son exécutif.

Le Canada représenté par François-Philippe Champagne

C'est le ministre de l'Innovation, des Sciences et de l'Industrie François-Philippe Champagne qui a représenté le Canada, en remplacement de Justin Trudeau, resté au pays en raison des dommages entraînés par le passage de Fiona dans l'Atlantique.

La vice-présidente américaine Kamala Harris, le prince héritier du Japon Akishino et d'autres dignitaires étrangers et japonais étaient aussi présents.

Rappelons que M. Abe avait été incinéré en juillet après des funérailles privées dans un temple de Tokyo quelques jours après son assassinat.

Tokyo était sous sécurité maximale lors des funérailles nationales, en particulier près de la salle Budokan.

Avec les informations de The Associated Press

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