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Le ciment en pénurie depuis plusieurs mois

L'Association canadienne du ciment signale que les problèmes de chaîne d’approvisionnement de même que le manque de main-d’oeuvre et l’inflation contribuent à la pénurie de ciment.

Ils sont à contre-jour sur un échafaudage, devant un ciel bleu.

Des travailleurs de la construction sur un chantier

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Depuis des mois, les cimenteries nord-américaines peinent à répondre à la demande grandissante de ciment, une composante essentielle du béton. Compte tenu de la prévalence de ce matériau dans l’industrie de la construction, les promoteurs immobiliers font face à des défis logistiques qui compliquent la réalisation de leurs projets.

Alors que les fournisseurs de béton étaient auparavant en mesure de traiter des commandes à quelques heures de préavis, la réalité est bien différente aujourd’hui, remarque Richard Lyall, le président du Conseil de la construction résidentielle de l’Ontario (RESCON). Les promoteurs doivent maintenant passer leurs commandes plusieurs semaines à l’avance, explique-t-il, et espérer que celles-ci soient honorées.

Dans un communiqué paru en juillet, l'association Concrete Ontario, qui représente les producteurs ontariens de béton, informait l’industrie que des défis sans précédent affectent la capacité des fournisseurs à répondre à la demande.

L’association identifiait alors des problèmes dans la chaîne d’approvisionnement, des pénuries d’équipements et des fermetures temporaires d'usines comme principaux motifs à ce qu’elle qualifiait de situation d’urgence.

Un pilier en béton de la ligne de train léger d'Edomton Valley Southeast.

Au Canada, le béton est utilisé dans la construction de structures variées.

Photo : Radio-Canada / Trevor Wilson

Il n’y a aucune certitude que [le béton] sera livré au moment convenu, soutient M. Lyall qui note que les fondations de la grande majorité des immeubles en Ontario sont construites avec ce matériau. Si tu ne coules pas le béton au moment prévu, toute la construction est retardée, explique-t-il.

Selon lui, les nombreux promoteurs qui ont tenté d’obtenir du ciment de fournisseurs à l'extérieur de la province et même du Canada se sont butés à une pénurie qui touche toute l’Amérique du Nord.

L'Association canadienne du ciment cite aussi les problèmes de chaîne d’approvisionnement, de même que le manque de main-d’oeuvre et l’inflation pour expliquer le problème.

Des ouvriers coulent du ciment sur un chantier.

Le ciment est une composante essentielle du béton, un matériau dont l'utilisation est omniprésente dans l'industrie de la construction canadienne.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L’industrie s’efforce de produire autant de ciment que possible pour répondre à la demande, assure le PDG Adam Auer, dans une déclaration écrite.

En principe, poursuit-il, cette demande est très positive – elle démontre que les gouvernements et le secteur privé continuent de stimuler l’économie par le biais de projets de construction et de modernisation, grands et petits. Il prévoit une amélioration graduelle de la situation.

Dans son communiqué, Concrete Ontario dit s’attendre à ce que les problèmes d’approvisionnement perdurent jusqu’à la fin de l’année. L’association n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.

Un approvisionnement difficile pour plusieurs matériaux

Il y a quelques semaines, le manque de personnel chez un fournisseur de béton a retardé un projet de construction résidentiel de l’architecte torontois John Romanov. Bien que les travaux de ce projet ont pu se poursuivre entre-temps, M. Romanov soutient que plusieurs chantiers ont dû être arrêtés pendant quelques semaines en raison de situations similaires.

Malgré tout, il dit ne pas avoir vu de panique au sein de l’industrie. L’architecte explique que la pandémie a affecté la disponibilité de la plupart des matériaux de construction, un phénomène auquel les promoteurs n’ont eu d’autres choix que de s’adapter.

Ces pressions ont également eu une incidence sur le prix des matériaux. Selon les données de Statistique Canada, les produits de construction sont 14,8% plus chers aujourd’hui qu’à pareille date l’an dernier, des augmentations qui se répercutent dans le coût des projets immobiliers.

En un an, les frais de construction des bâtiments résidentiels ont grimpé de 26,5% à Toronto, toujours selon Statistique Canada.

L’accès restreint au béton demeure néanmoins préoccupant pour l’industrie, puisque ce matériau est pour l'instant difficilement substituable. Pour un grand immeuble, on ne peut pas vraiment s’écarter du béton, remarque M. Romanov.

Devant ces défis, M. Lyall, le président de RESCON, s’inquiète de la capacité de l’industrie à répondre aux besoins de logements. Nous avons un énorme défi devant nous, insiste-t-il en soulignant les barrières grandissantes à la construction de nouveaux immeubles.

Par courriel, le ministère des Affaires municipales et du Logement de l’Ontario dit travailler entre autres avec le gouvernement fédéral pour trouver des solutions aux problèmes d'approvisionnement des matériaux de construction, dont le ciment.

Le gouvernement Ford soutient vouloir développer la production locale de ces matériaux, lui qui rappelle sa promesse de bâtir 1,5 million de nouvelles maisons dans la prochaine décennie.

Ne jamais gaspiller une bonne crise

Dans les années 50 et 60, les promoteurs à Toronto se sont tournés vers le béton parce que c’était rapide et abordable, remarque Pina Petricone, architecte et professeure à l’Université de Toronto.

Un constat est évident, selon elle : le béton n'est aujourd’hui ni rapide ni abordable.

Mme Petricone estime que les pressions actuelles offrent à l’industrie l’occasion de revoir son utilisation du béton, un matériau qu’elle dit excessivement polluant.

L’architecte est elle-même l’auteure d’un livre explorant des approches innovantes à l’usage du béton, des approches favorisées notamment par de nouvelles technologies qui réduisent l'empreinte écologique de ce matériau.

Elle note par ailleurs la possibilité de recycler le béton des nombreux immeubles de style brutaliste construits dans la seconde moitié du 20e siècle.

La façade en béton de la bibliothèque Robarts, à l'Université de Toronto.

La bibliothèque Robarts, à l'Université de Toronto, est l'un des nombreux immeubles de style brutaliste à Toronto.

Photo : Katherine Holland/CBC

Le bois massif peut également remplacer le béton dans certaines circonstances, explique Mme Petricone. Elle comprend néanmoins le réflexe de l’industrie de se tourner vers un matériau qu’il emploie avec expertise depuis des décennies.

M. Lyall estime que pour l’instant la priorité devrait être de résoudre les difficultés d’approvisionnement et de lever les barrières à la construction de nouveaux immeubles, des efforts qui peuvent être ralentis, selon lui, par les coûts additionnels qu’amènent de nouvelles façons de faire.

Il se dit persuadé que les cimenteries pourront rétablir l’accès au béton d’ici le printemps prochain.

En avril dernier, dans un communiqué, Concrete Ontario invitait les entreprises de l’industrie à passer plus de temps à gérer leur chaîne d’approvisionnement et à s’adapter aux changements majeurs que connaît le secteur.

Bienvenue dans la nouvelle normalité, concluait alors l'organisme.

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