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Manifestations en Iran : des dizaines de morts en 10 jours, selon une ONG

Des femmes manifestent.

À Toronto comme dans d'autres villes canadiennes, de nombreuses personnes ont manifesté leur solidarité envers les femmes iraniennes.

Photo : afp via getty images / GEOFF ROBINS

Agence France-Presse

Plus de 75 personnes ont été tuées en Iran dans la répression des manifestations déclenchées il y a dix jours par la mort d'une jeune femme détenue par la police des mœurs, a indiqué lundi une ONG.

Les autorités iraniennes ont donné un bilan de 41 morts, notamment des manifestants et des membres des forces de l'ordre. Elles ont aussi annoncé l'arrestation de plus de 1200 manifestants.

Les protestations ont éclaté le 16 septembre après le décès à l'hôpital de la jeune Iranienne de 22 ans Mahsa Amini, arrêtée trois jours auparavant pour non-respect du code vestimentaire strict pour les femmes en République islamique d'Iran.

Ces manifestations sont les plus importantes depuis celles de novembre 2019, provoquées par la hausse des prix de l'essence en Iran, qui avaient été sévèrement réprimées [230 morts selon un bilan officiel, plus de 300 selon Amnistie internationale].

Selon l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, au moins 76 personnes ont été tuées dans les manifestations, dont six femmes et quatre enfants, dans 14 provinces du pays.

L'ONG a affirmé avoir obtenu des vidéos et des certificats de décès confirmant des tirs à balles réelles sur des manifestants.

Une colère qui ne s'apaise pas

Depuis le décès de Mahsa Amini, les Iraniens sont descendus chaque soir dans la rue.

Le matin, ma femme conduit les enfants à l'école et moi j'ouvre mon magasin. Tout est calme, a indiqué Mahmoud, 60 ans, sur la place Valiasr, à Téhéran. Mais dès que le soir tombe et que les manifestations commencent, je suis obligé de fermer mon magasin.

De nombreux policiers casqués et armés de bâtons prennent alors position pour tenter d'empêcher les rassemblements.

Encore dimanche soir, les protestations ont eu lieu à Téhéran et dans plusieurs villes.

Dans le nord-ouest de la capitale, des manifestants, dont certains rassemblés sur des toits d'immeubles, lancent des slogans antigouvernementaux entrecoupés de Femme, Vie et liberté, a raconté Ali, un habitant.

Selon des images publiées par l'IHR, des manifestants à Téhéran ont crié Mort au dictateur, appelant à la chute du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

Dans une manifestation, image de l'ayatollah Ali Khamenei et de Mahsa Amini.

Des manifestants en Iran réclament la chute du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

Photo : Getty Images / Alex Wong

La police antiémeute a frappé des manifestants à coups de matraque et des étudiants ont déchiré de grandes photos du guide suprême et de son prédécesseur, l'imam Khomeiny, d'après de récentes vidéos publiées par l'AFP.

Elle a aussi tiré des plombs et à balles réelles sur les protestataires qui ont lancé des pierres, incendié des voitures de police et mis le feu à des bâtiments publics, selon des groupes de défense des droits de la personne.

D'autres images ont montré des femmes enlevant et incendiant leurs voiles ou se coupant symboliquement les cheveux, encouragées par la foule, dans plusieurs villes.

De nombreuses arrestations

Plus de 1200 arrestations ont été effectuées par les autorités : environ 450 dans la province de Mazandaran (nord) et plus de 700 dans la province voisine de Gilan. Par ailleurs, le Comité pour la protection des journalistes a fait état lundi de l'arrestation de 20 journalistes iraniens depuis le 16 septembre.

L'Iran a imputé le mouvement de contestation à des complots étrangers, pointant du doigt les États-Unis, son ennemi juré.

Son chef de la diplomatie, Hossein Amir-Abdollahian, a critiqué l'approche interventionniste des États-Unis dans les affaires de l'Iran, leur reprochant de soutenir les émeutiers.

Face à la répression, l'Union européenne a dénoncé l'usage généralisé et disproportionné de la force.

Le président américain Joe Biden a lui aussi dénoncé la répression des manifestations, se disant solidaire des femmes courageuses d'Iran.

Dans une manifestation, une femme s'oppose à un membre des forces de l'ordre en uniforme noir.

En France comme dans plusieurs autres pays, de nombreuses personnes sont descendues dans les rues pour soutenir les femmes iraniennes.

Photo : Getty Images / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Le Canada a décidé d'imposer des sanctions contre une dizaine de responsables iraniens et d'entités dont la police des mœurs.

Et Berlin a appelé l'Iran à ne pas recourir à la violence contre les manifestants.

Mais les autorités iraniennes restent fermes.

Samedi, le président conservateur Ebrahim Raïssi a appelé les forces de l'ordre à agir contre les manifestants, qualifiés d'émeutiers. Après lui, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a exclu toute indulgence envers les instigateurs des émeutes.

Néanmoins, un important religieux conservateur et un ardent défenseur d'Ali Khamenei, le grand ayatollah Hossein Nouri Hamedani, a appelé les autorités à écouter les demandes du peuple et à régler ses problèmes.

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