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« Les jeunes Iraniens ne supportent pas les contraintes qu’on leur impose »

Une Iranienne vivant en Turquie brandit ses cheveux après les avoir coupés avec une paire de ciseaux.

Une Iranienne vivant en Turquie brandit ses cheveux après les avoir coupés avec une paire de ciseaux, lors d'une manifestation devant le consulat d'Iran à Istanbul le 21 septembre 2022

Photo : Getty Images / AFP / Yasin Akgul

Dix jours après la mort d’une femme de 22 ans aux mains de la police des mœurs iranienne pour « port inapproprié  » du foulard islamique, un nouveau symbole de révolte voit le jour en Iran, attisant la colère des manifestants confrontés à une répression étatique grandissante.

Sortie dans les rues du pays, comme des milliers d’autres pour manifester contre la mort brutale de Mahsa Amini, Hadis Najafi, 20 ans, a été atteinte de six balles à la tête, au cou et à la poitrine, dans la petite ville de Karaj, à l'ouest de Téhéran.

Survenue jeudi dernier, sa mort n’a été annoncée que dimanche par la journaliste d’origine iranienne, Masih Alinejad.

Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux montre la jeune femme en train de nouer ses cheveux blonds avant de rejoindre une foule d’autres manifestants.

Selon Mahnaz Shirali, sociologue et politologue, Hadis Najafi symbolise le courage des femmes iraniennes. De par leur résistance à la répression religieuse et à un État particulièrement violent avec les femmes, elles sont devenues un exemple pour toutes les femmes du monde, ajoute la spécialiste de l'Iran en entrevue à Tout un matin.

L’experte estime aussi fort révélatrices des vidéos devenues virales montrant des femmes iraniennes se coupant les cheveux en soutien au mouvement de manifestation.

Ça représente l'empiétement des valeurs traditionnelles d’une société patriarcale qui apprécie les cheveux longs, explique Mahnaz Shirali.

« Ces jeunes femmes, en coupant leurs cheveux, veulent empiéter sur les valeurs patriarcales qui ont toujours étouffé les femmes et qui, aujourd’hui, ont tué Mahsa Amini et Hadis Najafi. »

— Une citation de  Mahnaz Shirali, professeure à Sciences Po, spécialiste de l'Iran

Mme Shirali se réjouit également que les manifestantes iraniennes soient appuyées par plusieurs de leurs homologues masculins, un signe, selon elle, de la vitalité de la société civile iranienne.

Pour la première fois en 43 ans, on voit que les hommes iraniens à leur tour soutiennent les femmes et sont devenus à leur tour les défenseurs de la cause féminine, note la sociologue. Ça montre que la société iranienne est une société vivante malgré 43 années de répression massive de la part d’un État dictatorial.

Selon elle, le mouvement actuel est signe que la jeunesse iranienne n’adhère pas aux valeurs de la République islamique d’Iran, établie en 1979.

Bien qu’ils n’aient connu aucun autre régime politique, les jeunes Iraniens, observe-t-elle, ont grandi avec les réseaux sociaux. C’est cette vitrine qui leur permet de voir un autre mode de vie, plus libre.

Ils ne supportent pas les contraintes que la République islamique leur impose et du coup ils sont complètement en révolte, parce qu’ils aspirent à vivre comme les autres jeunes de leur âge, ajoute-t-elle.

Ce sont ces mêmes réseaux, note la spécialiste, qui offrent un grand potentiel de création de mouvements sociaux, en permettant aux jeunes de s’organiser et de faire du recrutement.

Téhéran intraitable face aux manifestants

Les autorités iraniennes sont bien au fait du pouvoir des réseaux sociaux comme outil de mobilisation. C’est ce qui explique pourquoi elles ont décidé de bloquer l’accès aux applications Instagram et WhatsApp dans la foulée des récentes manifestations (les sites Facebook et Twitter étant déjà bannis depuis longtemps en Iran).

Ce verrouillage numérique s’ajoute à des méthodes répressives plus traditionnelles.

Des groupes de défense des droits de la personne rapportent que les forces de sécurité ont tiré des plombs et à balles réelles sur des participants qui ont lancé des pierres, incendié des voitures de police et mis le feu à des bâtiments publics.

Des gens qui lèvent leurs mains.

Plus d'un millier de manifestants ont été arrêtés depuis la mort de Mahsa Amini.

Photo : Getty Images

Lundi, les autorités ont indiqué avoir arrêté plus de 450 émeutiers dans la seule province de Mazandara, dans le nord du pays. Deux jours auparavant, les autorités avaient annoncé l'arrestation de plus de 700 personnes dans la province voisine de Gilan.

Le Comité de protection des journalistes et l’organisme Reporters sans frontières rapportent et dénoncent pour leur part l’arrestation de 18 journalistes depuis le début du soulèvement, dont plusieurs lors de descentes nocturnes à leur domicile et sans mandat d'arrêt ou explication des accusations.

Nilufar Hamedi, qui s'était rendue dans l'hôpital où Mahsa Amini se trouvait dans le coma et a contribué à alerter l'opinion mondiale sur son sort, fait partie des 18 journalistes détenus.

Selon le dernier bilan officiel iranien, au moins 41 personnes, dont des manifestants et des membres des forces de l’ordre, ont été tuées depuis le début des manifestations, le 17 septembre.

Mais d’après l'ONGIran Human Rights, le bilan pourrait être beaucoup plus lourd. L’organisme basé à Oslo, en Norvège, fait état de 57 manifestants tués.

Des manifestants brandissent des affiches en soutien au guide suprême iranien, l'Ayatollah Ali Khamenei.

Des organisations progouvernementales ont organisé de grands rassemblements pour défendre le port obligatoire du foulard islamique, dont l'un s'est déroulé dimanche sur la place de la Révolution à Téhéran.

Photo : Getty Images / AFP /

Et tout indique que la répression va s’accentuer. Dimanche, le premier ministre ultraconservateur Ebrahim Raïssi a promis d’agir de manière décisive avec les manifestants.

Un appel auquel a fait écho le chef de l’Autorité judiciaire iranienne, Gholamhossein Mohseni Ejeï. Ce dernier a menacé de ne faire preuve d'aucune indulgence à l’égard des manifestants et a appelé les forces de l'ordre à agir fermement contre ceux qui portent atteinte à la sécurité [publique].

Regain des tensions avec l’Occident

La réponse du régime iranien au mouvement de contestation ajoute aux tensions entre Téhéran et les capitales occidentales.

Lors d’un point de presse, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a critiqué le régime iranien pour son mépris des droits de la personne et annoncé des sanctions contre des douzaines de personnes et d’entités iraniennes, incluant la soi-disant police de la moralité.

Plus tôt, lundi, le gouvernement allemand a convoqué l'ambassadeur iranien à Berlin pour une discussion sur la répression des protestations, au lendemain des condamnations du chef de la diplomatie de l’Union européenne. Josep Borrell, a dénoncé dimanche l'usage généralisé et disproportionné de la force par les autorités iraniennes contre des manifestants non violents.

Deux jours avant, le président américain, Joe Biden, s'est dit solidaire des femmes courageuses d'Iran et a dénoncé la répression violente des manifestations à la tribune de l'ONU.

De son côté, l’Iran n’hésite pas à imputer l’organisation de ces manifestations à des complots étrangers, pointant du doigt son ennemi juré, les États-Unis.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, a critiqué l'approche interventionniste des États-Unis dans les affaires de l'Iran, reprochant à Washington de soutenir les émeutiers.

Avec les informations de AFP

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