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Consultations publiques : les Montréalais veulent un futur chef de police proche d’eux

Les insignes du SPVM sur une chemise d'officier.

La prochaine personne à revêtir les épaulettes de chef de la police de Montréal devrait être choisie d'ici le mois de décembre.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Au terme d'un processus de consultations publiques de près de trois mois, le profil et les compétences du prochain chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sont maintenant connus, a appris Radio-Canada.

Selon nos informations, deux rapports de consultation ont été produits par l'Institut du Nouveau Monde (INM). Les deux documents aboutiraient à la conclusion que la population ainsi que les policiers du SPVM souhaitent que le prochain chef de police soit transparent dans sa gestion et qu'il soit, surtout en 2022, un excellent communicateur.

Après Toronto qui a choisi de consulter, l'an dernier, sa population pour choisir son futur chef de police, rappelons que Montréal a décidé en avril dernier de lui emboîter le pas pour pourvoir le poste laissé vacant par le départ à la retraite de Sylvain Caron.

Le département des ressources humaines de la Ville a recommandé à l'administration de retenir les services d'une firme externe pour s'assurer que le processus soit rigoureux et impartial, a expliqué une source proche des consultations publiques, mais qui n'a pas l'autorisation de parler aux médias.

Selon les conclusions de ces consultations, la personne qui sera choisie d'ici décembre pour diriger la police de Montréal devra faire preuve d'aptitudes exceptionnelles de communication, car elle sera appelée à prendre très souvent la parole publiquement, en plus de s'engager à rendre compte et à faire preuve de transparence envers la population.

Ce souhait de communiquer davantage serait partagé par les policiers du SPVM, qui ont aussi participé aux consultations publiques. Ils réclameraient du futur chef qu'il soit capable d'incarner la fierté de l'uniforme, de les défendre et d'expliquer la réalité de leur travail à la population.

Toujours selon nos informations, l'administration municipale a également des attentes à l'égard des aptitudes de communicateur du prochain chef. Les élus souhaitent que ce dernier soit en mesure de vulgariser le plan montréalais pour combattre la violence armée et d'expliquer aux résidents de la métropole « ce qui va bien et ce qui va mal ».

Pour ce faire, le prochain directeur du SPVM devra, selon le rapport de recherche, maîtriser parfaitement le français et l'anglais afin de s'adresser directement à l'ensemble de la population de Montréal.

On veut incarner le changement

Selon moi, la Ville va vouloir embaucher un chef qui incarne une vision d'avenir de la police. Dans l'appareil municipal, le sentiment est qu'on veut incarner le changement. Pas mettre en poste un candidat nostalgique de la façon de faire la police d'il y a 5-6 ans. Le métier se transforme rapidement. Aujourd'hui, on est rendu en 2022, a commenté cette même source dans le dossier.

Il appert donc que le prochain chef de police devra faire preuve de transparence tant avec sa population qu'avec ses policiers relativement à sa gestion du SPVM.

D'ailleurs, les policiers et leur syndicat auraient réclamé une gestion plus démocratique de leur organisation relativement à l'octroi de promotions à l'interne, sans favoritisme et en privilégiant les policiers qui répondent aux compétences requises.

Toujours selon nos informations, plus de 70 personnes ont été sondées par une firme externe pour en venir à ces conclusions. Ainsi, sept groupes de discussion formés de policiers et de cadres du SPVM, en plus de la Fraternité des policiers et policières, ont été interrogés.

Nous avons fait valoir que, dans le contexte actuel, nous avions besoin d’une personne aguerrie avec d’excellentes capacités opérationnelles en milieu urbain et ayant déjà occupé un poste de haut niveau dans une grande organisation policière, a affirmé Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières au terme des groupes de discussion.

Des communautés culturelles et des organismes communautaires ainsi que des membres de la communauté 2SLGBTQ+ se sont également prêtés à l'exercice de ces groupes de discussion.

« Les commissaires responsables des relations avec les peuples autochtones et engagés dans la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques ont été consultés pour ne pas oublier aucun groupe de la société civile. »

— Une citation de  Une source proche du dossier

De plus, 767 résidents de l'île de Montréal, ciblés spécifiquement par la firme BIP Recherche, ont été consultés après avoir été choisis en fonction de leur âge, leur sexe, leur langue maternelle, leur origine ethnique et leurs revenus. Les entrevues téléphoniques duraient une douzaine de minutes et les formulaires en ligne contenaient 22 questions, dont 3 semi-ouvertes, pour formuler des commentaires.

Une source proche du dossier assure que l'échantillonnage de la population et la méthodologie sont rigoureux. La marge d'erreur de l'échantillonnage serait de 3,5 %, 19 fois sur 20.

Selon ce rapport de recherche, 9 Montréalais sur 10 souhaiteraient que la communication, la transparence et l'obligation de rendre des comptes soient priorisées, avant même les compétences de gestion.

Il importerait en particulier, chez les plus jeunes répondants aux consultations publiques, que la personne qui deviendra chef du SPVM soit capable de bien saisir les enjeux sociaux de la métropole, puisse faire preuve de sensibilité en matière de racisme systémique et ait un sens prononcé de justice sociale.

Pas d'opération cosmétique

En coulisses, la rumeur courait qu'une personne caucasienne, de sexe masculin, quinquagénaire et ayant fait carrière en police n'aurait aucune chance d'être retenue au terme du comité de sélection.

Ces informations ont été démenties.

L'administration Plante n'est pas en opération cosmétique. Que le prochain chef soit noir, asiatique, gai ou hétéro importe peu. La Ville ne s'arrêtera pas à la simple apparence d'un candidat. Ce sont les qualités démontrées dans une candidature qui seront prises en considération, a commenté notre informateur, toujours sous le couvert de l'anonymat.

« Ce qui est recherché, c'est une personne de qualité qui aura une fine connaissance des enjeux sociaux de Montréal, et qui aura une sensibilité à la justice sociale et aux discriminations systémiques. On parle d'une personne qui représentera les Montréalais. Incarner le changement, c'est ça. »

— Une citation de  Une source proche du dossier

On affirme que les audiences publiques vont servir à préparer les entrevues pour trouver la perle rare. La Ville espère que les candidats de qualité vont se manifester pour diriger le SPVM.

Les priorités du prochain chef

L'Institut du Nouveau Monde en serait aussi venu à la conclusion, dans son rapport de recherche, que le prochain chef devra affronter de grandes problématiques de sécurité publique.

À commencer par la violence armée, qui serait la principale préoccupation de la population.

Maintenant que le gouvernement du Québec a accordé 250 millions supplémentaires à la métropole pour combattre la violence armée, le prochain chef devra avoir une vision et proposer un plan concret aux Montréalais dont le sentiment de sécurité a été ébranlé par les coups de feu des deux dernières années.

En matière de prévention, plusieurs intervenants civils ont réclamé que le prochain directeur de la police de Montréal s'engage à rebâtir des ponts avec les populations marginalisées et discriminées à Montréal.

Les groupes de discussion auraient également permis de soulever les questions de la dégradation de la cohabitation sociale, de la montée de la cybercriminalité et de l'augmentation des crimes à caractère haineux.

Le Service de police de la Ville de Montréal est le plus important corps policier municipal du Québec et le deuxième en importance au Canada, après Toronto.

La Ville de Montréal devrait rendre public l'affichage du poste de directeur d'ici la fin du mois d'octobre, soit un mois avant l'échéance prévue.


Qui sont les derniers chefs de police à Montréal?

Sophie Roy, 2022-

Sophie Roy, en conférence de presse.

Première femme à diriger la police de Montréal, Sophie Roy assure l'intérim en tant que chef du SPVM depuis avril dernier.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sophie Roy a marqué l'histoire de la police de Montréal en devenant la première femme à diriger le Service de police de la Ville de Montréal. Bien que son mandat soit intérimaire, elle a hérité de dossiers chauds comme la violence armée, la lutte contre le trafic d'armes, le manque d'effectifs policiers et les départs de policiers qui souhaitent poursuivre leur carrière policière ailleurs qu'à Montréal. Au cours de sa carrière, elle a eu à gérer le poste de quartier 39 après la mort de Fredy Villanueva à Montréal-Nord. Elle a aussi eu le mandat de rebâtir la Division des affaires internes à la demande de Martin Prud'homme, en 2018. Elle cumule 34 années de carrière au SPVM.

Sylvain Caron, 2018-2022

Sylvain Caron, en conférence de presse.

Sylvain Caron, qui a dirigé le SPVM de 2018 à 2022, est aujourd'hui retraité.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Sylvain Caron a été nommé directeur adjoint en 2018 durant l'intérim de Martin Prud'homme. Policier de carrière à la Sûreté du Québec, il venait de prendre sa retraite du poste de directeur général adjoint lorsqu'il a accepté de relever le défi de diriger le SPVM. La Ville de Montréal a recommandé sa nomination au gouvernement du Québec pour prendre la relève de Martin Prud'homme, qui souhaitait retourner à la Sûreté du Québec après son mandat intérimaire d'un an.

Martin Prud'homme, 2017-2018

Un homme vêtu de l'uniforme du Service de police de la Ville de Montréal.

Martin Prud'homme a dirigé par intérim le SPVM, de décembre 2017 à novembre 2018. Il est désormais directeur général adjoint à la sécurité urbaine de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Surnommé le « superflic », Martin Prud'homme a dirigé le SPVM en décembre 2017, au terme d'une crise de confiance qui venait de coûter le poste à son prédécesseur Philippe Pichet. À la demande du ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, M. Prud'homme a eu à réorganiser l'organigramme de la police de Montréal et à rebâtir la Division des affaires internes pour mettre fin aux guerres de clans qui ont éclaté sur la place publique.

Philippe Pichet, 2015-2017

Philippe Pichet, directeur du SPVM

Philippe Pichet a dirigé le SPVM de 2015 à 2017. Il est aujourd'hui inspecteur-chef dans la région du sud-ouest du SPVM.

Photo : Radio-Canada / image: Radio-Canada

Nommé sous l'ère de l'ancien maire Denis Coderre, Philippe Pichet aura connu un mandat houleux en héritant des conséquences de la guerre de clans qui sévissait depuis plusieurs années au sein de la police de Montréal. Au terme d'une année 2017 mouvementée, il s'est fait retirer ses fonctions de chef de police après le dépôt du rapport de Me Michel Bouchard remis au ministère de la Sécurité publique. M. Pichet n'a jamais été reconnu responsable d'une quelconque faute. Il dirige désormais près de 2000 policiers et une vingtaine de postes de quartiers dans le sud et l'ouest de Montréal.

Marc Parent, 2010-2015

L'ex-directeur du SPVM Marc Parent

Marc Parent a été le chef de la police de Montréal de 2010 à 2015. Il est aujourd'hui le chef de la direction des Commissionnaires du Québec.

Photo : Radio-Canada

Le mandat de Marc Parent a été marqué par les manifestations lors du printemps érable en 2012. Au cours de son mandat, il a reçu plusieurs distinctions de la part de groupes communautaires et culturels à Montréal, notamment en 2015, lors de la 24e édition du Mois des Noirs. M. Parent avait lancé une série de programmes pour mieux intégrer le SPVM à la communauté montréalaise. À couteaux tirés avec l'ancien maire Denis Coderre, il a décidé de partir à la retraite après 31 années de service, même s'il était très apprécié de ses troupes policières.

Yvan Delorme, 2005-2010

Yvan Delorme sourit dans un studio de Radio-Canada.

Yvan Delorme a dirigé le SPVM de 2005 à 2010. Aujourd'hui retraité, il s'est lancé en affaires, soit la production de cannabis pour fournir la SQDC.

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

À 47 ans, il est devenu le plus jeune chef à être nommé à la tête de la police de Montréal. Inspecteur-chef à la Division des opérations, il aura passé une bonne partie de sa carrière policière à combattre le crime organisé et le trafic de stupéfiants. Il a pris sa retraite pour des motifs personnels au moment où le SPVM était plongé dans la controverse. C'était en mai 2010, un mois après que La Presse eut fait des révélations de fraude sur l'ancienne agence BCIA qui assurait aussi la surveillance des bâtiments du SPVM. Il est aujourd'hui actionnaire majoritaire de Qc Gold Tech, un fournisseur de cannabis qui approvisionne la SQDC.

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