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Chronique

Zoom sur la Place de l’Hôtel-de-Ville, le 8 mai 1945

Image d'époque de la Place-de-l'Hôtel-de Ville bondé de gens.

La place de l’Hôtel-de-Ville le 8 mai 1945

Photo : Studio W.B Edwards

Vous êtes-vous déjà perdu pendant de longues minutes dans la contemplation d'une photo ou d'une gravure ancienne? Certaines sont particulièrement riches en détails, et mènent à toutes sortes d'anecdotes méconnues. Exactement comme cette image montrant la Place de l'Hôtel-de-Ville il y a plus de 75 ans!

Le 8 mai 1945, surnommé le Jour de la Victoire, n’est pas un jour ordinaire. La capitulation de l’Allemagne nazie, tôt ce matin-là, venait enfin de mettre un terme à la Seconde Guerre mondiale, considérée comme le conflit le plus meurtrier de l’histoire moderne. Au Canada, la nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre après la diffusion, à 9 h 30, d'un discours du premier ministre Mackenzie King, alors en déplacement aux États-Unis.

Parmi les centaines de photos témoignant de l’explosion de joie qui déferle alors sur la planète, le cliché du studio W.B. Edwards croqué à Québec ce jour-là est dans une classe à part, selon l’historien Pierre Lahoud. Et il est truffé de détails intéressants!

Image d'époque avec des chiffres allant de 1à 6 juxtaposés par-dessus.
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Le jour de la Victoire vu par le studio W.B Edwards, le 8 mai 1945, sur la Place de l’Hôtel-de-Ville, à Québec

Photo : Studio W.B Edwards


1. Congé d'école!

Cette journée – un mardi – avait été déclarée congé public par Ottawa, donnant lieu à une ambiance particulièrement festive à travers tout le pays. À Québec, les travailleurs et les étudiants en avaient profité pour se rassembler dans les rues dès la fin de l’avant-midi. Les jeunes qu’on voit au premier plan sur la photo sont des étudiants de l’Université Laval (située juste à côté à l'époque) et de divers collèges de la ville. Galvanisés par la reddition de l’Allemagne, ils avaient paradé à travers la ville avant de se regrouper devant la Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, où leur énergie électrique avait vite contaminé la foule.

Durant leur périple, les étudiants s'étaient permis une incursion remarquée au Parlement – où ils auraient renversé quelques encriers – avant d’entrer au Capitole pour annoncer aux spectateurs médusés que la guerre était bel et bien terminée.

Gros plan sur un jeune garçon, perché sur la clôture de la basilique, qui fixe le photographe.

Le 8 mai 1945 fut déclaré férié, ce qui permit à une foule nombreuse de se rassembler entre la basilique et l'hôtel de ville ce jour-là.

Photo : Studio W.B Edwards

Le Soleil parle, dans son édition du soir, d’une foule évaluée à plusieurs milliers de personnes d’où montait une clameur assourdissante de cris de joie et de chants, à laquelle se mêlait le concert de cloches de la basilique et les sirènes de l’hôtel de ville.

Le garçon blond bien installé sur la grille de métal fixe sans doute le photographe, juché sur un escabeau ou une échelle pour prendre sa photo. 

Malheureusement, on ne connaît pas l’identité du photographe nous apprend Pierre Lahoud.

« EB Edwards avait 4 enfants, 3 garçons et une fille, et c’était tous de grands photographes. Celui des 4 qui a pris cette photo s’est arrangé pour avoir une vue d’ensemble de la foule, mais d’assez près pour pouvoir la sentir. Tant qu’à moi, c’est une des plus belles photos canadiennes de la fin de la guerre! »

— Une citation de  Pierre Lahoud, historien

2. Le micro de la CBC

Ce qu’attend impatiemment la foule au moment du cliché? Des discours, mais surtout, des chants! 

Pour l’occasion, le cardinal Rodrigue Villeneuve, tout droit sorti de sa basilique, ne manque pas d’entonner le Te Deum, repris avec frénésie par la foule, avec à ses côtés plusieurs prélats, les membres des autorités militaires, ainsi que le maire Lucien Borne et ses échevins.

Gros plan sur quelques personnes (des femmes et des hommes) rassemblés autour d'un microphone identifié au nom de CBC.

L’identifiant anglais CBC, bien visible sur le micro installé pour relayer les discours qui vont suivre.

Photo : Studio W.B Edwards

Le maire se fait ensuite un plaisir d’entonner un Ô Canada de circonstance, repris avec enthousiasme par une foule qui ne cesse de grossir.

Le tout est capté grâce au micro de CBC/Radio-Canada, dont l’équipe est présente sur les lieux. L’identifiant anglais CBC est utilisé sur les micros de la société d’État même quand on diffuse en français, à l’époque.


3. Des affiches et des drapeaux

Les nombreux étudiants massés devant la basilique ne sont pas arrivés les mains vides : on leur doit la plupart des affiches visibles à travers la foule. Invisible sur la photo, un pantin représentant Hitler pendu au bout d’une corde avait même été promené dans les rues…

Quand on commence à lire et décoder les pancartes, c’est extraordinaire! s’exclame joyeusement Lahoud. "Le boche est fourré", "Vive King"... On a même un "Vive de Gaulle" et un "Hitler chez Satan"! On sent une foule exubérante, qui a besoin de laisser aller son fou après cinq ans de guerre continue, observe l'historien.

Zoom sur une section d'image de foule, où l'on aperçoit divers pancartes.
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Sur l'une des pancartes, en haut à gauche, un participant réclame un drapeau canadien, alors qu'en bas à droite, un autre brandit un drapeau de Carillon, reconnaissable à ses fleurs de lys pointant vers le centre.

Photo : Studio W.B Edwards

Il ne nous manque qu’un drapeau canadien, peut-on lire sur une autre pancarte, alors que le drapeau de l’Union Jack s’affiche partout sur la place. En effet, le Canada n’adoptera officiellement son fameux drapeau rouge et blanc que 20 ans plus tard, en janvier 1965.

On remarque aussi, en bas à droite, un drapeau de Carillon. Cet ancêtre du drapeau du Québec, reconnaissable à ses fleurs de lys pointant vers le centre, référait à la bannière brandie par les Français à Fort Carillon, en 1758, lors d'une bataille victorieuse contre les Britanniques. Le fleurdelisé québécois sera finalement adopté en 1948, sous Maurice Duplessis.


4. Le syndicat du combustible

Avez-vous remarqué la mystérieuse inscription visible sur le bâtiment du coin de la rue Buade? Elle réfère à une époque révolue au Québec : la production de charbon. Le Syndicat National du Combustible fait référence à une compagnie de charbon québécoise créée en 1936.

Gros plan sur une enseigne de bâtiment où il est inscrit Syndicat national du combustible inc.

Le Syndicat National du Combustible témoigne du temps où le Québec se chauffait au charbon.

Photo : Studio W.B Edwards

Son président, Patrick Gingras, espérait faire concurrence aux compagnies américaines en créant sa propre filière d’importation de charbon canadien, alors que la production des mines du pays atteignait les 17 millions de tonnes en 1942, avant de décliner après la Deuxième Guerre mondiale.

L’un des plus gros clients du Syndicat du combustible était la Commission scolaire de Québec. Elle a assuré son contrat de chauffage durant plusieurs hivers grâce à lui. La dernière mention du Syndicat du combustible à cette adresse semble remonter à 1947.


5. La statue de Louis-Hébert

Un regard attentif permet aussi de distinguer un détail incongru : le monument à Louis-Hébert est bien visible dans les jardins de l’hôtel de ville.

Gros plan sur la statue, dans un parc dégagé.

Le monument à Louis-Hébert a trôné près de l’hôtel de ville avant de trouver sa place au parc Montmorency.

Photo : Studio W.B Edwards

ll s’y trouvait en effet depuis son inauguration, en 1918, pour commémorer le 300e anniversaire de l’arrivée au pays de celui qu’on considère comme le premier colon de Nouvelle-France.

Le monument a été démonté en 1971 pour être installé au parc Montmorency, en haut de la côte de la Montagne, où il se trouve toujours aujourd’hui.


6. Une mystérieuse infirmière

Même si elle est truffée de détails et d’informations précieuses, cette photo de la collection privée de la famille Edwards n’a pas révélé tous ses secrets. L’un de ceux qui intriguent le plus l'historien Pierre Lahoud? Cette infirmière à sa fenêtre, dans l’immeuble voisin de la célèbre tabagie Giguère, installée dans ses locaux depuis près de 120 ans aujourd’hui!

Une infirmière regardait le spectacle depuis une fenêtre.

Une mystérieuse infirmière, bien visible à sa fenêtre.

Photo : Studio W.B Edwards

Avait-elle un lien avec le médecin Gustave Auger, qui résidait dans le même édifice? Travaillait-elle à l’Hôtel-Dieu, situé à quelques centaines de mètres de là?

Malgré nos recherches, le mystère demeure.

Si vous en savez plus, ou si vous reconnaissez quelqu’un sur la photo, faites-nous part de vos commentaires en m'écrivant : catherine.lachaussee@radio-canada.ca (Nouvelle fenêtre)

Je serai ravie de vous lire!

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